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 “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny

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MessageSujet: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Mer 8 Mai - 0:38


Je me suis fait abattre tant de fois que des vertiges me prennent, quand je me relève. Mais chaque jour je tire sur mes épaules avec la douceur d’un maitre marionnettiste, croisant fort les doigts pour éviter que mes fils s’emmêlent. Et j’avance, titubant d’insulte en reproche, marchant à tâtons sur mes plâtres bleuis par l’effort. Les colères désenvahissent mon esprit, m’abandonnant quand je songe qu’elles me sont interdites, fantasme vieilli par des années passées sans lui à n’être que son complice, l’assistant de son infinie fureur. « Ferme ta gueule ! » je récolte comme un bonjour de la part d’un inconnu parmi les autres. « Heu… j’ai pas parlé. » « Et là, tu viens d’faire quoi, trou duc ? » « De gerber un peu, j’ai l’impression. Ça doit être ta tronche qui m’inspire. » Dressé par l’habitude, je lui plaque contre le torse la feuille que j’avais en main. Le temps qu’il la récupère, la retourne entre ses mains et revienne à moi, je ne serai plus là. Je me tire.

Influencé par la douceur incapable de quitter ma voix, je tempère leurs humeurs qui m’arpentent. Il y a, dans mon imperméable manteau des failles ouvertes sur mon âme. Des erreurs s’abattent avec fracas sur les portes de mes tempes qui me déclarent absent. Elles m’emmerdent. Elles m’injurient. Elles me crachent au vent. Elles me maudissent et rien qu’une seconde, elles me hantent. J’emporte avec moi les milliers de mots qui restent. Je porte comme des bagages les surcharges de vos petites colères et tous les caprices que votre hargne tapisse. Je bouge, parce que je ne sais faire que ça, et traverse les jours comme des heures longues et lentes. Je craque un rire rauque, sans joie, sans sourire, sans rien, sur vos désillusions jaune pisse. Je défais lentement les nœuds du tas de fils qui me relient à l’homme.

Vos colères me foutent parfois à terre et j’essaie de pas avoir l’air de boiter, quand je me laisse faire. Je réponds que je vous emmerde quand mon cœur vous adore. Je mens aux lueurs pour qu’elles demeurent vives quitte à me bruler et plus tard, j’embrasse soigneusement mes plaies. « Accélère, la Barbichette. » Okay, magnifique. Le tout a été dit avec une désinvolture séduisante, dénuée d’agression. Désemparé, j’obéis et pousse mon plateau sur ses rails, l’emplissant au hasard, nourri par les nerfs. J’essaie, échouant, de chasser le trop plein de haine dont on a envahi mon crâne.

Votre colère emmagasinée sur mon corps attire le monde comme un aimant, intensifiant les courants qui me scient les côtes pour me faire griller n’importe quoi. Sur mon passage, un premier four micro-ondes disjoncte, inaperçu. J’encaisse son décès, heureux que le directeur ne tienne pas une longue note des objets que j’ai cramé. Une part de moi, piquée au vif par l’énergie qui a déserté l’engin, accueille son arrivée dans mes veines. Je la sens me carboniser, se mêler au reste. Je la sens me mordre les sangs. Devenant moi, et moi elle.
Mes doigts se crispent, parcourus de spasmes et j’ai envie de foutre mon plateau en l’air, l’exploser contre un mur. Une explosion miniature retentit au bout du réfectoire, calibré par la fureur qui nuance mes caprices et je m’en veux, rien qu’un peu. Un truc riquiqui, là, coincé dans une vulve. J’sais pas, j’ai jamais aimé l’anatomie. Enfin, ça ne m’intéresse pas mais y a un quelque chose qui s’excite en moi et couvre les pores de ma peau pour la préparer au pire. Une fumée ridiculement noire éventre le micro-ondes qui meurt à son tour. « Oooh ! » et ça commence.

J’ai posé mon plateau sur la première table à portée, je l’abandonne sans y repenser et j’essaie de passer inaperçu, de vite me casser avant que les choses dégénèrent. Sur ma route, un troisième engin m’attend. Je me fige, presque gagné par une étrange mélancolie à l’idée de le tuer lui aussi mais j’avance tandis qu’un môme s’en sert, y posant son assiette. La boite grille, libérant un éclair miniature, ridicule, dont le bruit frise dans la salle entière, avant de s’écraser sur moi. Et tout est mort. Une frustration gronde sur les visages hébétés par une perte commune et j’entends un bang. Quelque chose de sonore a eut raison de tous les fours présents et leur énergie m’euphorise. J’ai juste envie de me marrer, sachant que ça ne durera pas. Les volts qu’ils m’ont donné en offrande, les sacrifiant pour qu’ils alimentent ma propre carcasse me jouent des tours et animent mes mains de conneries pures. « Ce ne sont que des putains de fours. Faites vos deuils. »

Des insultes fusent, suivies d’objets et d’un peu de leur bouffe froide que j’évite pendant qu’un rire me fend le torse mais pas le visage. Je les quitte, me frayant un chemin entre les tables qui s’agitent. Le spectacle est d’un ridicule à pleurer. Quelqu’un a essayé de me planter. « Je vous emmerde ! » j’annonce, les bras ouverts. « Je vous emmerde tous et plus particulièrement toi ! Oui, je t'emmerde. » mais la misère, pour une assiette froide ! « Je déclare le repas mort, qu’il repose en paix. Allez vous faire foutre, tous autant que vous êtes. » je me casse. D’ailleurs, je suis cassé. Frappé par leur haine. Dos tourné, je hurle un « Amen ! » avant de courir, histoire d’expulser un minimum de cette batterie qui m’entête et donne à mon cœur ce quelque chose d’hyperactif.

J’ouvre une porte, n’importe laquelle. Je m’assure juste qu’il ne s’y trouve rien de possédé par une énergie compressée qui me fendrait la vulve au désespoir miniature. Je cherche les mots de mon père mais ils me paressent loin. J’ai envie de chialer, de tuer quelqu’un. De me tuer moi. J’voudrais mettre en pause ce vacarme qui me mange la tête. J’ai besoin de mon père. Je veux ses mots, ce quelque chose qui me rappelle pourquoi je suis comme ça. Je l’ai tatoué mais je sais plus sur quel bras. Deux mains prennent mon crâne qu’elles tapent avec une vitesse et un minimalisme qui m’obsède. Je surchauffe. Je pourrais crever, motivé par leur haine et ces putains de fours qui m’ont rempli le cœur d’ondes malsaines. Je vais crever. Je cherche les mots de mon père mais je retrouve plus mon chemin dans mes pensées qui m’ont déjà amené trop loin. Je sais plus pourquoi j’suis là, juste que j’y suis bien.



Dernière édition par Sonic le Mer 15 Mai - 0:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Mer 8 Mai - 18:49


On me parle, je crois. On parle, en tout cas. On beugle, on hurle, on s'égosille. On court dans tout les sens, on s'agite, on transmet la terrible nouvelle venant de frapper l'école entière, n'épargnant personne. Nous avons une hécatombe sur les bras. « J'ai essayé de le bouffer froid mais putain, c'est vraiment dégeu. C'est comme... » ah oui, on me parle. Je regarde mes mains pour ne pas écouter. Tout ça était amusant, les premières minutes. Ça grouillait d'une énergie qui ressemblait presque à la vie. Mais maintenant on se plaint encore, se lamente, pleure sur les repas froids et ça m'emmerde. La vie m'emmerde rarement, pourtant. Presque jamais, pour être exact. Je n'aime pas qu'elle le fasse, mais le mélodrame de cette situation m'échappe. Les micro-ondes sont morts, qu'ils reposent en paix. Et après ?

Mais tout est froid, le drame est là. A croire qu'ils n'ont jamais mangé froid, faute d'avoir le gaz pour réchauffer leurs plats. Si rien ne peut être chauffé, et bien, mangez des pommes ! Ou des salades, des légumes, des trucs froids. « J'te jure, ça a goût à... »…il est encore là ? Le gars à côté de moi gueule presque, cherchant manifestement quelqu'un pour partager son indignation. Je ne sais même pas de quoi il parle, mais il n’arrête pas. Il agite ses lèvres, mais je ne comprends rien. « … t'en penses quoi ? T'as goûté ? Tu trouves ça comment ? » Je, pardon ? Je n'ai pas la moindre idée de ce dont il parle, mais ça à l'air important. « Facilement... ? » je lui souris en regardant son visage se tordre dans une expression perdue qui lui donne un air idiot. Ca lui va bien. « Oh, regarde ! » je lui montre du doigt quelque chose, derrière lui, sans même savoir quoi. Mais ça fonctionne et il se retourne, tandis que je m'en vais en courant, en riant.

« Ah ! » je m'arrête, l'écho de mon rire encore autour de moi, fracassant le chaos qui bat en retraite et dont je ne discerne plus que des murmures, à présent. Je fais quoi, maintenant ? Il faudrait les faire relativiser, tous. Les faire sourire peut-être, aussi. Le mieux, ce serait encore de réparer les micro-ondes, mais ils ne le méritent pas, je crois. S'ils riaient un peu, je le ferai. Pas avant.
Mais je n'ai pas assez de bras, ni de jambes, pour m'occuper de l'école entière. Et si j'allais dans le bureau du directeur, pour lui demander la permission d'utiliser l'interphone ? Je lui dirai « s'il vous plaît » et ça suffira, parce qu'il est sûrement ami avec mon frère, vu le temps qu'ils passent ensemble. Et s'il ne lui plaît pas, je lui dirai que l'anarchie est déclarée dans le lycée et, tandis qu'il ira calmer les foules, je rentrerai dans son bureau malgré tout. J'ai une annonce à faire, un truc important. Il faut que je leur parle, à tous. Je les engueulerai un peu, puis leur raconterai n'importe quoi, jusqu'à ce qu'ils se calment et la vie reprendra son cours normal. Parfait ! Qu'est-ce j'attends ?

Je prends le couloir de droite, me dirige vers le bureau du directeur, songeant a un plan. Si la porte est verrouillée, je fais comment ? Je la fracasse ? Je risque de me casser l'épaule en essayant. Et si le directeur capte mes intentions avant même que je ne puisse avoir le temps de mettre mon plan à exécution ? Si ça se trouve, il sent déjà que quelque chose se trame. Il est trop fort, vraiment. Il ne reste plus qu'à espérer que mon « s'il vous plaît » suffira. J'y suis presque et n'ai pas d'autre idée cachée dans ma manche.

Et soudain, un truc déconne, juste sous mes yeux. Les lumières s'éteignent, se rallument, font clignoter le couloir, lui donnant des allures de noël. Y'a comme de la magie dans l'air, envoyant valser gaiement les grognons et leurs fureurs. Comme des étoiles disparaissant pour mieux réapparaître après ça. Je songe un instant à m'allonger pour regarder les lumières s'affoler avec superbe, toute intrusion oubliée. Mais ma curiosité piquée m’incite à chercher une raison à tout ça. Fouillant du regard le couloir désert où seuls des ombres dansent au rythme des lumières vacillante, j'ouvre une porte, n'importe laquelle, la première et regarde partout, derrière les cartons, les pupitres, les rideaux, mais rien. Je ressors, pour mieux aller m'acharner sur la porte suivante qui elle, m'offre un noël.

La pièce entière regorge d'objets, tous entreposés ici pour une raison identique : ils sont brisés. Des chaises aux pieds branlants, un tableau brisé en son centre, des gadgets explosés par dizaine et une vitre fêlée dont les morceaux éparpillés trônent dans un carton à côté. Je frôle le tableau, cherche une craie pour y apposer mon nom, signer d'un pique cette pièce qu'ils ont du inventer pour moi. Mais rien, pas la moindre craie et dehors, les lumières clignotent encore, me ramenant à la réalité. Je n'ai pas envie de quitter cet endroit, le mien, mon petit monde parfait à moi mais ma chasse aux trésors m'attend encore. A regret, je quitte la pièce, refermant la porte derrière moi. J'y reviendrai, dès demain. Tout de suite, même. Mais, collant mon visage à la lucarne de la porte suivante, je trouve ce que je cherchais. Là, au milieu d'une pièce déserte baignée de lumière, se tient le gars aux micro-ondes, semblant crouler sous le poids du monde. Il a, de collé contre le visage, tant de douleurs que le mien se tord. Il semble oublier qu'il est béni, simplement en étant lui.

« Ah ! Tu tombes bien ! » je lance en ouvrant la porte, m'approchant de lui. Parce que c'est vrai, il tombe à pic. Je cherchais la personne qui faisait clignoter mon monde, m'offrant un noël en plein Mai et les cadeaux qui vont avec, entreposés dans la pièce d'à côté, et le voilà. Je l'aime, c'est officiel. Attrapant son menton, je colle un baiser contre ses lèvres, emblème d'une reconnaissance qui dépasse les simples mots. Mon noël en plein Mai. « Tu piques. » je réalise en m'écartant de lui, frottant mes index contre mes autres doigts pour raviver la sensation de sa barbe contre eux.

Je le regarde un peu mieux, me souvient l'avoir déjà vu, plusieurs fois. Et à chacune d'elle, il y avait toujours quelqu'un pour lui gueuler dessus. Sûrement parce qu'il est trop piquant, ça déplaît aux gens. Ils n'ont pas bien compris que le piquant, c'est la vie. C'est simplement de la jalousie. Comment pourrait-on le détester, avec sa barbe et son regard un peu brisé, infiniment vivant ? Il sent la vie à plein nez. « T'es un génie. » je lui dis dans un sourire, parce que rien ne saurait être plus vrai. S'il pique, c'est qu'il a compris la plus élémentaire des règles de la vie : qu'elle se soit d'être piquante, pour être marquante, pour être vibrante.

Mais ! j'y pense : « Je ne sais pas pourquoi tu te planques, mais tu ne devrais pas, tu rates le meilleur. C'est le cirque partout dans l'école. » S'il venait avec moi, j'y retournerai sans même me plaindre. On irait se cacher au détour d'un couloir pour se moquer des jérémiades des autres, sans s'inquiéter qu'ils se vexent tant ils sont obnubilés par le petit drame de la journée. « Y'a un con qui a pété tout les micro-ondes » je gueule d'une voix voulu rauque, exagérée et débile à souhait. C'est exactement ce à quoi ça ressemblait. Il n'a pas tord, au final, de s'être isolé avant d'avoir a subir toutes ces idioties. « T'entendrai ça, ils gueulent tous avec une voix de fin du monde, une voix qui crève la faim. » je m’assoie sur le bureau derrière lui, reliant mes jambes contre moi. Les gens sont parfois vraiment cons, mon frère avait raison. C'est toujours le cas, d'ailleurs. « S'ils avaient vraiment si faim que ça, il aurait fait comme moi, ils auraient prit une pomme. » Même si la connerie est plus un mouvement collectif qu'un véritable état d'esprit. Les gens sont parfois cons, mais toujours avec quelqu'un, toujours au profit d'une stimulation sans laquelle ils redeviennent des gens biens. « Quoi que dans leur cas, mieux vaut des carottes. Ça au moins le mérite de pouvoir se manger froid. Et puis, ça rend aimable, ça ne peut pas leur faire de mal. »

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MessageSujet: Re: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Lun 13 Mai - 17:11

Je me sens seul comme jamais. Je profite du silence tout en ayant envie de le crever. Faut que je crie, que j’expulse. Je devrais me trouver un hobby. Peut-être que j’devrais collectionner les petits poneys. Je pourrais les coiffer et les lancer sur les petites filles. Mon cerveau flanche, je surchauffe. Je pense trop, j’enregistre rien. Je sais plus ce que j’ai mangé ce matin. Mais y avait mon père avec moi. Ouais, Papa. Qu’est-ce qu’il disait, déjà ? C’est écrit pas loin. Je sais que je me souviens. Même mon tatouage, je sais plus à quel endroit je l’ai foutu. Des fois j’ai l’impression qu’il bouge. Qu’il passe d’une zone à une autre, défilant comme un train sur ma peau qui déraille. J’ai mal au crâne. Pourtant je le frappe. Y a des ongles enfoncés dans mes paumes. Sûrement les miens. Tout autour de moi est noir, à part sous la porte. Ya un trait de lumière qui grésille. Ça me fait cligner des yeux, mais y a personne pour le voir. Pourquoi j’suis comme ça ? Je le sais. J’ai tant de misère en moi, comment ça se fait ? La moitié d’entre elles sont même pas à moi. J’ai oublié. Je devrais me trouver une passion. Peut-être que je devrais m’ouvrir en deux, qu’on voit ce qui coule de mes plaies. Je serai jamais électricien. Ça me fait de la peine, même si j’aime pas ça, même si je veux pas l’être. J’aime pas l’idée que ça soit pas fait pour moi. Parce que moi, j’suis fait pour tout. Je serais tellement doué pour aimer quelqu’un.

« Ah ! Tu tombes bien ! » Y a irruption dans mon monde. Je lève mes yeux qui déshabillent, mes deux billes qui se mouillent jamais. J’me souviens pas de la dernière fois où j’ai pleuré. Sûrement jamais. Je la vois à contre-jour, avec les ampoules du couloir qui tapent dans son dos. Ça clignote encore. Y a surement un interrupteur là, quelque part sur moi, mais je l’ai pas trouvé. Les fils sont dénudés depuis longtemps, de toute façon. Je suis cassé. Mais y a un parfum, qui me fait du bien. Il est entré avec elle. Elle s’approche et bordel, ce qu’elle est belle. J’ai arrêté de respirer, c’est à mon tour de déconner. Mon cœur bipe une erreur. Comme si ça le concernait. Elle s’en fout de lui. Faut vraiment que je me trouve un hobby.

Elle va me gueuler dessus. De toute façon j’le sens, il va se passer un truc important. J’essaie d’être attentif mais j’y arrive pas, des tas de trucs me vrillent le crâne. Ça tourne trop vite. J’aimerais bien un animal de compagnie. Une biquette qui s’appellerait Biquette. Y a quelques doigts sur mon menton et d’autres sous ma cuisse. Je sais plus lesquels m’appartiennent. Sûrement ceux qui ont l’air de saigner sans saigner. Elle est encore plus belle vue de près. Et puis… et puis le calme. Elle m’a embrassé, ça résonne dans ma tête. J’ai son goût sur ma lèvre. Pourquoi pas. On vient de me vider d’une intense moitié des fusibles que j’avais grillés. Je m’entends être. Je me sens enfin penser. Et puis, pourquoi, Papa ? De nouveau je sais. Pourquoi tant de défauts pour quelqu’un de tendre ? J’ai été façonné par un artiste dont les mains tremblent.

« Tu piques. » Je souris, plissant le nez. Je sais. Mes phalanges caressent ma joue dans le sens de la pousse. Je pique, c’est vrai. Mais ça dépend de la façon dont on vient me toucher. « T’es un génie. » elle me sourit. Sa tendresse me bouscule, j’ai pas l’habitude. Y a pas une once de reproche dans sa voix. Pas un brin de colère dans ses yeux intelligents. J’ai l’impression qu’un géant triste s’est assis sur mon torse. « Je ne sais pas pourquoi tu te planques, mais tu ne devrais pas, tu rates le meilleur. C'est le cirque partout dans l'école. » Je viens de cligner des yeux. Parce que j’ai fait cette grimace, en levant les sourcils. L’air de dire “ si tu savais. ” Ils se calmeront. « Y'a un con qui a pété tout les micro-ondes » elle me sort d’une voix forte et con. Je pouffe de rire, surpris par ma voix que j’ai l’impression de ne pas avoir entendu de cette façon depuis des lustres. S’il te plait, ne t’arrête pas. Le géant s’est relevé, je me sens plus léger.

Je me suis redressé, j’ai quitté ma posture de gamin mal logé, d’âme mal nourrie. Je me refais, doucement. Guidé par sa voix, je retrouve le chemin jusqu’à moi. « T'entendrai ça, ils gueulent tous avec une voix de fin du monde, une voix qui crève la faim. » Ouais, je les imagine bien. A croire qu’il n’y a rien de comestible qui se mange froid. Non les légumes, ça n’existe pas. Dans notre monde, on est dépendants à en crever des micro-ondes. Semblerait-il. Peut-être que, en deux minutes, je viens d’upgradé notre cantine. Ça se trouve demain à la même heure on aura des trucs qui refroidissent pas. Elle s’en va. Non, tout va bien, elle se pose derrière moi. Je repose ma tête contre le mur, secoué par l’immédiat. « S'ils avaient vraiment si faim que ça, il aurait fait comme moi, ils auraient prit une pomme. » Je savais qu’elle n’était pas conne. « Quoi que dans leur cas, mieux vaut des carottes. Ça au moins le mérite de pouvoir se manger froid. Et puis, ça rend aimable, ça ne peut pas leur faire de mal. » Elle me raconte tandis que je ferme les yeux pour profiter du récit. Pour me concentrer, parce que j’suis pas doué pour rester focus. Et puis mon souffle se marre. Encore. Je pourrais y prendre goût.

Sous mes paupières mi-closes, j’essaie d’inspecter mon corps. Rien qu’un peu, histoire de chercher les mots qui jouent à cache-cache sur ma peau. Je sais plus ce que j’ai halluciné et ce qu’il s’est réellement passé. Elle m’a embrassé, c’est tout ce que je sais. Et ça suffit à déloger le géant triste, à lui botter le cul pour qu'il dévale la pente tête par-dessus les talons. Adieux l’affreux, hors de ma vue. « C’était moi. » je lâche avec une douceur qui me frappe de son calme. Ma voix s’envole sous mes lèvres reposées par les siennes. « Les micro-ondes, c’était moi. » J’avoue tout en jouant avec mes mains qui sont loin vers mes genoux. De toute façon, je ne sais pas mentir. Mentir, c’est le mal. Je prends assez d’aveux au visage à longueur de journées pour m’y habituer. « J’ai pas fait exprès, hein, mais je les ai tous fait péter. En fait j’ai plus de peine pour eux que pour les cons qui mangent froid. » Je lève les yeux vers elle, mon menton par-dessus mon épaule. C’est vrai que je pique, je le sens. « Au fait “ un génie ”, pourquoi ? »
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MessageSujet: Re: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Lun 13 Mai - 19:52


J'aurais du penser à en prendre, des carottes. Je suis polie, pourtant, mais on a pas besoin d'être mal poli pour manger des carottes, après tout. Je dis bonjour, je dis merci, je dis s'il vous plait, aussi. Peut-être parce que j'aime les carottes, ça me rend aimable. Et puis... Qui a décrété le premier que les carottes rendaient aimables ? Cet homme-là devait être un génie. Est-ce qu'il a gagné de l'argent, grâce à ça ? Comme une commission sur toute les ventes de carottes du monde, depuis qu'en décrétant qu'elles rendaient aimables, les mamans en achète pour en faire manger à leurs enfants. Ca doit faire beaucoup d'argent. « C’était moi. » Vraiment ? Les vendeurs de carottes lui doivent beaucoup, dans ce cas. De combien il est riche, du coup ? « Les micro-ondes, c’était moi. » Bien sûr, que c'était lui, je le savais déjà. Il donne au couloir un air de Noël, juste en étant là, alors ça ne pouvait être que lui. Mais, quel rapport avec les carottes ? « J’ai pas fait exprès, hein, mais je les ai tous fait péter. En fait j’ai plus de peine pour eux que pour les cons qui mangent froid. » Surement aucun. On ne doit plus parler de la même chose.

Il a l'air moins triste, je remarque, tandis qu'il me regarde. Alors je le regarde aussi, me disant qu'il est grand. Vraiment très grand. C'est évident, c'est un géant. Une génie, également. Les génies sont tous des titans, j'en ai la preuve, maintenant. Et puis, il y a ses yeux. Je cligne les miens. Une, deux, trois fois. Cligne encore un peu, parce qu'il ne le fait pas. Ses yeux sont trop intense, trop bleu, c'est déroutant. Je me sens toute nue. J'ai oublié de m'habiller, ce matin ? J'ai mis mes sous-vêtements, au moins ? « Au fait “ un génie ”, pourquoi ? » Je cligne des yeux, encore. Encore, encore, encore. Je le fais pour deux, comme il ne semble pas vouloir le faire. Il est presque trop beau, ça brûle les yeux. C'est surement pour ça, que les gens ne l'aiment pas. Il est trop intense, trop beau, trop piquant. Les gens ne comprennent vraiment rien, parfois. « Parce que tu piques. » C'est évident, pourtant. Il pique, il a tout compris à la vie. Il faut que j'arrête de le regarder, j'arrive pas à me concentrer.

« Si tu veux, j'irai réparer les micro-ondes. » je lui dis, en regardant mes jambes que je déplie. J'ai pas envie qu'il se sente mal pour eux. Il ne faudrait pas qu'il se rende malade de les avoir fait griller, ce n'est pas de sa faute, si c'est un titan. Alors j'irai les réparer. Mais juste pour lui, surement pas pour faire plaisir à tous les autres, ceux qui se comportent comme des idiots. « Pour toi, pas pour eux. J'aime pas les gens, quand ils se comportent comme des cons. » Le reste du temps, je les aime vraiment. Mais quand ils sont comme ça, je préfère les fuir, parce que leur connerie peut devenir communicative. Ca m'embêterait de devenir con, moi aussi.

Je relève les yeux, croise les siens. Raté, je suis grillée. Il pourrait faire flamber mon cerveau, rien qu'en me regardant un peu trop. On peut survivre, sans cerveau ? Je ne suis pas convaincue. Je suis paumée, y'a comme un truc qui déconne, avec ses yeux. « T'es drôlement intense, comme type. Mais on a déjà dû te le dire. » Je suis foutue. Et puis, je me dis que les gens doivent le lui dire vraiment très souvent. Et si je l'avais vexé ? Et si je l'avais blessé ? Je le regarde encore, il faut que je m'habitue.

Me cachant le visage dans les mains, j'éclate de rire, le regardant à travers mes doigts écartés. « Est-ce que je suis nue ? Je me sens nue. » On a déjà du lui demander. C'est parce qu'il est intense qu'il dérange. Les gens n'aiment pas qu'on sonde leurs âmes sans demander la permission avant. Mais je m'en fiche, je n'ai rien à cacher. Et puis ce n'est pas grave, d'être intense. Ca va avec la barbe, je suppose. Quand on est piquant, on est vivant. Vivre, c'est une aventure assez intense. Rien d'anormal, donc. Mais une question me chiffonne, il faut que je sache. J'écarte les bras, me redresse et : « T'arrives à voir ma cicatrice, sous mon nombril ? » il faut que je sache si je suis nue ou pas.
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MessageSujet: Re: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Mer 15 Mai - 2:26

Ça me taraude, j’arrive pas à l’arracher de ma tête. Ces mots qu’elle pensait sûrement pas, et qui m’ont traité de génie. Je me fais insulter de con toutes les heures, et voilà qu’elle déboule pour m’arracher le cœur. Je vais tout remettre en cause, ma vie sur le tapis. Parce qu’elle a l’air sincère et que ça me fait vriller les nerfs. Je la regarde me regardant et craque un sourire quand elle cligne des yeux comme si elle essayait de s’envoler. Je devrais probablement fermer les miens aussi de temps en temps mais j’ai pas envie de perdre son visage, pas même le temps d’un clignement. Je sais pas ce qu’elle fait mais elle le fait pour moi.  « Parce que tu piques. » elle me dit comme si c’était la meilleure chose qui me soit jamais arrivé. Puis elle tourne les yeux et je sais que je devrais aussi laisser les miens se poser sur quelque chose de plus décent que sa gueule d’ange.

« Si tu veux, j'irai réparer les micro-ondes. », elle propose. Et je l’imagine avec une ceinture et une boite à outils. Je peux pas m’empêcher de la regarder. Je me lève, pour pas tomber. « Pour toi, pas pour eux. J'aime pas les gens, quand ils se comportent comme des cons. » Je devrais courir un marathon, histoire de voir si je peux boucler la boucle et rattraper une deuxième fois tout le monde. Peut-être que je me sentirai moins plein. Mes yeux cherchent à bloquer les siens. J’aime pas les cons non plus. Je crois que mon cœur papillonne comme ses cils. Nos battements se répondent, sauf que les miens se voient pas, bien cachés là-dessous.

Ses yeux jouent à chat. J’essaie de suivre le mouvement mais tout ce que j’obtiens c’est des questions. Je donnerais tout pour savoir ce qu’elle est en train de penser, juste là. Les autres me le gueulent sans que j’ai à demander quoi que ce soit, ce qu’ils pensent de moi mais ça m’a jamais intéressé. Je m’en fous et je suis fier de m’en foutre parce que ça m’a pris du temps pour m’en foutre vraiment. « T'es drôlement intense, comme type. Mais on a déjà dû te le dire. » pas comme ça, en tout cas. Jamais comme ça. J’ai passé ma main contre ma nuque, comme si ça me démangeait. Sauf qu’il y a rien à gratter dans cette région de mon corps. C’est dans le ventre que ça s’agite. Je fais les cent pas, je la regarde. Elle est quand même magnifique. Je souris. Mais on a déjà du lui dire.

Elle éclate de rire et ça me transperce jusque dans mon enfance. Ça résonne partout dans mon crâne jusqu’à me posséder les souvenirs. J’ai l’impression de n’avoir jamais souffert. Je me dis que j’ai jamais eu mal. Elle rit et je me sens calme. J’y résiste pas longtemps et mon souffle se marre un peu, même si on dirait plutôt qu’il tousse. Sauf que non, et c’est un son qui me fait du bien. Elle s’est cachée entre ses doigts qui ont des yeux. « Est-ce que je suis nue ? Je me sens nue. » elle lance comme si ça n’avait aucune conséquence. Je ris en voilant mes yeux d’une main, pas tout à fait, rien qu’une seconde. Puis la regarde à travers mon seul œil ouvert, n’osant pas vraiment. L’air de traverser une tempête de sable. Mais elle l’a dit avec une innocence qui me matraque l’âme, comme si on venait d’y poser un gros coup de fer à cheval. « T'arrives à voir ma cicatrice, sous mon nombril ? » J’ai l’impression de comprendre quelque chose d’important. Quelque chose que j’ai du savoir à la seconde où elle est entrée pour me libérer. Elle est comme moi. Tellement différente qu’elle est spéciale.

« Toutes les cicatrices ont une histoire. » je dis à son nombril pendant que je recommence à marcher pour soulager les urgences de mes jambes. Every scar tells a story. Mon père en a tellement, et je connais toutes leurs origines. Quand j’avais quinze ans, tout ce que je pouvais penser c’était « Je veux pas mourir sans cicatrice. » et j’me le répétais tout le temps, « J’veux pas mourir sans cicatrice. » Parce que sans ça, j’aurais aucune preuve d’avoir vécu vraiment. Arrivé au ciel, en enfer, peu importe, on me demandera de montrer un morceau de ma carcasse qui prouve que j’ai donné de ma peau, que j’ai eu mal, que je sais ce que ça fait que vivre sur terre. Et si j’avais rien à montrer, qu’est-ce que je deviendrais ? C’est ça que je me disais. « Je veux pas mourir. » C’est à ça que je pensais. « Pas sans cicatrice. » quand la foudre m’a frappé.

Je tourne comme un lion en cage, occupé à jamais lui tourner le dos. Je retrouve son visage. J’y pense, alors je cligne des yeux. Ça tire sur mes lèvres, parce que je pourrai plus jamais cligner des yeux sans penser à elle. « Par quoi commence la tienne ? »
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MessageSujet: Re: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Mer 15 Mai - 22:54


Je ne sais pas si j'ai encore mes vêtements. Je me sens mise à nue, il faut que je m'habitue. Il me vrille le cerveau, le fait cramer. Il a du regarder les gens du réfectoire trop longtemps, faisant sauter leurs fusibles et les transformant en navets. Ce que ça peut être con, un navet. Je vais en devenir un ? Je ne suis pas habituée, à ce qu'on fasse sauter les plombs de mon cerveau. Il est presque trop beau, c'est pas légal. J'ai le tête qui surchauffe. Y'a de la fumée qui sort de mes oreilles ? J'ai oublié de nourrir Donald, mon perroquet. Quelqu'un semble essayer de reconnecter mon cerveau avec la réalité Il s'est planté, ça n'a pas duré. Donald n'existe que contre mon murs, les soirs de pleine lune, il n'a pas besoin de manger. Comment il fait, pour être si intense, tout le temps ? Ca doit être épuisant, il doit passer son temps à dormir, pour se requinquer. Il faut que je m'habitue ou je vais finir comme Donald, à attendre le vent pour avoir l'air vivante.

Il cache l'un de ses yeux. J'ai presque raté son mouvement tant j'étais occupée à battre des cils. Je clignote, comme le couloir. Est-ce que j'ai des airs de Noël ? Si je me laisse pousser la barbe, je ressemblerai au père noël ? Sa barbe ! Elle pique, cet homme es un génie. Il faut cramer mes neurones mais il pique suffisamment pour qu'on puisse tout lui pardonner. Je vais me transformer en légume, si je n'arrive pas à m'habituer. « Toutes les cicatrices ont une histoire. » Ca ne m'aide pas. Il la voit, ou pas ? Je touche mes hanches, effleure mes jambes et sens du tissu sous mes doigts. C'est bon signe, ça. J'aimerais baisser les yeux pour regarder, mais je commence à m'habituer aux siens, ce serait dommage de gâcher ça. Je sais que je commence à m'habituer parce que j'arrive enfin à penser. Je commence doucement, mais c'est un début. C'est déjà mieux que rien, pas vrai ?

Il n'arrête pas de bouger dans tout les sens mais ne lâche pas mon regard. Je préfère, j'aurais peur de me perdre, s'il le faisant. Surtout que je commence à m'habituer, ça serait dommage de tout gâcher. Et il on courrait, puisqu'il semble ne pas pouvoir rester sur place ? On fera la course dans les couloirs du lycée jusqu'à ce que nos jambes ne puissent plus nous porter. Sauf qu'il a des jambes de géant, il finira par vite me semer. Il me flingue le cerveau, fait grésiller mes pensées. Mais je commence à m'habituer et je crois que ça me plait.

Il cligne des yeux, soudain. Ca me surprend tellement que je me retrouve à ne plus savoir comment faire cligner les miens. « Par quoi commence la tienne ? » Les miennes ? De... yeux ? C'est pas féminin, un oeil. De... cicatrices ! On parlait de cicatrices. Laquelle, déjà ? « Oh, celle-ci. » Je ne sais plus où elle commence, celle-là, j'ai dû oublier la date. Mais j'étais toute jeune, c'est certain. J'avais de gros nœuds dans les cheveux, à l'époque. J'en avais toujours plein, mais j'ai du les perdre, quelque part en chemin. « Je suis tombée d'une fenêtre. » Je ne connais plus la date, par contre. « J'étais assise, occupée à balancer mes pieds dans le vide et je suis tombée, tête la première. » je lui souris, ne lâche pas ses yeux. C'était la fenêtre du rez-de-chaussé, je me souviens. Je ne sais plus quand, mais il fallait que je monte sur le canapé, pour y accéder. « J'étais toute petite, à l'époque, à peine plus grande qu'une crevette. Il devait y avoir trop de vent. » Ou j'ai glissé, je ne me souviens plus très bien. Je sais qu'il y avait un arbuste, juste sous la fenêtre, qui a amorti ma chute. « Je me suis égratignée la tête, ai perdu une dent de lait. Et puis un grosse branche s'est chargé de me faire ma cicatrice. C'est ma préférée. De loin, elle ressemble presque à un Pique. » De très loin et à condition de plisser les yeux jusqu'à ce qu'ils soient quasiment fermés. Ensuite, il n'y a plus qu'à imaginer.

Mais toutes mes cicatrices ressemblent un peu à des piques. Elles m'appartiennent, donc elles ne sauraient être autrement. « Mais j'en ai plein, des cicatrices. » Et je les aime toutes. Elles me donnent un air cabossé, un quelque chose de brisé. « J'en ai pas autant que j'ai de grain de beauté – » je les ai compté. « mais j'en ai vraiment beaucoup. » Et je les aime toutes. Sauf une. Je lâche ses yeux, et regarde mon genou sur lequel je pose ma main, cachant la seule de mes cicatrices que je n'aime pas vraiment. Elle me fait encore mal, parfois. Rarement, à vrai dire, mais juste assez pour que je ne l'oublie pas.

J'étais toute jeune aussi quand j'ai eu celle-là et je me souviens de la date, cette fois. Papa avait dit qu'il réparerait la marche branlante de l'escalier, pendant que je regardais mon dessin animé. J'ai dû m'endormir devant la télévision, parce que je ne sais plus ce qu'il s'est passé avant d'être réveillée par une porte qui claquait. J'ai cru qu'il avait réparé la marche, j'aurais juré qu'il l'avait fait. Il avait dû faire quelque chose, pendant que je dormais. Mais il ne l'avait pas fait et j'ai trébuché en essayant de monter les escaliers.
Je me suis écorchée le genou, serrant les dents pour ne pas pleurer. J'ai cherché papa, criant son nom, mais il n'a pas répondu. Il ne l'a plus jamais fait. Et Theo m'avait dit, ce soir-là "Papa est parti." Et j'ai compris qu'il n'avait pas réparé la marche, quand j'étais endormie. Il a simplement profité pour mettre les voiles.

Je pourrais être triste, je me dis, quand je repense à lui. Mais je ne sais pas comment rester triste plus de quelques instants. Comment fait-on, pour être triste, quand on a un ange prêt à se faire abimer pour qu'on puisse devenir ballerine, pirate, astronaute ou voyou ? Comment on fait pour être triste quand un As veille sur moi, balayant d'un mouvement de main toutes les petites douleurs que la vie essaye d'apposer ça et là contre mon cœur? « J'aurais pas dû arrêter de te regarder. » je relève les yeux, croise les siens à nouveau. Je me sens déjà mieux. Ça bouillonne encore dans ma tête, mais je n'ai plus l'impression de cramer. Je me suis habituée. Ça gratte sous mes cheveux, presque comme une piqure. J'adore ça. « Il faut que j'arrête de ne pas te regarder. » C'est important. Je savais que je n'aurais pas du le lâcher des yeux. Ça a été comme tomber dans le vide, comme un appel à la mélancolie. Mais son regard est encore là et ça va déjà mieux, rien qu'à fixer ses pupilles dont les paupières restent immobiles. Il faut que je trouve un moyen pour emporter ses yeux avec moi. « On devrait devenir siamois. On collera nos bras avec de la glu et comme ça, j'aurais toujours tes yeux à portée de vue. » Ou nos fronts, comme ça, je n'aurais plus qu'à ouvrir les yeux pour voir les siens. Sauf que ça risque d'être difficile de se déplacer. « Et ta barbe, à portée de doigt. »
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MessageSujet: Re: “ Blame it on my ADD, baby ” Minnie × Sonny   Dim 12 Avr - 23:37

Mes yeux se promènent des siens à son nombril. J’aimerais la voir, sa cicatrice. J’aimerais bien toucher sa peau, qu’on voit si ça lui fait friser les cheveux. On pourrait mêler nos boucles et ressembler à ces poufs qui se font des tresses les unes avec les autres. Ça me donne envie de jeter une araignée au milieu de tout ça, quand je les vois. Mais notre araignée, nous, probablement qu’on l’adopterait. Qu’on lui donnerait un petit lit avec un petit drap et huit petites pantoufles. On aura pas la télé, et j’espère qu’elle s’en fout.

Quand elle s’anime, j’ai l’impression qu’elle caresse l’armure qui me plâtre le cœur. Celui où j’ai écrit « Ils ont tord » depuis que j’ai compris que j’étais très bien comme j’étais. Que j’avais des ratures oui, mais qu’elles s’expliquaient grâce à mon père. Elle est tellement belle, je peine à comprendre comment j’ai pu ne pas la remarquer ici. Peut-être qu’elle est nouvelle, peut-être qu’elle vient de naitre, qu’elle a un an ou deux et qu’un magicien a accéléré sa pouce. Y en a ici, qui peuvent ? J’espère pas. Je préfèrerais qu’elle ait le même âge que le mien. C’est plus pratique pour se parler ou se tenir la main.

Je serre les dents quand son menton se pose sur son buste. « Oh, celle-ci. » Je me demande à quoi elle ressemble. J’essaie de rester tranquille, pour écouter son histoire. Mais j’ai le cœur qui matraque un boucan d’enfer. « Je suis tombée d'une fenêtre. » Je m’arrête. C’est terrible ! J’ai envie de lui dire « Mais c’est terrible ! Comment tu vas ? » mais de toute évidence, elle va bien. Elle a survécu et a réussi à devenir parfaite malgré la chute. Peut-être que moi aussi, faut que je saute d’une fenêtre pour me remettre d’aplomb. Je pourrais, je commence à me dire. Pour elle. Pourquoi pas. « J'étais assise, occupée à balancer mes pieds dans le vide et je suis tombée, tête la première. J'étais toute petite, à l'époque, à peine plus grande qu'une crevette. Il devait y avoir trop de vent. » Je craque un sourire, à l’imaginer minuscule et rose, s’échapper d’un cocktail de crevettes pour s’envoler par la fenêtre. « Je me suis égratignée la tête, ai perdu une dent de lait. » J’aurais voulu être là pour amortir sa chute. M’allonger tout en bas et attendre des heures que le vent la pousse pour qu’elle tombe sur mon ventre rond. J’étais gros, quand j’étais petit. Peut-être qu’elle aurait rebondi. « Et puis une grosse branche s'est chargé de me faire ma cicatrice. C'est ma préférée. De loin, elle ressemble presque à un Pique. » Il y a comme une histoire d’amour, entre elle et les Piques. J’aimerais qu’une femme parle de moi comme elle parle d’eux. Avec le même sourire aux lèvres et les mêmes étoiles dans les yeux.

« Mais j'en ai plein, des cicatrices. » Ah oui ? Mais pourquoi ? Il faut plus jamais qu’on se sépare, il faut que quelqu’un amortisse toutes tes chutes. Et si ce quelqu’un était moi, je te rattraperais, comme tu m’as rattrapé aujourd’hui.  « J'en ai pas autant que j'ai de grain de beauté – » Est-ce qu’elle compte ses tâches de rousseur ? Parce qu’y en toute une famille sur son nez fin. Pas autant que sur le visage du gars qui passe sa vie dans le bureau du Directeur, mais quand même. Pas mal. « mais j'en ai vraiment beaucoup. » Je la crois, mais j’aimerais quand même les voir.

Là. Juste là, elle rougit encore un peu et ça tire fort sur mes tripes. J’ai envie de lui dire merci. Je me sens tellement bien, j’ai envie de vivre dans ce placard. Sous la porte, les ampoules ne grésillent plus. Il n’y a plus de foule, plus d’insultes, plus de reproches… rien qu’elle. Juste son visage et son goût sur mes lèvres. « J'aurais pas dû arrêter de te regarder. » Ça tire sur le coin de ma bouche. Je ne lui en voudrais pas, si elle continuait. « Il faut que j'arrête de ne pas te regarder. » D’accord. Où est-ce qu’on le signe, ce contrat de nos yeux ? Je nous cadenaçerais les regards tous les jours si ça me permettait de me sentir aussi heureux et d’amortir ses chutes. J’ai jamais eu mal, j’ai jamais eu peur. Je le jure, devant elle. « On devrait devenir siamois. On collera nos bras avec de la glu et comme ça, j'aurais toujours tes yeux à portée de vue. » Est-ce qu’elle lit les pensées ? Est-ce que tu lis les pensées ? Comment tu t’appelles ? Combien j’ai de doigts ? Ah non merde, ça ça marche pas. Mes yeux pourraient tout à fait supporter de se trouver tous les jours au-dessus des tiens. Au moins je perdrais plus ton visage. Je suis foutu, j’y ai pris goût. Je vais avoir besoin de t’avoir sous la main. « Et ta barbe, à portée de doigt. » Si tu l’aimes, elle est à toi.

Est-ce que tu m’as entendu dire que quand j’étais petit, j’étais gros ? Est-ce que du coup, je dois le dire à voix haute ? Cligne des yeux, si tu m’entends. Tu m’entends ! Ou alors c’est une coïncidence, que tu papillonnes.. ? « Ça serait pas très pratique, pour passer les portes. » je mime un passage de porte. « On serait deux fois plus larges. » je nous mime, étant deux fois plus larges. Cela dit, je m’en fous. « Mais je m’en fous, ça vaudrait le coup. » de toute façon j’ai l’habitude. « En plus j’ai l’habitude. Quand j’étais petit, j’étais gros. » ou… « Ou peut-être que j’étais petit, quand j’étais gros. » Je remarque, parce que je tourne, que j’ai recommencé à marcher, mais je sais pas depuis quand. Je regarde son nombril. « Avoir été gros, ça laisse pas de cicatrice. » C’est pas aussi cool à raconter que les autres blessures de guerre. Et pourtant, c’est une des pires batailles qui soit. C’est horrible, long et humiliant. On lutte contre tout le monde à la fois, contre les mots qui restent même quand les kilos partent, on se bat contre le reflet qui s’accroche, même quand il a changé, à notre miroir qui a des années de retard. J’ai pas été gros longtemps, mais assez pour m’en souvenir durement. Merci maman.
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