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 •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••

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MessageSujet: •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••   Lun 19 Sep - 1:51



J’suis arrivé en avance, pour la première fois de ma vie. J’ai peur qu’on remarque que j’suis pas habitué, y a personne dans la rue et j’économise plus mes pensées. Je sais plus quel jour on est. Je l’avais entouré à l’encre rouge, sur mon calendrier. Il me regardait, tous les jours depuis des mois et j’me disais que j’y serai, qu’il le fallait. Y avait ce cercle et je passais des heures entières à le fixer, comme une fenêtre sur les heures perdues. J’y passais des nuits, à ne plus savoir grand-chose sinon quel genre d’ami j’étais. J’avais mal partout, de me dire que c’était vrai et qu’il faudrait y aller. J’ai révisé tous les jours, surtout les premiers - les plus longs - pour assurer nos premiers pas en ce jour tout entouré d’un rouge sang.

Dans le vide-poche de l’entrée y avait mes clés et des tickets de bus. Ça a été un des moments les plus cons de ma vie, j’ai juste arrêté de respirer. J’aurais voulu troquer mon cerveau pour celui d’un autre, choper des réponses au lieu de toutes mes douleurs microbes. J’ai attrapé mon reflet qui était là et lui ai demandé ce qu’il fallait faire. C’était minable, ça m’a même pas aidé, je jure que j’ai eu cette petite envie de chialer. Y avait juste mes clés, et quelques tickets.
Debout, je visualisais... Je prenais les clés, venais le chercher et me retrouvais là, dans une des sœurs carrioles de l’arme qui a pris la vie de Timmy… Et je le faisais monter à la place encore fumante du passager - notre passager - sans y penser. Tim pour toujours le voyageur mort sur le bord de nos cœurs, à jamais à portée de nos corps. J’hésitais entre pleurer des excuses immondes ou lui dire que j’avais pas fait attention, que j’aurais du y penser, je lui disais « J’ai pas fait attention Jimmy j’suis désolé, j’aurais du y penser ».
Ou je prenais un ticket de bus prépayé et devais l’occuper à une station. En attendant qu’une machine débarque et lui rende sa maison. Je l’obligeais à côtoyer les yeux des autres, qui savaient - qui savent - d’où il vient. D’où il sort. Et je souhaitais être plus fort, ne pas mordre mes lèvres qui tremblaient tant elles sont connes de ne pas savoir comment le faire marrer ou oublier rien qu’une seconde qu’on est seuls au monde, entourés d’yeux qui savent ce qu’on a fait, d’où on vient, d’où l’on sort. Qu’on a beau être doués, on n’est pas si forts…
Je me faisais d'autres films, dans mon hall d'entrée : je me voyais à pieds ; m’imaginais en skateboard, une seconde planche sous le bras ; je me voyais ramper, voler, sauter à cloche-pied… mais toujours incapable de décider d’un immédiat pour lui et moi.

Alors j’ai lâché mon reflet des yeux, j’ai pris un autre trousseau plus vieux, abimé, un objet avec une histoire. Y avait trois clés et j’ai serré l’une d’entre elles si fort qu’une seconde, j’ai crains d’en saigner. Dessus, y avait un T, gravé. J’ai pas insisté dessus, mais putain j’ai vieilli d'un an quand j’ai remarqué mon pouce et l’initiale qui s’y était enfoncée. Son nom sur mon empreinte, j’aurais aussi bien pu manger toutes les photos de lui qui possèdent nos maisons, ça n’aurait pas fait plus mal.
J’ai utilisé la première clé, marquée d’un C et d’un G. Puis j’ai ouvert notre garage et suis allé chercher mon vieux vélo, sous une bâche pleine de poussière. Quand le rideau a claqué dans mon dos, j’ai pensé à la ferraille que Jimmy entendrait se fermer sur lui pour la dernière fois, j’ai accéléré le pas.
Et j’ai sélectionné la deuxième clé, frappée d’un J, suis entré dans le garage d’Ezio, qui n’était pas là. J’entendais encore dans ma tête, la voix de Mélinée qui disait « Dis-lui qu’on fait tout notre possible pour rentrer vite. Dis-lui que je l’aime, Garry, et que son père aussi. Redis-lui encore... Et pour qu’il entende bien, dis-le lui plus fort. » et je me suis imaginé lui gueuler dessus, déformant les mots de sa mère, trop beaux pour être livrés par moi. Ça m’a fait sourire et j’me suis promis de la lui ressortir celle-là.

Et j’ai monté mes côtes, gravis les petites pentes sur mon vélo en accrochant le sien par le guidon. J’me suis dit qu’au retour, tout serait en descente et que même s’il était fatigué, j’le pousserai, le dirigerait, ce qu’il voudra. J’me disais, en pédalant sur mon vélo d’adolescent, qu’il aurait plus à penser, rien qu’à avancer. Que toute sa nouvelle vie commencerait comme ça : une poussée à la fois. Je pensais que ce serait comme un début de thérapie, sans effort. Qu’il sache que pour survivre à Timmy, tout ce qu’il fallait faire c’était respirer et respirer encore.

Et me voilà, adossé contre les murs de béton. J’attends mon ami, espérant fort qu’il ne sera pas déçu en ne trouvant que Garry. J’appréhende les minutes à venir, la scène vide écrase l’air de sa chaleur. J’sais pas quoi lui dire en premier ou si je dois me lever ou pas... mais j’ai peur qu’on vole nos vélos alors je les ai couchés et me suis assis dessus. Putain Jimmy sors vite, j’ai mal au cul.
Je pense malgré moi aux premiers jours sans lui, sans eux. Quand il sortira, plus rien n’ira et mon univers va se mettre à boiter. Je vais chercher Timmy partout autour de lui, j’le sais mais je pourrai pas m’en empêcher. On nous les a embarqués en même temps, pourquoi ils reviendraient pas ensemble ? A quel point ça va être dur, de ne compter qu’une ombre sur les pavés ? Combien de temps je vais tenir avant de m’écrouler ? Ça fera quel effet, de réaliser un an et demi après les autres ? D’entamer de justesse un deuil qui lui-même s’arrache les ailes… ? Je vais crever, hein ? De toute façon je le sens, je le sais.

J’entends même les portes trembler. Il arrive… Je souffle, un sourire pas trop loin de ma portée. On sait jamais. J’aimerais me séparer en dix, être et demeurer tous les êtres qu’il a un jour aimés. Je veux organiser tout un comité d’accueil, avec des cris et des « je t’aime » à la pelle, qu’il sache qu’on est restés les mêmes. Je voudrais être plusieurs, séparer mon cœur. Lui tendre une vingtaine de bras et que, juste comme ça, il arrête de souffrir. Si seulement je pouvais suffire.
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MessageSujet: Re: •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••   Lun 30 Jan - 20:51

Le temps m'esquinte d'une langueur insolente, tandis que mes pas esquisse leurs chemins pour me rendre à la vie, enfin. Mais l'horreur déconne, transforme mes minutes en heures. Alors, comme pour cesser de compter les secondes, je pense.

Je pense à Cam que je viens de laisser derrière moi quand on a hurlé mon nom, à son emprunte encore gravé dans ma rétine et me dis que dans quelques heures, ce sera son nom qui résonnera. Qu'on lui rendra la liberté et qu'il brûlera la vie à nouveau, avant que celle-ci de le crame. Qu'il ira trouver son fils et emmerdera une humanité qui, de toute façon, ne mérite que ça.

Je pense quelques conneries alors que l'on me rend mes effets, et je me sens idiot d'imaginer te voir débarquer et te foutre de moi pour tout ces mois passés à croire que tu n'étais vraiment plus là. Te regarder te tordre d'un rire démentiel pour m'avoir fait gober ta blague, puis me reprocher d'avoir raté mon entré à l'université et me décrire le prof de français, hilarant de son bégaiement, postillonnant sur tout les malheureux ayant eu l'audace de s'asseoir un peu trop près de son bureau. Me parler de toutes les fêtes que j'ai manqué et me jurer que rien n'a changer depuis moi, que la vie m'a attendu, docile, stagnante durant tous ces mois.

Mais rien, on ne me rend que des broutilles, alors je pense encore, comme pour oublier qu'autour de moi, on se croit en train de me rendre ma liberté. Je pense à mes parents contre lesquels j'irai surement chialer comme un enfant effrayé le jour de la rentrée. Je m'inventerai des larmes d'une couleur nouvelle, pour mieux leur pleurer combien ils m'ont manqué, les remercier de m'aimer et d'exister. J'embrasserai ma mère et emprunterai à mon père un peu de sa force, pour trainer mon repenti jusqu'à tous ceux qui t'ont un jour aimé.

Je pense à ta mère devant laquelle je m'écroulerai surement, coupable d'une douleur qui rendront mes mots agonisants de se savoir ne jamais être suffisants. La laisser me haïr de lui avoir pris son enfant et hésiter entre milles manières de la regarder tant mes yeux trembleront dans l'espoir immérité d'un pardon.

Je pense à ton père et à son sourire qui, plus jamais, ne répondra au tien ; pense crever à ses pieds et lui promettre tout ce qu'il voudra, me répandre en excuses et arrêter de respirer jusqu'à ce que sa voix ne m'autorise à reprendre mon souffle. M'excuser encore et crever de savoir une nouvelle fois ma culpabilité ne pas être assez.

Je pense à Callie que j'irai trouver pour lui chanter combien tu l'as aimé, apprendre mon texte en français et le lui répéter. Lui rappeler que ses larmes sont la seule chose au monde capable de t'effrayer, et prier pour que son cœur puisse se souvenir de toi sans en saigner. Taire un peu plus mon amour pour elle pour que seul le tien subite dans l'air, et lui dire à elle aussi combien je suis désolé.

Je pense à Garry et me demande s'il me frapperait, histoire de me réveiller, si je le noyais sous mes pardons. Pense le voir les lire partout contre ma peau et m'engueuler de les lui répéter alors qu'ils les avait déjà dépisté, qu'il avait bien saisi et que ce n'était pas la peine d'en rajouter. Me séparer des souvenirs de cette nuit là en lui en offrant la moitié, parce que c'est Garry et que je sais que lui, il saura les supporter.

Et je pense que ça y est, il n'y a plus un gardien à l'horizon alors qu'un fracas énorme résonne derrière moi et que déjà, je suis dehors, ne réalisant pas encore. Mes yeux accrochent mon ombre et cherchent la tienne, alors je pense à te prêter la mienne pour nous savoir bientôt vivre encore plus fort qu'avant, parce que même la mort ne saurait t'arracher au monde des vivants. Alors je trainerai ton souvenir partout avec moi, te présenterai à tout un monde bientôt persuadé de te connaître tant tu leurs sembleras vrai.
Tu verras Tim, la vie n'en a pas encore fini avec toi.

Et un sursaut secoue ma chair lorsque j'aperçois une ombre qui, jure mon cœur, m'est familière. Garry est là, assis sur nos vieux vélos et l'image m'arrache un sourire, tandis que je m'avance vers lui. Je le vois se relever et hésite entre des milliers de choix contraires. Mais décide d'emmerder mes pensées lorsqu'elles me disent qu'entre hommes, on ne fait pas des choses comme ça, et lui donne une accolade tremblante de tout les remerciements que je ne pourrais jamais lui prononcer avec l'intensité qu'ils mériteraient.

    « Merci d'être là... »
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MessageSujet: Re: •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••   Ven 3 Fév - 16:52



Je sais plus quel jour on est. Je m’en veux d’oublier, parce que lui oubliera jamais. J’ai froid sous le soleil et j’ai mal aux mains, je sais pas pourquoi. J’entends les portes, et un peu de vent. J’ai l’impression que respirer ouvre mon torse en deux, putain c’est douloureux. Je voudrais serrer quelqu’un contre moi. Mais j’ai que mes bras. Je veux penser à autre chose. Au jour où il a dit « Jolie moustache. » à ma méchante prof de CP. Ça me fait toujours marrer. Pourquoi ça me fait plus marrer ? La tête qu’elle faisait… Mes doigts contre mes yeux. Mes paumes douloureuses. Les traces d’ongles qui les parsèment sans saigner. J’ai du mal, beaucoup. A réaliser. A rester en place. A pas céder à des idées que j’ai déjà imaginées mille fois. Y aura Timmy, derrière toi. Et plus personne ne pleurera. Il dira « Putain Garry, j’arrive pas à croire que t’ais pu avaler tout ça ! » parce que c’est trop gros. Parce qu’à nos âges on meurt pas. Y aura Timmy derrière toi. Et Callie dansera quand il lui dira de pas pleurer « C’était une blague Calliopée, je te promets de plus recommencer. Je te promets. » avant de l'embrasser... Je crois que la rue tangue. A moins que ce soit moi qui sois en train de tomber. Je sais même plus quel jour on est.

Je savais pas que je pouvais être patient. J’entends une cloche qui sonne, au fond, tout au fond du quartier. Il parait que chaque fois que l’une d’entre elles résonne, un ange obtient ses ailes. Je dérange mes cheveux. C’est con, j’me dis, de se coiffer pour éviter certaines pensées. Surtout qu’elles sont toujours là. Et qu’elles te font comprendre qu’elles partiront pas. Les murs tremblent encore mais cette fois un bruit métallique me déchire le coeur.

    « Jim !.. »

Ma voix s’étouffe dans ma gorge. J’aurais voulu le crier, au lieu de ça c’est pas sorti. J’aurais du, mais j’ai pas pu. Il est tout près mais j’ai jamais eu l’impression d’être aussi loin de lui. J’veux le prendre dans mes bras. Venant de moi, j’me dis que ça le choquera pas. Il a changé. C’est toujours lui. Il m’a manqué, j’ai envie de lui dire une connerie. J’me suis levé sans réaliser. J’veux lui dire qu’il m’a manqué. Je pense aux mots de Mélinée, mais il est trop tôt pour les lui annoncer. Faut pas que je les oublie. Il a sourit. Je l’ai vu. Il a sourit quand il m’a aperçu. Son épaule contre mon épaule. Je veux plus jamais le laisser s’éloigner.

    « Merci d'être là... »

Je m’y attendais pas. C’est normal d’être là, j’me dis. Mais pourtant, aussi… Callie n’y est pas. Pourquoi ? Parce qu’elle boite encore. Johnny n’y est pas. Pourquoi ? Parce qu’il a égaré son rire, quelque part. Sadie n’y est pas. Pourquoi ? Parce que son fils est toujours, toujours mort. Et moi en dépit de tout ça, je suis là. J’accroche son dos pour le serrer contre moi. Je crois que je vais exploser. Que si je laissais faire, on décollerait tous les deux. J’ai envie de hurler, de rien faire. De lui dire qu’il m’a manqué, de me taire. Il sent le savon, y a pas de parfum en prison. « Merci d’être là… » j’oublierai jamais. Je me fous du jour qu’on est.

On dirait qu’il a pas dormi depuis… au moins un an et demi. Ma main derrière sa nuque, j’accroche ses yeux fatigués. Merci d’être là. J’oublierai pas.

    « Pour toi. »

Jim, pour toi. Bien sûr que je suis là. Mon père voulait venir aussi, mais il a pas eu sa journée. J’ai envie de lui dire qu’il m’a manqué. Il voulait être là, avec moi. Mais il a pas pu, et il se rattrapera dès qu’il te verra. J’veux te le dire, Jimmy. Mais ça fera pas venir Callie, ou les parents de Timmy. Il a pas changé, il est juste crevé. J’suis à côté de lui, ma main toujours contre son cou. Je lui montre les vélos, de ma paume ouverte.

    « Où tu veux aller ? »

Je lui souris. N’importe où, je le suivrai. Il a du y penser tous les jours. C’est peut-être ça, qu’il faisait au lieu de dormir. Penser à la première chose qu’il ferait. Au premier truc qu’il mangera, au premier visage qu’il verra. C’est le mien, et j’espère que ça ira. Iris a fait des hamburgers au poulet, parce qu’il les a toujours adorés. Elle les a faits cette nuit, je l’ai vue presser sa bouche pour pas pleurer. Et quand elle m’a vu, elle a craqué. C’était minuit passé et elle a pleuré. Elle a pleuré quand j’ai approché. Je l’ai prise dans mes bras quand elle disait « Ô Jimmy, mon tout petit. » avec son accent que la peine accentuait. Elle a mis des larmes sur mon pyjama. « Ça ira Maman » je lui ai dit « Je serai avec lui. » Il sera pas tout seul, tu verras. Mais elle a pleuré plus fort, je sais pas pourquoi. Je voulais la calmer. Je me suis raté. « Ces pauvres petits. » elle disait « Mes petits... » et je savais plus de qui elle parlait. Elle lui a préparé des hamburgers au poulet. Jim, par où tu veux commencer ?

    « Tu m’as manqué. Tous les jours Jim, tu m’as manqué. »

T’en vas plus Jimmy. T’en vas plus jamais.
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MessageSujet: Re: •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••   Mar 16 Oct - 0:32


Garry est là. Garry est là et je ne comprends pas. Parce que Tim, lui, n'est pas ici et que la responsabilité de son absence m'appartient tout entière. Mais Garry est ici. J'ai tué son ami, l'ai privé de Tim, mais il est ici. Garry est là, il devrait pas.
Mais c'est Garry et je me souviens que c'est ce qu'il fait. C'est ce qu'il est, ce qu'il a toujours été. Garry a toujours été présent et l'est encore maintenant.


    « Pour toi. »


Garry est là et je ne le mérite pas. Je voudrais qu'il pleuve, j'me dis, que je puisse chialer incognito. Garry est là, pour moi.
Je m'étais dit, j'avais pensé, que je n'allais pas craquer. Que je n'avais pas le droit, pas devant n'importe qui. Pas devant lui, surement pas alors qu'il a passé un an et demi sans Tim tandis qu'on me gardait enfermé, à l'abri du temps et de la vie, dans une bulle où la vraie vie tenait de l'onirique.
J'ai pas envie de craquer devant lui, alors je fixe le soleil et le laisse incendier mes rétines. Tout m'oppresse et j'ai l'impression qu'un rien suffirait à m'esquinter. Mais je ne veux pas craquer devant Garry. Pas alors qu'il est là, et que je ne le mérite pas.

Je ne remarque les vélos sur lesquels il était assit que lorsque d'un mouvement, il me les désigne. J'ai envie de sourire, de pleurer, face à mon vieux vélo et aux souvenirs qui hantent encore les ombres de son contour. J'ai mon passé sous les yeux, réalisant que mon futur, lui, ne cesse de m'échapper. J'ai paumé mon avenir, parce que je n'ai jamais su ce que j'en ferai.

On parlait de la fac, mais jamais de ce qu’on y étudierait. On parlait de nos futurs, mais jamais de ce qu’on en ferait. On parlait de la vie, mais jamais de la mort. On se voyait déjà jouer au scrabble, draguer les infirmières et pisser dans les plantes de la maison de retraite quand nos vieux os crevés d’avoir trop vécu peineraient à nous porter.
On imaginait de la vie qu’elle nous laisserait des décennies pour profiter, sans penser à la mort. On ne pense pas à la mort, quand on a dix-huit ans, on pense qu’on a le temps.
Mais la mort se fout du temps. De celui qui nous reste, de celui que la vie nous doit. La mort s’en fout Tim. Du temps, de toi, de nous. La mort se fout de tout.


    « Où tu veux aller ? »


Aller te voir, en premier lieu. Fixer le marbre de ta tombe et chialer comme un gosse de te savoir là, à te décomposer quelque part sous mes pieds. Chialer encore un peu et te dire que je suis désolé, m’inventer le pouvoir d’échanger mon âme contre la tienne et te donner mon corps à défaut de te rendre le tien. Me redresser, te raconter quelques blagues, me remémorer le passé ; jurer en fixant ton nom gravé dans le marbre d'aller suspendre ton souvenir aux yeux de tous et vivre pour deux tous nos rêves d'avant.

Lire la Bible en entier pour me convaincre que Dieu n’existe pas et que je suis bien le seul à blâmer ; bruler ce qu’il reste de ma voiture, planqué sous une bâche par mon père dans le garage et jurer de ne plus jamais en conduire une. M’acheter une moto, engueuler un chien puis lui pardonner, lui dire que c’est moi qui ai déconné et espérer qu’il me morde au moins les mollets.

Et puis ne pas tourner le dos à la douleur. L’affronter, poser les questions qui font mal et me répandre en excuses, dans l’espoir de gagner ces pardons que je ne mérite pas, quitte à raquer et me décomposer sous le poids de mes regrets. Pour ensuite mieux me relever et recommencer, me prouver qu'on est plus fort que tout ça, toi et moi. Plus fort que les fantômes, les remords et mes vieux cauchemars.


    « Tu m’as manqué. Tous les jours Jim, tu m’as manqué. »


J'ai envie de lui répondre, de lui dire qu'à moi aussi, il m'a manqué, mais j'ai perdu ma voix, quelque part au milieu des larmes qui roulent à l'intérieur de moi.
Je me sens âgé d'une centaine d'années, comptant les décennies comme autant de kilos de souvenirs amassés au fil du temps. Mais le temps est traitre, je préfère compter ma vie dans l'ombre de mes souvenirs.

J'ai cent ans de douleurs d'enfant, de peaux rappés d'avoir trop jouer, de dents tombées et de petits drames innocents. J'ai cent ans de rire, de blagues idiotes et de fous rires décousus ; cent ans de rêves un peu déments, d'initiatives incongrues, de passions éphémères et d'idées folles. J'ai cent ans de lumière qui valse dans allégresse d'une danse, cent ans de badinages habités par un accent venu d'ailleurs ; cent ans d'amour surement un peu fané.
J'ai cent ans de douleur, de regrets et de pardons à distribuer. J'ai assez de souvenirs pour une centaine d'années, sans pour autant avoir vécu assez.


    « Faut que je te dise.. Il faut que je te le dise... »


Pourtant, on est déjà vieux Tim, me disent nos souvenirs. Seulement, je n'ai plus qu'eux aujourd'hui.
Je n'ai qu'une cicatrice sous le menton et des souvenirs sanctifiés par milliers. Je n'ai plus rien qu'un stigmate de ton départ gravé dans ma chair et ma mémoire pour seule relique de celui que tu as été.
Alors je mourrai centenaire, la peau bleuie par les tatouages de la vie et des siècles de souvenirs. Et ce n'est qu'à ce moment-là que la vie pourra t'oublier pour de vrai. Pas avant ça, jamais.


    « Je suis désolé. »


J'ai plus que des souvenirs, Tim. Il me reste encore ceux à venir.
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MessageSujet: Re: •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••   Ven 5 Avr - 21:09



Sa douleur me vrille les yeux. J’ai mal, je pourrais en crier. Les ruines de nos enfances se sont données le mot, elles se sont abattues partout, juste là, contre sa peau. Pour qu’on les voit tout le temps, pour qu’il les sente toujours. Personne ne réchappera jamais de ce putain de jour. Il a une cicatrice sur le menton et elle m’obsède, comme la dernière fois que je l’ai vue derrière les barreaux. J’essaie de pas la regarder, mais j’ai juste envie de la toucher. De siffler par-dessus pour qu’une chatouille nous rende tout, en commençant par les années de rire qu’on a perdues avec lui. J’ai mal, Jimmy, je pourrais en hurler. Mais j’te regarde être toi, stupéfait de te savoir devant moi. Cette vie est une version ratée de celle dont on rêvait. Y a deux ans, on y aurait jamais cru, on aurait jamais pensé…

Jimmy, j’me fous du jour qu’on est. Tu nous reviens, c’est tout ce que je sais. Je sais pas encore ce que t’as décidé depuis le fond de ton trou, si tu veux rentrer chez toi, les choses que tu veux voir. J’ai juste envie de pleurer rien que de savoir que t’es à portée de voix. J’peux te parler, t’es là. J’peux te toucher, t’es là. Je pourrais m’effondrer, cette fois tu seras avec moi. J’peux te souhaiter « bonne nuit » si j’veux, pour rattraper toutes les heures que j’ai passé à essayer de le penser assez fort pour que tu l’entendes. Mes yeux t’aiment enfin et mes bras, s’ils veulent, peuvent te prendre.

    « Faut que je te dise.. Il faut que je te le dise... »

J’ai peur comme ça m’était pas arrivé depuis longtemps. Depuis la première heure qui a suivie son procès. Celle où j’ai réalisé qu’on serait plus que deux, pour la première fois depuis toujours. Celle où ils l’ont embarqué, alors que tout le monde s’y attendait, mais qu’on s’est brûlés quand même. Y a des mots, sur ses lèvres, que j’veux pas entendre. J’ai peur qu’il réclame sa tombe. Il l’a jamais vue et ça me rend malade, s’il savait comme ça nous fait mal. J’lui ai pas dit que j’y allais jamais non plus, que j’trouvais toujours une excuse. Un an et demi et je l’ai à peine regardée le jour où ils l’ont enterré. C’était pas vrai. Ça se pouvait pas et j’étais pas vraiment là-bas à tenir la main de Callie, à la serrer fort dans mes bras. Tout ce que je sais, c’est ses cheveux blonds dans lesquels j’me suis caché, serrant fort les dents pour plus voir le temps passer. J’ai plus revu sa stèle depuis mais je la veux pas, parce qu’elle n’a rien de lui.

J’sais pas où est Timmy, à quoi il joue. J’sais pas ce qu’il devient, ce qu’il fout. Mais il est pas du genre à rester dans une boite. C’est le mec le plus drôle que j’ai jamais connu et rien au monde ne peut contenir tout ce qu’il est. Il est nulle part enfermé, j’le sais. J’veux pas me recueillir là-bas, parce que ça pue la mort mais pas la sienne, y a rien de lui sous cette dalle, j’te promets. C’est pas chez lui, je peux pas, jamais pour l’éternité.

    « Je suis désolé. »

Putain.

    « Oh ! »

Je suis de nouveau dans ses bras. Il avait plus besoin de le dire que moi de l’entendre. Je m’y attendais pas. J’sais pas quoi répondre. Moi aussi, j’le suis. Tout le monde l’est. Je crois que si j’le lâche une seconde trop tôt, je vais tomber en morceaux.

    « C’était pas ta faute, te fais pas ça. Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous. Ça aurait pu être moi. »

Y a des choses que j’ai envie de dire à ses yeux, alors je le lâche, pour retrouver sa nuque et son regard changé, vieilli et torturé par les mains griffues du chagrin. Elles ont aussi marqué son menton mais j’le regarde pas encore, parce que j’me dis qu’une cicatrice pareille, il doit la sentir plus fort qu’une plaie béante. Il a assez donné, ça se voit. Mais il se punie encore, et je sais qu’il continuera, qu’il se trainera à terre s’il le faut tant qu’il aura pas vu Sadie pour lui dire les mots qu’il vient de me donner. Ça sera dur, Jim, elle est dévastée. On a tous cherché un responsable, quelqu’un à blâmer. Il semblerait que vous ayez tous deux choisi le même candidat : toi. Mais c’est pas mon cas, j’te jure. J’le pense si fort que c’en est douloureux. Un jour, ça ira mieux.

    « J’y ai beaucoup pensé. Vraiment, beaucoup pensé. Et j’te le dis pas pour te soulager mais Jimmy, ça aurait pu être moi. Ça aurait pu être… lui. Et me dis pas que t’aurais préféré que ce soit comme ça. J’le vois, que t’es prêt à me répéter « j’voudrais être à sa place » mais t’as pas intérêt. Me le dis jamais. »

Je voulais pas pleurer, mais j’me vois le faire, depuis le reflet de ses yeux. Ça enlève rien à la conviction des miens, juste quelques brulures qui s’ajoutent au reste, m’enflammant le regard. Dans mon crâne, on est tous morts ce soir-là. Et dans mon crâne, personne ne saurait mourir encore alors on est là, égaux, libres et fantômes à la fois. Brisés sur les ruines de nos enfances, on se reconstruit avec elles, les montant comme des totems. Timmy, pour que tu saches que tes frères t'aiment.
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MessageSujet: Re: •• 9 Crimes | Jimmy & Garry ••   Mar 14 Mai - 20:10


J'suis désolé. Ca ne suffit pas, je le sais et je me sens con de n'avoir que cette rengaine à offrir aux cœurs que j'ai mutilé. J'ai envie de chialer, de gueuler. De faire taire mes remords, mes douleurs, mes regrets. Leur dire qu'ils n'ont pas le droit d'exister, tant je suis le seul à blâmer pour les avoir loger là, contre mon cœur, dans le fond de mon ventre. Je n'ai pas le droit de me lamenter, de m'enfermer dans le noir pour lécher mes plaies et attendre que le temps m'aide à cicatriser. Les cicatrices, les seules qui comptent, sont les leurs. Sadie, Johnny, Callie, Garry. Les leurs, celles que j'ai crée, apposé contre leurs âmes en t'arrachant à la vie. Celles qu'ils me faudra éprouver, panser. J'suis désolé.
Mais Garry le sait, je le vois, tandis qu'il souffle un « Oh ! » que l'émotion fait chavirer. Il accroche mes épaules, ma peau, ma nuque ; m'empêchant de sombrer. De crever. Je suis désolé. De ne pas être assez fort, d'avoir merdé. De t'avoir tué. Je suis désolé. Tellement désolé, s'il savait. J'pourrais en crever.


    « C’était pas ta faute, te fais pas ça. Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous. Ça aurait pu être moi. »



Mais c'était moi. C'était moi et j'ai passé un an et demi à ronger mes souvenirs de cette nuit, berçant mes fantômes de « et si ». Et si Tim avait conduit ? Et si on avait pas bu ? Et si on était restés à la maison pour couver Callie, nous aussi ? Et si on était partis dix minutes plus tôt, dix minutes plus tard ? Et s'il n'y avait pas eu ce chien ? Et si je l'avais écrasé ? Et si Garry avait été là, est-ce que je l'aurais perdu aussi, cette nuit-là ? Et si. Et si. Et si, rien. J'suis désolé.
J'accroche ses yeux, n'en reviens. Garry sait déjà tout ça, ne m'en veux pas. C'est inscrit dans ses yeux, juste là. C'est tellement visible que ça me percute, finit de m'assommer et je ne parviens pas à comprendre comme je parviens encore à rester debout lorsqu'une tempête de gratitude d'abat sur moi. Garry est là. Il est venu, il ne m'en veut pas.


    « J’y ai beaucoup pensé. Vraiment, beaucoup pensé. Et j’te le dis pas pour te soulager mais Jimmy, ça aurait pu être moi. Ça aurait pu être… lui. Et me dis pas que t’aurais préféré que ce soit comme ça. J’le vois, que t’es prêt à me répéter « j’voudrais être à sa place » mais t’as pas intérêt. Me le dis jamais. »


Je ne le lui dirai pas, j'le dirai jamais, je le promets. Après aujourd'hui, je vivrai pour le futur, sans plus jamais tenter de refaire le passé. Je promets. J'essayerai, rendrai le sourire à tous ceux que j'ai meurtri, tous ceux que j'ai amputé d'un bout d'eux, en m'arrachant l'autre moitié de mon tout, sans lequel je n'ai jamais appris à marcher, à vivre, à respirer. Jimmy sans Timmy. Timmy sans Jimmy. On m'a jamais appris et je ne suis pas certain de pouvoir continuer, sans lui à mes côtés.


    « Mais c'était moi. C'était moi qui conduisait. C'est moi qui l'ai tué.  »


Je craque, chiale, me sens minable. Je n'ai même pas la force de me cacher de Garry. Je m'en veux qu'il me voit pleurer, qu'il me voit souffrir ; m'en veux de lui balancer mes souffrances en pleine visage. Je m'en veux de lui faire subir ça mais j'arrive pas à m'arrêter, à me contrôler. Je me suis cru fort, l'espace d'un instant. Je me suis senti capable de sourire à mon ombre à chaque instant, traîner Tim partout avec moi et rester droit sans jamais plier, juste en le sachant là, à regarder par dessus mon épaule guidant chacun de mes pas. Je pensais que j'y arriverais, sans jamais flancher. Mais j'y arrive pas. J'y arrive pas.


    « J'me disais que je pouvais conduire. Que ce n'était pas grave, si tout les lampadaires étaient éteins, je connaissais le chemin. J'me disais que ce n'était pas grave si on avait trop bu, qu'il ne pouvait rien nous arriver. Pas comme ça, pas alors que je connaissais si bien le chemin. »


Je ne me suis jamais senti aussi mal en dix-huit mois. Les visages de tous ceux que j'ai fait souffrir dansent devant mes yeux, me vrillent d'un regard furieux, douloureux. Je connaissais le chemin pour rentrer, je le connaissais par cœur. Je savais comment rentrer à la maison, j'ai toujours su retrouver mon chemin jusqu'à chez lui. Jusqu'à chez moi. Même de nuit, même ivre. Même mourant, je me disais, j'aurais été capable de trouver le chemin nous ramenant à la maison.


    « J'me disais que ce n'était pas grave s'il y avait un chien, au beau milieu de la route. J'me disais que je pouvais l'éviter facilement. Que je devais l'éviter, que Callie m'en aurait voulu, si je l'avais écrasé. J'me disais que l'arbre n'était pas si près que ça, que tout allait bien se passer, que j'allais lui aussi l'éviter.  »


Je me sens tomber, mes genoux se fracassant contre le sol. La douleur peine à m'atteindre, mais je sais que je me suis fait mal. J'le sais, mais je ne le sens pas. Pas alors que je me revois assit au volant, pas alors que je revois son visage et l'écho de son dernier sourire, figé contre ses lèvres. Je crois que j'ai mal, mais j'sens plus rien, vois plus rien. Je me souviens juste d'une forme sombre, d'un arbre et de Tim, souriant dans le noir.
J'me souviens du chien. Y'avait un chien, j'en suis certain. Y'en avait un.


    « J'me disais qu'il ne pouvait rien nous arriver. Pas alors que je ne connaissais le chemin. Pas même parce qu'il faisait noir, qu'on avait trop bu et qu'il y avait un chien. J'me disais même pas qu'on pourrait y rester.»


J'me disais même pas qu'on peut mourir à dix-huit ans. Ca me semblait incohérent. On ne peut pas crever si jeune, pas alors qu'il nous reste tant de choses à vivre, à voir, à découvrir. Pas alors qu'on a le temps.
Il faut croire que je me suis trompé.
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