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 •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••

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MessageSujet: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Dim 6 Nov - 0:24




« J’ai pas croisé ma sœur depuis huit heures ce matin et elle me manque déjà. J’ai des trucs à lui raconter et j’ai peur de les oublier. Mais faut pas que j’oublie, je devrais prendre un cahier et toute noter, surtout les conneries qui feront qu’on se souviendra, quand on sera vieux. On se dira qu’on a vraiment essayés d’être heureux, de se faire rire, d’avancer. Et ça aura marché, j’le sais. On sera heureux, ridés d’avoir trop ri et courbaturés d’avoir marché aussi loin.

Y a pas cinq minutes, tiens. Je marchais tranquille dans un couloir quand j’entends "Ouais ohéé Tête de gland !" alors j’me retourne et je vois qu’y a deux merdeux là-bas qui s’engueulent t’en as un qu’est là "Qui, là tête de gland ? J’espère que tu parlais pas d’moi, gueule de flétan !" véridique, ça m’a perturbé. Là, j’me dis qu’ils devraient s’inscrire au cours d’Anna ces deux-là, sur la joute verbale et qu’au moins, ils auront l’air moins cons s’ils veulent se vanner. Et puis bon, t’as le premier qui reprend "Ta mère cuisine des pâtes en Patagonie !" et bon, outre le fait que ce soit clairement redondant, on admettra que c’est un peu agressif. Alors j’vais voir les gamins qui doivent avoir quoi, seize ans chacun, me disant qu’ils vont en venir aux mains, puisque sans ça, ils puent un peu du cul. Mais non, l’autre se dégonfle pas et sort "Bah peut-être, mais ma mère à moi elle est pas tellement sèche que même ses morpions doivent se balader avec une gourde !" Non ? bon…
Bref, je les ai séparés parce que l’un d’eux avait promis qu’il se battrait pas et c’est important d’aider quelqu’un à tenir une promesse, même si on a rien à voir avec elle, non ? Je leur dis de se détendre avant de dire des choses qu’on pourrait regretter. "Calmez-vous avant de sortir des conneries plus grosses que vous." Pas qu’elles soient méchantes mais bon, c’est mauvais quoi, faudrait pas que ça s’ébruite des vannes pareilles. Et t’as le plus petit des deux qui me regarde et me fait "On peut continuer à s’entrainer pour le cours d’Anna ?" l’air d’ajouter « pauvre con » sans oser.  Je les ai laissés se traiter de p’tites bites dans un fond de couloir mais tout ça pour dire, qu’il faudrait que je note ce genre d’histoires.

Tu vas manger cette frite ? Okay, okay, on va dire que tu vas la manger. D’ailleurs tiens, ça m’fait penser à un petit garçon, et je dis ça complètement par hasard, que j’avais rencontré un jour devant la prison où mon meilleur ami était enfermé. Le môme était là, en train d’attendre son papa. Quand il m’a vu, il a couru vers moi en disant "C’est toi ?" et j’ai dit "Oui", parce que c’était moi. Il m’a regardé comme si je faisais trois mètres, que j’étais fait de diamants et que j’avais le pouvoir d’exaucer ses rêves les plus déments. Il m’a dit qu’il savait "Je savais." il a dit. Puis, et c’est là que ça va t’intéresser, il m’a dit que j’avais longtemps été son préféré, à la télé mais que depuis la nouvelle rentrée, j’avais été doublé. Par The Dragon, parce que "C’est le meilleur, c’est mon nouveau préféré !" et il suffisait de le regarder pour voir qu’il disait la vérité.
Il avait des flammes dessinées sur les poignets, qu’il cachait de ses manches mais à moi, il avait bien voulu me les montrer. Il me regardait, j’le regardais en me demandant comment j’pourrais lui faire un cadeau, même pas grand-chose, un truc qui puisse lui faire plaisir. J’lui ai demandé, si je pouvais faire un truc pour l’aider et il a pas été long à se décider.

Je t’ai dit qu’il avait jamais connu sa maman ? Et ben il a jamais connu sa maman, il m’a dit qu’elle était "partie" et j’ai pas eu à cœur de lui demander comment. Mais il m’a dit qu’il y avait un truc, qui lui plairait. "Tu sais ce que j’aimerais avoir ?" il m’a dit. Il a pas demandé grand-chose si tu savais, d’autres en auraient profité, pas lui. Il tenait sa tête droite et ses yeux quittaient jamais les miens. Il était là, et j’étais prêt à lui promettre n’importe quoi. Alors quand il m’a raconté ce qu’il voulait, j’ai pas hésité. J’ai dit oui, j’ai promis. "C’est promis." j’lui ai dit et il a sourit, avec ses dents du bonheur. C’était pas prévu, par contre, que ce midi je vienne m’asseoir là en face de toi pour te raconter son histoire. J’avais pensé te mettre de bonne humeur en te racontant une blague, mais en gaélique. Comme ça j’aurais pas été vexé si t’avais pas rigolé, à moins que voilà, tu sois Irlandais. T’es pas Irlandais ? »


Dernière édition par Captain Awesome le Lun 7 Mar - 14:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Dim 6 Nov - 2:02


    La cafétéria est bondée est c'est dans les foules de ce genre que je me sens le plus seul. Je ne m'en plains pas, je vis avec ça. J'ai appris à aimer ça. Etre seul même entouré de monde. Faire abstraction de ceux qui nous entoure, les mépriser par la toute puissance d'un regard qui n'aurait jamais dû être dur. Quand on voit les yeux de ma mère, sur les photos, on ne peut pas croire qu'ils puissent transmettre autre chose que de l'amour. Mais je dis ça parce que je ne sais pas. Peut-être était-elle plus en colère que moi, mais que les photos ne les montrent pas, n’immortalisant sur le papier glacé que les meilleurs instants volés d'une vie arrachée. Sur ces clichés aux couleurs délavées d'avoir été trop regardées, le noir de ces yeux-là ne saurait faire frémir personne, je pourrais le jurer. Mais l'ébène des miens a été taillé dans la douleur et la haine et ne racontent que ça.Il y a un garçon en face de moi. Un gars de ma classe, Si je ne dis pas de connerie. General Awesome, je crois, ou un truc du genre. Il parle. Il le fait souvent, ça. Surtout à moi. Il le fait bien trop longtemps, comme à chaque fois, je suis ailleurs, je pense à mon père. Parfois, il a des gestes qui me rappellent à lui. D'autre fois, je me demande s'il n'étouffe pas sous le tsunami de mots qu'il n'arrive pas à contenir. Il me parle de sa soeur. J'sais même pas qui c'est, mais si c'est un moulin à paroles à son image, qu'il la tienne éloignée de moi, ça vaut mieux pour eux. Ca part sur deux cons et là, j'ai décroché. Le prénom d'Anna m'a ramené deux fois de suite à lui, avec un pincement au coeur, jaloux que d'autres prennent le droit de l'appeler par son prénom, comme un gamin qui a l'impression qu'on lui pique sa nounou, mais en plus con, parce que je suis plus grand. Le mot "mère" m'a fait tiqué, mais mal entouré, j'ai eu l'impression qu'on l’avait aseptisé, alors je me suis à nouveau concentré sur mes frites, l'air de rien, à plus savoir si je voulais les bouffer ou pas. Il me prend tellement la tête que je veux me casser, mais j'ai l'impression d'avoir faim au milieu de cet envie de lui gerber de se barrer. Si Anna, justement, ne m'obligeait pas à ne plus faire de flammes pour terroriser mes camarades, je lui aurais cramé ses cheveux, histoire qu'il ait une bonne raison de fantasmer sur les miens.Il reprend son souffle le temps de tendre la main vers mes frites, et mon regard se fait menaçant alors qu'il essaie de me faire comprendre qu'il en veut une. Je ne sais pas pourquoi il ne me fout jamais la paix. Qu'est-ce que j'ai bien pu lui faire dans sa vie pour qu'il se sente obligé de me parler, encore et encore, toujours. J'ai l'impression d'entendre son accent irlandais parfois en allant me coucher, comme le bourdonnement d'un moustique qu'on ne peut pas faire cesser car on n'arrive pas à le trouver. Je sais que la violence ne résout rien, mais je lui ferais bien avaler sa langue et ses accents à ce bouffeur de pommes de terre. Il se rétracte, l'air déçu. Je ne sais pas ce qu'il cherche depuis qu'il s'est assis en face de moi, et même si je ne suis pas observateur et que je ne l'écoute pas ni ne le regarde, je peux assurer qu'il attend quelque chose de moi. Un truc en particulier et qu'il ne peut le trouver que sur mon visage, dans mes paroles, dans mon regard. S'il savait à quel point je suis vide de tout ce qui peut l'intéresser. A moins que son but soit de différencier mes expressions afin de les mimer... Non, il n'oserait pas. S'il essayait d'utiliser son pouvoir sur moi, rien ne m'empêcherait de lui renvoyer l’ascenseur.


-... que j’avais rencontré un jour devant la prison où mon meilleur ami était enfermé.


    Mes doigts se crispent, mes muscles se bandent, ma mâchoire se serre. Ma haine ainsi enfermée, j'évite l'explosion du mieux que je peux à l'entente du mot "prison". Je me mets à écouter malgré moi, comme s'il avait su créer un lien entre nous en m'apprenant qu'à lui aussi cette chienne lui avait voler quelqu'un. Je suis étonné de la facilité qu'il a à en parler, mais je me dis que c'est sûrement ainsi que je le vivrais si ce n'était pas le centre de mon univers, la seule personne au monde qui me restait, qu'on avait enfermé. Si j'avais eu un meilleur ami et que cette salope qu'ils appellent justice me l'avait enlevé, j'aurais sûrement été capable d'en parler sans haine.


- Le môme était là, en train d’attendre son papa.


    Je me retiens de frapper la table de mon poing fermé, J'ai envie de hurler. Un gamin, un père, une prison. Cette combinaison va me pourrir la vie jusqu'au bout. Jusqu'à ce que mes propres flammes, attisées par le vide de mon coeur, me consument et me bouffent, égratignent mon égo jusqu'à me réduire à néant. Je pourrais mourir étouffé par la noirceur de mon âme et ce jour là encore, trois mots me voleront le peu de vie et de retenue qu'il me restera : père, gamin, prison. Et au dessus d'eux, respirant la pureté d'un amour filiale tellement dépourvu de matière et pourtant si transcendant, flottera l'image de ma mère. Quitte à m'autodétruire, autant le faire jusqu'au bout de mes ongles noirs.


- Quand il m’a vu, il a couru vers moi en disant "C’est toi ? " et j’ai dit "Oui", parce que c’était moi. Il m’a regardé comme si je faisais trois mètres, que j’étais fait de diamants et que j’avais le pouvoir d’exaucer ses rêves les plus déments.


    Et bien quoi, y'en a qui rêvent encore, et après, je ne suis pas le père-noël, je n'ai pas à écouter ces foutaises, laisse ma rage me consumer en paix, je te prierai.


- Il m’a dit qu’il savait.



    J'm'ennuie.


- "Je savais." il a dit.


    Tu l'as déjà dit.


- Puis, et c’est là que ça va t’intéresser,...


    Tu crois vraiment ?


- Il m’a dit que j’avais longtemps été son préféré, à la télé mais que depuis la nouvelle rentrée, j’avais été doublé. Par The Dragon, parce que "C’est le meilleur, c’est mon nouveau préféré !" et il suffisait de le regarder pour voir qu’il disait la vérité.

    Raté, ça ne m'intéresse pas. Je ne vis pas pour être le chouchou des mômes. Les gamins, c'est des petits adultes. Un jour, ils t'adulent, le lendemain, t'es un paria. Dis, toi, tu sais de combien de merdeux mon père était le préféré ? Des milliers, des centaines de milliers. Tu sais combien d'adultes ? Au moins le double. Et tu sais combien de personnes l'ont soutenu après la débâcle ? Deux. Forrest et moi. Garde donc ton anecdote pour quelqu'un qui croit encore à ces conneries. Moi, je le sais : demain, il en aimera un autre. Il me remplacera comme il t'a remplacé, et tu m'auras raconté ça que pour sauter un repars à force de déblatérer des débilités. Franchement, dégage, tu m'attendriras pas avec ces foutaises. J'aime autant que le gamin me déteste. Et qu'il te déteste aussi, ça t'habituera à l'ingratitude.


- Je t’ai dit qu’il avait jamais connu sa maman ?


    Je crois qu'il a parlé de flammes, je ne sais pas, je viens de me rendre compte que je l'avais à nouveau abandonné pour lui préférer mes pensées. Sa voix devient chiante, au bout d'un moment. A moins que ça vienne de moi. Je crois que je ne supporte pas les gens qui parlent.Bref, mon attention s'était relâchée, mais cette phrase m'a ramenée à lui malgré moi. J'ai envie de le frapper juste pour être sûr qu'il ne croit pas que ça changera quelque choses que le gamin soit passé par le même genre d'épreuve que moi. Tout simplement parce que je leur mens à tous. Ils ne savent pas ce que je traverse vraiment. T'en sais quoi, toi, de ce que je ressentais pour ma mère ? Autant, je la haïssais, qu'est-ce que tu peux bien savoir ? Autant, c'est moi qui l'aies tué, tête de mouton. Je n'ai pas envie de ressentir de la compassion, pas aujourd'hui, pas après tout ce temps durant lequel personne n'a jugé bon de le faire pour moi, à part Anna, et peut-être Forrest, mais vraiment, c'est difficile à dire, avec lui. Pour être honnête, je sais que je devrais me montrer meilleur en offrant à ceux qui traversent ce genre d'épreuves une épaules sur laquelle s'appuyer. Mais j'emmerde tout le monde, tous autant qu'ils sont. J'en ai ma claque de tout ça.Je crois qu'il est à nouveau parti sur autre chose j'ai juste le temps de choper sa dernière question alors que je tais ma dernière invective contre ce monde dégoûtant fait de faux-semblants.


- T’es pas Irlandais ?


    Un de mes sourcil se fronce, pendant que l'autre se hausse et mon inquiétude pour sa santé mentale se fait sentir alors que mes yeux noirs se plongent dans le vert des siens. Tu viens de quelle planète, putain ? L'Irlande, c'est si loin que ça ? Pourtant, j'aurais juré que c'était dans notre système solaire.


- Non. Dis-je en fronçant les sourcils, me disant que, vraiment, faire un repas tranquille, dans cette cafèt, c'était vraiment trop demandé.


    Pourquoi il me demande ça ?


Dernière édition par Pyroman le Mer 9 Nov - 15:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Dim 6 Nov - 13:25




« Non. »

Je souris. J’le regarde alors qu’il ignore le mal que j’viens de me faire. Je sais pas si c’est d’être près de lui qui me fait cet effet, mais j’me sens brûler. J’ai les boyaux en feu et les regrets s’accumulent dans ma gorge. J’ai besoin de voir Callie. Elle saura m’apaiser, j’me dis. Elle, saurait que si j’ai inventé l’histoire des ados attardés, c’était pour le faire tiquer, lui arracher un sourire ou rien qu’un éclair de reconnaissance au fond des yeux. Mais ils sont restés fermes dans leur noirceur et ça m’a rassuré. C’était con et « c’est con » j’me suis dit, parce que c’était pas du tout c’que j’attendais.

Je regarde son plateau. Dessus y a des frites qui dans ma tête épellent JAIL. C’est ma faute, en lui parlant de sa bouffe, je pensais qu’au mot que j’allais dire pour la première fois depuis un an. Qu’il le fallait léger, comme si lui et moi on se connaissait depuis des lustres, comme s’il me faisait pas peur et qu’il s’agissait pas d’un monstre dans le ventre duquel dorment Jimmy et Timmy. Et j’l’ai dit. J’l’ai dit juste comme ça « devant la prison » et j’ai été fier de moi, jusqu’à ce que ma voix déraille sur « papa ».  En retour, le chaos, la douleur et le deuil se sont accumulés sur deux pauvres syllabes qui m’ont foutu les jetons. Alors j’ai pensé à mon père, et j’ai continué. J’ai imité la voix du petit quand il disait « C’est le meilleur ! » pour qu’il l’entende à travers moi, j’ai tout répété plusieurs fois pour qu’il saisisse l’importance d’une promesse, d’un accord passé.

« Il a jamais connu sa maman » j’ai dit comme si ça m’emmenait pas trop loin. J’ai évité de penser à moi. J’ai fixé ses yeux et leur absence qui parfois s’emplissait d’une haine pure ou d’un ennui profond. « C’est bon » j’me suis dit, « je l’emmerde ». C’est bon parce qu’y a plus d’un truc qui nous rapproche lui et moi et peut-être qu’un jour, il le verra.

Ça doit faire au moins dix secondes que j’ai pas parlé. Que j’regarde ses yeux en voyant ceux du gamin. Onze. J’pense à une blague que John m’avait raconté, mais qui marcherait pas sur Leo J. Peace. J’me demande depuis quand il a pas rit, combien de temps il va tenir avant de tous nous faire cramer. Douze. Si ce silence entre nous l’emmerde plus qu’un monologue qui lui permet de rester seul avec lui, si la proximité d’un échange sans mots le dérange. Treize. J’me dis que j’aurais mieux fait d’emmener Callie au lieu d’en faire mon plan B, parce que j’arriverai jamais à le dérider. « Il va se barrer » je pense, si je le retiens pas. Il va se barrer et j’le retrouverai pas. Quatorze. Autant en profiter tant qu’il est là. Je pense au gamin, à ses toutes petites dents, à ses yeux, deux grosses billes qui brillent rien qu’en prononçant deux mots magiques.

« Leo J. Peace. C’était écrit sur le t-shirt du môme, dans la rue. Il l’avait fabriqué lui et ça se voyait, qu’il y avait passé des heures. Des nuits. Mais y avait un truc que personne sait. "Je l’ai jamais montré" il m’a dit, c’était un secret. Y avait pas que toi sur son t-shirt, sur ses bras. Il l’avait doublé, t’imagines ? L’intérieur aussi était customisé, au début j’ai pas compris. Il a enlevé son vêtement comme ça, en plein milieu de la rue, il l’a retourné et il me l’a tendu. J’ai lu le même mot que sur le devant, alors j’l’ai regardé sans savoir quoi chercher. « The Dragon » c’était écrit, encore. J’ai pensé qu’il voulait que j’lui dise que c’était bien fait alors j’lui ai dit "C’est très beau, surtout le feu, on dirait qu’il est vrai." Et il a rigolé. "T’es bête !" il m’a dit et il a tendu le doigt sur le visage du type qu’il avait dessiné et que j’croyais être toi. Mais tu sais qui c’était, pas vrai ? »

Je pause mon récit, cette fois, et prends le temps de rien ajouter. J’veux pas qu’il me demande qui c’était. J’veux qu’il se demande qui c’était. Qu’il comprenne en un coup de tonnerre, qu’il sache. J’ai un peu peur de m’en prendre une mais je dis plus rien, en repensant au gamin. J’invente rien, je revois son dessin. Rouge sur fond noir, c’était hypnotique. On voyait que lui, au milieu d’une mer de flamme qu’il domptait. Un dieu, on aurait juré. Et Leo J. Peace sait qui c’était.

« Ton père. C’était ton père qu’il avait peint, gigantesque flamme entre les flammes. Et le môme qui a vu que je comprenais, j’ai cru qu’il allait pleurer. "J’peux pas le porter de ce côte." il a dit comme si ça le bouffait de le dire à voix haute. "Alors j’le retourne quand je suis tout seul et je deviens plus fort." il disait en croyant en cette magie étrange. Et il y croit encore. Tu sais ce qu’il fait ? Il réunit des copains à lui et tous les week-ends, ils s’organisent en secret pour réunir des preuves. "Des preuves de quoi ?" j’lui ai demandé. Mais ça aussi tu le sais, Leo J. Peace. Y a des gens qui luttent encore pour avoir le droit de défendre ceux en qui ils croient. Y a des mômes qui pleurent, pas parce que leur héros est tombé, mais parce qu’ils peuvent pas lui dire qu’ils sont là, à se battre avec lui. »

Il me regardait et je pensais « pleure pas, pleure pas je t’en supplie » parce que j’étais sur le point d’aller voir Jimmy. Et je savais que s’il se mettait à chialer, ça allait me toucher, que j’y couperai pas. Je pourrais pas m’arrêter, j’me suis dit, si jamais j’prenais l’idée de pleurer. Et Jimmy avait pas besoin de voir ça.
J’observe Leo en me demandant s’il va me taper ou se barrer. Personne a le droit de parler de son père et moi j’suis prêt à le faire en long, en large, en travers. J’aimerais qu’il se dise que même si les gamins y peuvent rien, même s’ils ont pas connu la période du grand Cameron, même s’ils arrivent pas à se faire entendre et qu’ils ont appris à avoir peur de défendre leurs propres héros, ils sont là. En secret de leurs propres pères. En cachette de leurs mères, ils se cachent de tous et deviennent les petits héros de nos cœurs. Défenseurs de nos âmes, jusque dans notre droit d’être, et d’espérer.

« Tu sais ce dont il était le plus fier ? D’avoir appris à faire tourner une lessive tout seul, pour protéger son secret. Pour cacher ses t-shirts à son père, il s’est démmerdé en se disant qu’il participait à une lutte à sa taille. Il m’a dit plusieurs fois qu’ils avaient un slogan, les merdeux. Il disait "On est tous là et personne n’y voit rien. Que du feu." »

Je souris encore, en revoyant la force de sa conviction. Les larmes qui ont quitté ses yeux à la seconde où il l’a dit. J’le regardais et lui regardais le ciel, solennel. J’revois les murs, derrière son sourire. Le décor de cette scène qui me bouffe les souvenirs. Je pense à toutes ces syllabes qui sont encore en travers de ma gorge, ces mots douloureux. Je me fais du mal et personne n’y voit rien. Que du feu.



Dernière édition par Captain Awesome le Lun 7 Mar - 14:46, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Mer 7 Mar - 18:30


    Je suis une plaie de colère. La haine me démange alors que je lèche mes écorchures avec des langues de feu. Rien ne calme les flammes qui cherchent la revanche par la destruction des bonnes intentions de mes compatriotes qui veulent me faire exister dans leur monde, alors que je ne demande qu'une chose, que l'on me laisse dans celui que mon père et moi voulons créer. Un monde noirci, calciné, brûlé. A l'image de nos douleurs si remplies de notre manque d'Elle, du manque de nous, de nos années perdues. Toi qui me parles, encore et encore, saurais-tu me rendre les instants où j'aurais pu parler à mes parents ? Cette rage qui incendie mes entrailles est trop forte, mon impatience arde mes bonnes volontés. Je n'ai pas posé de question, mais j'espérais tout de même une réponse. Qui ne vient pas, bien sûr. Il reste silencieux... Tant pis, j'imagine... Je le regarde. J'ai l'impression qu'il attend. Il devait y avoir un suspens que je n'ai pas su saisir, ou qu'il attend que je rebondisse, développe, mais je ne sais pas quoi lui dire. Je ne cherche pas à parler, parce que je ne veux rien dire. Je ne sais pas qui il est, ne comprends pas ce qu'il me veut. Il n'a pas peur, c'est tout ce que mon feu retient, et ça l'excite. Je me complais dans cette bulle de solitude qu'il a su créer autour de moi, et je meurs de me savoir aimé par d'autres que mon père et ma mère. J'ai bâti mon univers autour de leur absence et j'ai même poussé le vice jusqu'à désaimer Anna, Alex et Forrest, tout du moins assez pour me prouver qu'ils ne remplaceraient jamais les parents que l'ont m'a enlevé. Et pourtant, sans eux, je n'aurais rien été. Rien qu'un grand brûlé aux ailes brisées.


« Leo J. Peace. C’était écrit sur le t-shirt du môme, dans la rue. Il l’avait fabriqué lui et ça se voyait, qu’il y avait passé des heures. Des nuits. Mais y avait un truc que personne sait. "Je l’ai jamais montré" il m’a dit, c’était un secret. Y avait pas que toi sur son t-shirt, sur ses bras. Il l’avait doublé, t’imagines ? L’intérieur aussi était customisé, au début j’ai pas compris. Il a enlevé son vêtement comme ça, en plein milieu de la rue, il l’a retourné et il me l’a tendu. J’ai lu le même mot que sur le devant, alors j’l’ai regardé sans savoir quoi chercher. « The Dragon » c’était écrit, encore. J’ai pensé qu’il voulait que j’lui dise que c’était bien fait alors j’lui ai dit "C’est très beau, surtout le feu, on dirait qu’il est vrai." Et il a rigolé. "T’es bête !" il m’a dit et il a tendu le doigt sur le visage du type qu’il avait dessiné et que j’croyais être toi. Mais tu sais qui c’était, pas vrai ? »


    Ma main a trouvé ma bouche pendant qu'il parlait. Je veux qu'il se taise, qu'il arrête tout de suite de parler. Son histoire, je la hais. Je ne veux pas qu'il me le dise, je ne veux pas qu'il le prononce. Je veux retrouver le gamin et lui dire d'oublier tout ça, le feu, moi... Et mon père, surtout mon père. Je ne veux pas partager ça, je ne veux pas croire qu'il manque à d'autre, car c'est à moi qu'il a été enlevé. C'est avec moi qu'il est revenu. Je suis celui qui a passé une adolescence d'orphelin à supporter la haine mêlée de peur dans les regards de personnes que je n'avais jamais croisées avant cela. L'idée d'être rejeté pour quelque chose d'incohérent, impossible, quand on est qu'un enfant, il sait ce que c'est, ton gamin ? C'est l'Enfer, mon gars. L'Enfer sans Son feu. On se sent tellement seul qu'à la fin, on ne demande qu'à l'être vraiment. J'ai passé ma vie à être seul dans mon camp. La jalousie carbonise mes angoisses, j'ai la haine au bord du coeur. C'est du foutage de gueule, putain ! Des flammes dansent dans mes yeux, je les sens quand je plonge mon regard dans le sien. Arrête-toi là, vraiment, il vaut mieux. Pour toi, comme pour moi.


« Ton père. C’était ton père qu’il avait peint, gigantesque flamme entre les flammes. Et le môme qui a vu que je comprenais, j’ai cru qu’il allait pleurer. "J’peux pas le porter de ce côte." il a dit comme si ça le bouffait de le dire à voix haute. "Alors j’le retourne quand je suis tout seul et je deviens plus fort." il disait en croyant en cette magie étrange. Et il y croit encore. Tu sais ce qu’il fait ? Il réunit des copains à lui et tous les week-ends, ils s’organisent en secret pour réunir des preuves. "Des preuves de quoi ?" j’lui ai demandé. Mais ça aussi tu le sais, Leo J. Peace. Y a des gens qui luttent encore pour avoir le droit de défendre ceux en qui ils croient. Y a des mômes qui pleurent, pas parce que leur héros est tombé, mais parce qu’ils peuvent pas lui dire qu’ils sont là, à se battre avec lui. Tu sais ce dont il était le plus fier ? D’avoir appris à faire tourner une lessive tout seul, pour protéger son secret. Pour cacher ses t-shirts à son père, il s’est démmerdé en se disant qu’il participait à une lutte à sa taille. Il m’a dit plusieurs fois qu’ils avaient un slogan, les merdeux. Il disait "On est tous là et personne n’y voit rien. Que du feu." »


    J'ai envie d'hurler, de lui dire d'arrêter. J'ai mal d'entendre ça, car je redeviens un gamin, et l'espoir qui brûle l'estomac. Je sens à nouveau l'envie d'y croire comme elle se fait piétiner, je me revois comprendre douloureusement qu'il ne faut rien attendre de ce monde, que les dieux, la Justice et la foi, ce n'est que du vent, des contes pour enfants. Je redécouvre les prémices de ma haine, alors que je comprends que ce monde déchire ses icônes quand il n'y croit plus. De même des héros, quand ils n'en veulent plus. Je rage de retrouver ces souvenirs, je me rappelle de tout alors que ce gamin au tee-shirt fabriqué devient moi, sans le savoir. Et pourtant, s'il savait. C'est un idiot, ton petit. Naïf. Le monde va le détruire comme il m'a détruit. Il ne comprendra jamais aussi bien les esprits des autres que le jour où il verra leur vraie nature. Il a choisi le mauvais combat, et sans blague, qu'il change maintenant, avant d'y croire vraiment. Tout ça, ce n'est un qu'un passe temps. Il veut juste énerver maman.


- Dis lui d'oublier cette histoire. Ce n'est pas pour les enfants.


    J'entends derrière ma main ma voix qui tremble de cette haine et de cette douleur retrouvée. J'entends ma propre déception, comme l'écho de ma désillusion. Mieux vaut qu'il comprenne maintenant, ton gamin. Son combat, d'autres l'ont mené avant lui. Ils ont échoué. Inutile de remuer le couteau dans la plaie. Elle ne s'est jamais refermée.
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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Lun 20 Aoû - 1:16



Des fois, j’me dis que j’ai le droit de me laisser tomber. Que j’ai le droit de pleurer sur mon sort, d’arrêter de faire semblant d’être fort. J’me le dis tout bas, mais j’le dis quand même. J’me dis que j’ai pas à sourire chaque fois qu’on m’envoie chier, que tout ça, j’peux arrêter. Je peux être désolé pour moi et laisser les larmes me défigurer. J’peux laisser faire la douleur qui me brûle le ventre quand je pense à eux. J’me dis que je devrais, j’me dis que j’peux. Des fois, je laisse faire. J’en crève d’avoir mal, j’pourrais me rouler par terre. Mais j’me dis que c’est sain, pour me convaincre. J’me dis que c’est bien. Et que j’ai le droit d’être en colère, de me décourager. De me souvenir que mon ami ne reviendra jamais. J’ai le droit de penser qu’on mérite pas ce qui nous est arrivé. Lui le premier. Et je deviens minable, j’me fais honte. J’exulte en crevant, pleurant comme jamais avant. J’apprends tout de ma vie, entre deux souffles perdus. J’me hais, mais je laisse faire. J’me dis que j’ai le droit de me laisser abattre de temps en temps. De prendre une balle en plein cœur sans chercher à la cacher sous mes doigts qui tremblent. J’me dis que rien ne nous aidera jamais. Qu’on est nés rien que pour crever. Qu’ils se reverront jamais. Qu’elle l’a pas mérité. Et j’me dis qu’il faut me relever. J’en ai pas envie mais j’le fais quand même. Pour elle.

    « Dis lui d'oublier cette histoire. Ce n'est pas pour les enfants. »

J’me bas quand même. « Et pour lui. », j’me dis. Je pige la haine dans ses yeux parce qu’on se croise quelques fois, elle et moi. Chaque fois que j’tombe sur le miroir alors que j’me laisse aller. J’me vois, là, à maudire le monde. A cracher, pisser, souiller, racler, vomir l’injustice. J’la laisse me changer, plus que vous le faites. Et ça me renvoie sur Terre, chaque fois que j’vois cette colère. Elle a rien à foutre dans mes yeux. Qu’elle soit dans mon cœur, j’me dis ! Dans mon courage, dans ma force, dans mes peurs. Qu’on la donne au chaos en pâture, pour voir comment il se démmerde, lui, en voiture !

    « Est-ce que tu vas me frapper ? Est-ce que t’en as envie ? »

Des fois j’me dis que j’ai le droit d’être en colère, de pas accepter ce qui nous est arrivés. J’me dis que j’ai le droit d’en pleurer, d’y penser et d’y penser encore pour toujours finir par trouver ça dégueulasse. Je pense que ça fait pas de moi quelqu’un de faible. Ça fait pas de moi quelqu’un de mauvais. J’ai le droit de réaliser que c’est pas juste, ce qu’il s’est passé et de tout vouloir laisser tomber. J’ai le droit de m’faire peur, de me dire qu’on en guérira jamais. Ça fait pas de moi quelqu’un de con, ni de méchant. J’peux pleurer sur la mort et me sentir vivant. J’ai le droit. Ça me rend pas vilain. J’peux avoir tord, mal, peur, froid. C’est ce qui me rend humain.

    « Est-ce que tu te frapperais, toi ? »

A une douleur près. Et puisqu’on en est là. Je me concentre sur son visage déformé par la haine. Ses yeux plus noirs qu’à l’ordinaire. Ses lèvres plus menaçantes sous sa main quasiment létale. Ses cheveux noirs. Leurs flammes qui m’envoient me faire foutre. La douleur jusque sous sa peau. Ses couleurs. Ses teintes. Ses expressions. Ma torpeur. Mes yeux noirs qui brûlent. Mes pommettes qui bougent. Mes cheveux qui tombent, lisses, sur mes épaules. Mes mains qui tremblent. Ma gorge qui se serre. Son visage sur le mien.
Regarde comme t’as mal. Vois comme tu hais. Est-ce que tu te frapperais ? Est-ce que t’es en colère au point de t’en vouloir d’avoir rien su faire ? De pas avoir vu la mort venir ? Est-ce que tu te buterais si ça pouvait aider ? Est-ce que tu te saignerais, confronté à ton image ? A tes maux. A ton nom. A cette putain de haine qui t’empoisonne ? Je pourrais crever à ta place, si ça nous les rendait.

Moins d’une seconde. Une hallucination, un truc dément. Un flash, sous ses yeux de charbon. Je reprends mon visage, mon rôle, mes expressions moins dures. Tant qu’à faire, je souris. Tu m’as vu venir ? J’ai demandé, parce que j’ai cru qu’il allait me frapper. Je l’ai vu venir, de mon côté. Gros comme le cœur de ma sœur. Je l’ai vu me souhaiter mort. En cendres. Partout sauf ici, devant lui. Mais j’me suis dit que j’avais le droit d’être là. De faire quelque chose de bien pour un gamin. J’me suis dit que j’avais le droit de miroiter sa colère, parce que je la comprends, mais qu’elle suffira pas à lui rendre ses parents. J’ai le droit d’avoir mal, et de laisser faire. D’être minable, de m’en rouler par terre. De pas voir la fin de mon deuil. De pas vouloir qu’il se termine. D’embarquer mes regrets avec moi partout où je vais et d’les transformer en sourire. Parce qu’il adorerait que je l’emmène depuis que je sais plus où il habite. J’me relève. Pour lui.

    « Et j’te pique une frite. »

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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Dim 5 Mai - 23:40


    Je maudis ces gamins de bonnes familles qui s'approprient les malheurs des autres pour avoir l'impression d'exister. Ces petits qui se délectent des histoires pathétiques et qui se font du mal à se dire que ça pourrait leur arriver, juste parce qu'ils n'ont pas de peines qui leurs soient propres. Je les maudis, car je ne connais que trop bien les cendres de la douleur, je n'ai que trop vu les regards pleins de pitié et ceux pleins d'une haine que je ne comprenais pas, enfant. Ces gosses ne se rendent pas pas compte de la chance qu'ils ont de ne pas faire partie de cette existence néfaste qui bouffe les espérances et brûle l'innocence. C'est leurs parents qui ont plongé ma vie et celle de mon père dans ce chaos, par leur ignorance et leurs certitudes. Un jour, ces mômes détruiront la vie d'un autre, juste pour le regarder tomber du haut de cette forteresse de grandeur qu'ils lui auront eux-mêmes construite, et ils se délecteront du spectacle. Ce n'est qu'un jeu, pour eux. Nous ne sommes que des bêtes de foire, et aussi sûrement que ces petits embrassent la cause de mon père aujourd'hui, ils la renieront demain. C'est l'inconstance ingrate des gens bien pensants, ceux qui sont censés se trouver sous la protection des héros qu'ils abjurent dès que l'envie leur en prend. Hier encore, l'Irlandais, tu étais son favori. Aujourd'hui, te voilà réduit au rôle de... de quoi, de messager ? Laisse-les, et surtout, laisse moi. Laisse-moi en dehors de leurs scenarii épiques qui n'auront plus la même importance à leurs yeux, demain.

« Est-ce que tu vas me frapper ? Est-ce que t’en as envie ? »


    Je retire la main de ma bouche et plisse les yeux dans un mouvement aussi instinctif qu'inutile. Pris de cours, je me surprends à réfléchir à sa question. Non, je n'en ai pas envie, en réalité. Je crois que je suis juste las d'avoir passé quinze ans de ma vie en enfer, et d'avoir l'impression que jamais je n'aurais la paix. Fatigué d'avoir mal et de ressasser ma douleur et ma haine, je me sens comme un tas de cendres fumantes sur lesquelles quelques acharnés s'amusent encore à souffler. Une braise à demi-consumée, déjà brisée. Donc non, l'envie de le frapper m'est passée, je crois. Je veux simplement qu'il me laisse en paix.


« Est-ce que tu te frapperais, toi ? »


    Et ainsi s'éveilla le volcan. Peut-être le fait de voir mon visage apparaître, peut-être le choc de voir ma haine si purement imitée. Elle s'évapore de ces yeux que je m'efforce toujours d'éviter, devant les miroirs, tant j'angoisse de la savoir là. Je n'aime pas me retrouver face à elle, je n'aime pas la voir me renvoyer mes années solitaires à construire cette putain de forteresse enflammée. Putain, oui, je me frapperais, si tu savais ! Je me frapperais de ne pas avoir été assez grand pour sauver ma mère, assez fort pour garder mon père, assez vieux pour supporter. Je me frapperais, je me brûlerais si ça pouvait tout changer. Cette haine-là, elle est là simplement parce que je ne peux rien sauver. J'ai à cœur de protéger des souvenirs que je ne vivrais jamais, et j'enrage de ne pas pouvoir tourner la page. J'en veux au monde entier, mais c'est mon impuissance que je blâme au plus haut niveau.


« Et j’te pique une frite. »


    J'ai disparu de sous mes yeux, mais la douleur flotte autour de nous deux telle une fumée, comme si elle émanait de notre table, de nos sièges, de nos vêtements, qui deux secondes auparavant étaient identiques. Mes oreilles me sifflent de riposter, je n'entends plus rien en dehors du grondement sourd de mes entrailles qui n'assument plus. Je vais gerber, faut que je bouge. Je me sens me redresser, et me pencher par dessus la table, je vois mon bras s'approcher de sa gorge, ma main lui attraper le col. La partie de ma main la plus éloignée de son visage s'enflamme, je suis dans un état second lorsque je m'entends le menacer.


- La prochaine fois que tu utilises ton pouvoir sur moi, j'f'rai pareil.

    J'étouffe, je me sens brûler, comme si la température avait soudain explosé des records. C'était peut-être l'action de trop. J'ai besoin d'air, d'oxygène. Je le lâche. Je lui en veux, même si une part de moi sait que ce n'est pas lui qui m'inspire cette rage. J'ai jamais autant détesté quelqu'un, et je me dis que c'est sûrement parce que je ne déteste sûrement personne plus que moi-même. Et qu'il a été moi, pendant quelques secondes. Il n'a fait que me renvoyer à des démons que je n'oublie pas, avec lesquels j'ai cru avoir appris à vivre, avec le temps. Mais c'est parce que je ne leur fais plus face depuis longtemps.


- Finis les.


    Je pousse mes frites vers lui et me lève. Je ne sais pas où je vais, mais il faut que je m'y rende. Vite.


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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Ven 12 Juil - 15:23



Un jour, Leo J. Peace a fait un choix. Il l’a pas vu venir, il y a sûrement pas pensé, mais un jour, y a longtemps, il a choisi de tous nous détester. Il nous a tourné le dos, s’est désintéressé de nos sorts. Il a du se dire qu’on méritait pas ses efforts. Un jour, il s’est dit que ça suffisait. Que ça y était, on pouvait bien crever, si ça ne tenait qu’à lui on aurait cramé depuis des piges. Il s’est rendu compte que rien ne le touchait, qu’on se ressemblait tous les uns les autres en finissant par n’être qu’un immonde ramassis de conneries. Il s’est mis à tous nous haïr. Mais l’ennui quand on déteste tout le monde, c’est que tout le monde y passe. On fait des autres une entité merdique et vouée à l’échec, une entière population qui nous servira de charbon. On s’inclut pas dans les ratures alors… alors on se demande ce qu’on devient. Si on n’est pas humain. On est quoi ? Une énergie pure, dénouée, libre et dangereuse de n’être qu’une fournaise avivée par nos propres organes en feu qui hurlent à la mort. On n’est plus que l’ombre de notre dernier effort.

Je vais m’en prendre une. Je le vois, ça me brûle déjà. J’me demande s’il me laissera une trace. Combien de temps elle restera, de quelle couleur elle sera. Je le regarde n’être plus grand-chose sinon la haine qui l’étripe et je remets en question l’idée d’attirer ces foudres-là sur moi. Je ne soutiens pas son regard. Alors je souris en baissant les yeux sur ses mains qui se ferment sur le monde qu’il achèvera vite de cramer. Même les anges ? je me demande. Même les anges ? Il a le regard de quelqu’un qui n’a plus grand-chose à perdre et quand son poing s’approche, je tais la folie qui me prend, j’essaie de rester calme. Mais mon cœur bat la chamade. Il tire fort sur mon col et rien qu’une seconde, j’entrevois la possibilité de mourir. J’veux pas que ce soit la haine qui me tue, j’veux pas. Je veux mourir d’amour sinon Timmy ne me reconnaitra pas. J’veux pas devenir la victime de celui qui, un autre jour, fera un autre choix. Parce que ce choix-là, il changera le monde.

Son pouce prend feu sous mon menton et j’me dis qu’il le sait pas, mais Leo J. Peace tient plus du soleil que du reste. J’me demande si tout ce que je ressens, c’est l’effet que ça fait de se trouver si près d’une étoile. Il me regarde comme il regarde pas souvent les autres et je me sens exister sous sa main dont la chaleur commence à me brûler. Les battements de mon cœur me font perdre la tête, j’ai envie de lui hurler que ça sert à rien de s’en prendre à moi, parce que je ressemble pas aux autres. Tu m’as vu, ou pas ? Je te ressemble à toi.

« La prochaine fois que tu utilises ton pouvoir sur moi, j'f'rai pareil. »

Un éclair me déchire les entrailles, quand il me relâche. J’en doute pas une seconde, j’le crois et ça me fait mal. Mes mains retombent, je me souviens pas les avoir levées. Je souffle, mais j’ai juste envie de chialer. Une pression intense crache son venin dans mes veines quand elle s’en va, diffuse, me libérant. Tout retombe, à commencer par la température. J’ai envie de lui dire que mon pouvoir, il s’use pas sur les autres. Que ce sont mes os qu’il craque et change, que c’est ma peau qu’il déchire. Ma tête qu’il envahit. Mes sens qu’il déguise. Le silence autour me claque aux tympans. Un autre jour, à un autre moment, j’aurais pu me tourner vers les gens et lancer une blague, jouer les bouffons. J’aurais pu leur rendre leur ambiance, prétendre. J’aurais pu me défendre. Mais je sais plus rien faire, sinon regarder Leo J. Peace être Leo J. Peace. Et même avec ce qu’il vient de me faire, je peux pas m’empêcher de trouver le spectacle beau. Y a trop de promesses dans cette âme-là. Y a trop de fissures, trop de possibilités pour un intrépide. Y a trop de potentiel pour tout laisser tomber. Y a tellement de tristesse, pas une once de vide. Y a trop de tout, il est plein du monde. Et c’est peut-être plus facile de tout recracher, mais un jour, un autre jour, il choisira de vivre en paix. Et ce jour sera grand, il sauvera des anges.

« Finis-les. »

Il pousse son assiette vers moi et je trouve ça miraculeux, le fait qu’il me l’ait pas foutue en travers de la gueule. Il a tranché comme on fait tomber une sentence, l’air de me dire adieu. Quand il se barre, je reste assis avec mon torse qui gère au mieux mon cœur et mon souffle qui se percutent, à me demander ce qu’il vient de se passer. Et, sans m’en rendre compte, sans l’avoir vu venir ni même y avoir pensé, j’ai fait un choix. Je choisis de croire en Leo J. Peace. Je crois en celui qu’il peut devenir. Je crois qu’un ami féroce et fidèle sommeille quelque part sous le tas de cendres qui lui sert de cœur. Je crois que dans sa carcasse se trouve un petit garçon qui a juste peur qu’on lui reprenne son père. Je choisis de croire qu’un jour, pas ce jour, je le verrai sourire.

Alors je le suis, j’abandonne les frites et le reste, en me disant que je verrai plus jamais une frite sans penser à lui. J’le suis à la trace, courant pour combler mon retard. Je sais pas ce que je vais lui dire, faudra que je pioche dans mes pensées. Je sais même pas si je vais le retrouver. Mais je vois sa silhouette, de dos, au bout du couloir et j’me dis qu’il ne manque qu’un trait vert sous mes pieds, parce que je pourrais aussi bien me diriger vers la mort. J’espère juste que ces dix-huit mois ne m’ont pas trop changé.

« Un jour, Leo J. Peace, tu seras fatigué d’être seul à crever ! Parce que l’ennui, tu vois, quand on déteste tout le monde c’est que tout le monde y passe. »

Tous, sauf Papa. Mais si y a de la place pour lui, y en aussi pour moi.


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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Lun 17 Fév - 15:04


J'vais brûler jusqu'à en crever. Je ne sais pas comment ma peau retient cette chaleur qui me gouverne, mais je sens, je sais, ça ne va pas durer. J'ai chaud, putain, j'vais exploser.  S'il savait le mal que j'ai eu à me regarder. Il ne comprend pas, que mon visage, je ne peux pas le brûler. Je vis dans un putain de cauchemar et je ne peux rien faire, je ne peux rien sauver, à part des apparences que je voudrais cramer jusqu'à ce que ça en devienne de la poussière. A moins qu'elles ne puissent me rendre ma mère. J'entends ses pas, il me poursuit, à moins que mes oreilles ne bourdonnent sa présence qui me pèse tant elle m'enrage. Je ne sais même plus pourquoi je le hais autant. Peut-être... Peut-être parce qu'il ne me déteste pas assez.
« Un jour, Leo J. Peace, tu seras fatigué d’être seul à crever ! Parce que l’ennui, tu vois, quand on déteste tout le monde c’est que tout le monde y passe. »

Je me stoppe net. Je ne sais pas quoi penser de sa phrase. Je la comprends, et pourtant, elle m'échappe dans le même temps. Comme si elle parlait à un coin reculé de mon âme, tenu secret même de mon cœur. Je pourrais en chialer, si je savais le faire. Je suis fatigué d'être seul depuis le début des temps. J'ai pas demandé à perdre tout ce que j'avais, tout ceux que j'aimais. J'ai pas demandé à être rejeté, catalogué, détesté. J'ai pas demandé à ne faire confiance à personne, à me méfier du monde qui m'entoure, à me sentir seul même quand je suis entouré. J'ai pas demandé à créer cette muraille autour de mon cœur pour me protéger de tous, même des meilleurs. J'ai rien demandé, et si le monde était différent, je le serais aussi, tu vois. Dans un battement cœur, je choisirai de croire en eux, de croire en moi. Mais les gens sont comme ils sont : viciés, pollués, gâtés, gangrenés... Alors, oui tout le monde y passe. Même moi. Parce que je ne suis pas assez fort.

Je me retourne et lui fais face. Parce que tout le monde y passe. Même lui, que je ne connais pas. Je le détaille, me promets de ne pas oublier ses cheveux bouclés, ses yeux verts, son visage fin, son bracelet orange, son accent irlandais, l'espoir dans son cœur, la peur dans son ventre et les démons dans son regard. Parce qu'il en a, on en a tous. Je me promets de ne rien oublier, et je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais je le fais. J'm'en souviendrai, je le sais, parce qu'il ne me laissera pas oublier. Un jour, je m'en voudrais de ne pas comprendre ce qu'il voit en moi. Pourquoi il s'acharne, pourquoi il y croit.  Est-ce qu'il me connait, qu'est ce que je lui ai fais ?

- Pourquoi moi ? Je demande.


Je me sens brûlant.
J'ai pas demandé à se que l'on croit en moi, qu'on me regarde avec ces yeux là. J'ai pas demandé à ce qu'on me mette face à mes démons, comme pour les exorciser. J'ai pas demandé à ce qu'on me suive comme une ombre, qu'on me calque. J'ai pas demandé à ce qu'on fasse de moi un modèle, une icône. J'ai pas demandé à être célèbre. J'ai surtout pas demandé à ce qu'on m'aime. J'ai pas demandé à ce qu'on m'accompagne. Je voulais juste qu'on me rende mes  parents. Mais même ça, je ne l'ai demandé à personne.

- J'ai rien demandé.


J'ai tellement chaud, je vais exploser.


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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Mer 19 Fév - 0:21


Je me demande si ce que je ressens maintenant c’est ce que ressentait mon père chaque fois qu’il s’éloignait de Cameron Peace. S’il avait froid partout, tout le temps, comme quand on s’éloigne du feu l’hiver alors qu’il nous avait mordu jusqu’à ce qu’on s’y habitue.
Je me demande s’il sait que nos parents se sont connus, s’il sait que nos pères étaient amis y a de ça une vie. Enfin deux vies… celles de nos mères, pour être précis. S’il est au courant qu’ils se sont perdus l’un l’autre constamment, chaque fois que mes parents traversaient l’océan. Ils se sont faits à l’idée d’une amitié par intermittence, comme on se fait à tout si on a pas d’autre choix. Alors pourquoi Leo J. Peace ne se ferait pas à moi ?

J’ai l’impression de suivre un volcan, de marcher dans ses coulées de lave en sachant bien qu’y aura que du danger au bout du chemin. J’ai envie de lui dire « reste cool, lad » pour voir si ça le fissure. Mais j’ai surtout envie de me taire, quand il se retourne. J’ai jamais envie de me taire, d’habitude. Il y a quelque chose d’impérial dans sa haine qu’il traine au sol. Comme s’il en avait aucune estime malgré le fait qu’elle soit sa compagne depuis des années, comme si elle et lui se battaient. Je me sens de trop, alors je me force à rester, me rappelant que j’ai le droit d’être là. Il me dévisage et je cille pas, en me demandant s’il voit le reflet de ce que sa vie aurait pu être s’il avait eu une Callie lui aussi, s’il n’avait jamais perdu Cameron Peace.

- Pourquoi moi ?

Je m’y attendais pas. C’est une question que je me suis jamais posée, que j’ai rarement entendue. C’est la première fois qu’il me parle. Qu’il choisit de le faire et qu’il me regarde en face. La première vraie fois, celle dont je me souviendrai. « Pourquoi moi ? » l'étoile a demandé.

Parce que je crois pas qu’on puisse être si haineux sans avoir un cœur assez grand pour tout contenir. Parce que je sais que plus on aime, plus la douleur est immense. Et que c’est pas parce qu’il y a une absence que l’amour s’arrête. C’est ce que j’ai cru, au début. Qu’avec la mort, tout partait, surtout l’amour. Je croyais que mes sentiments pour Timmy allait être remplacés par la nostalgie, qui est une forme vieillie de cet amour-là, avec des cheveux gris. J’attendais que tout s’arrête, que je me mette à ne plus l’aimer comme avant. Je m’attendais à ce que les temps changent. Mais ça ne se passe pas comme ça. Il est parti et j’ai continué à l’aimer, la seule différence c’est que je pouvais plus lui dire. Alors ça fait mal, ça fait peur aussi. Mais je continue encore. On arrête pas d’aimer les gens parce qu’ils sont morts.

- J’ai rien demandé.

Je me demande s’il parle toujours de moi, là. Mais je suis pas assez con pour lui poser la question. Ça ressemble au genre de choses qu’on dirait au ciel en levant le poing, l’air de lui dire qu’on l’emmerde. Qu’est-ce qu’il nous veut ? On était très bien comme on était, pourquoi il a fallu qu’il vienne tout gâcher ? Sauf que cette fois, il ne reste plus grand chose à abimer. Enfin c’est ce que doit se dire Leo J. Peace, mais s’il savait à quel point il a tord. Il y a l’amour pour sa mère qui continue à grandir, l’amour pour son père qu’il préserve sous toute la haine qui les protège tous deux. Ils sont en sureté à l’ombre de ses démons et ici personne peut s’en approcher. Sauf ce connard d’irlandais.

« Parce que… parce que c’est pas trop tard. Que ça se voit que t’es pas que ce que les gens croient. T’es obligé d’être plus que ça. Tu les emmerdes tellement que ça les emmerde plus. Et je trouve pas ça juste. »

Qu’est-ce que j’y connais à la justice, hein ? J’suis qu’un enfoiré de plus.

« J’te regarde et j’me dis que t’es exactement celui qui pourrait changer le monde. Le seul, vraiment, qui pourrait pour le moment. Parce que le monde te plait pas, tel qu’il est. Et moi je crois pas qu’on puisse changer le monde si on en fait partie parce que ce serait comme se tirer de sa propre peau, t’imagines ? Je vais dire un truc con mais je pense que tu sais juste pas quoi faire de tout ce que tu penses et de tout le temps qui passe. Moi je sais, tu pourrais tout changer… Dis-moi que tu les aimes tous autant qu’ils sont, que tu les aimes comme ça et que pas une seconde tu les souhaiterais différents. Dis-moi qu’y a pas une chose que tu changerais là dehors, qu’y a pas un truc qui tourne pas rond. Dis-moi que t’en as rien à foutre que ton père soit en prison. »

Je vais tomber.

« Dis-le moi, et j’te jure sur mes cheveux que je m’en irai. »


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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Jeu 29 Mai - 11:31


Je me sens aussi con qu'un gamin qui attend son père, qui rêve de sa mère. Je me sens faible quand je me dis que je pourrais les sauver, mais que je ne le fais pas, parce que je ne sais pas comment m'y prendre. Je le regarde croire en moi, et ça m'énerve, parce qu'en fait, il ne sait pas. Ca excite mes sens jusqu'à ce que ce que je ne sente plus qu'une boule de feu à la place de mon âme. Une douleur rouge et sans contour que je voudrais évacuer comme je transpire mes angoisses. Une terreur noire qui avale mes cauchemars pour la rendre plus forte et que je garde, parce qu'elle me porte. Personne ne m'a regardé comme il me regarde depuis... Depuis jamais. Pas même mon reflet.

Il a l'air surpris, comme s'il ne s'était jamais posé la question. Comme s'il savait qu'il devait me sauver, mais qu'il ne cherchait pas à savoir pourquoi, ni de quoi. « Pourquoi moi ? » Peut-être pour la même raison qu'on ramasse par pitié un oiseau blessé dans la rue, pour le soigner et le voir s'envoler une dernière fois avant qu'il ne disparaisse. Mais moi, je ne volerai jamais. Et je refuse la charité.

« Parce que… parce que c’est pas trop tard. »

Bien sûr que si. Les années passées avec seuls la Colère et le Mépris pour parents ne se rattrapent pas. Quand c'est la Haine qui vous élève et vous apprend à grandir, ça ne s'efface pas. Quand l'Injustice te donne des cours particuliers, tu ne l'oublies pas. C'est trop tard parce que je suis façonné par la Rage, qui a fait de moi son meilleur jouet.

« Que ça se voit que t’es pas que ce que les gens croient. T’es obligé d’être plus que ça. »

Ma main retrouve à nouveau ma bouche, parce que je suis effectivement plus que ce que les gens croient, mais pas comme ça. Le monde me voit comme le fils de mon père. C'est vrai. Mais ils ne savent pas qui il est, ils ne l'ont jamais su. Ils ont peur de nous, mais pas pour les bonnes raisons. On  en a rien à carrer de leur monde, on ne s'y attaquera pas, à moins qu'ils s'interposent entre nous et le souvenir de ma mère.

Les gens croient que je suis le fils de mon père. C'est vrai. Mais je suis aussi le fils de ma mère, et ça, ils ont oublié.

« Tu les emmerdes tellement que ça les emmerde plus. Et je trouve pas ça juste. »

Un petit sourire cynique se riant de sa naïveté traverse mon visage comme un éclair. Je le sens se former et disparaître sous ma main crispée. Je pourrais lui en apprendre un bout sur la Justice. Elle et moi nous regardons en chien de faïence depuis des années, sans jamais se toucher ou s'atteindre. On se connait, sans s'approcher, elle me narguait quand je l'appelais. Je sais pas pourquoi, mais à la colère se mêle un truc que je ne connais pas trop, un truc qui tire sur mes sens. Je crois que ça me fait chier de me voir plus jeune dans son regard, et de savoir qu'il se fera piétiner, à force de donner tellement de foi à des trucs qui ne le méritent pas : la Justice, les gamins, les hommes, moi... Il y a trop d'innocence et d'espoir dans ses yeux verts, ça va le tuer.

« J’te regarde et j’me dis que t’es exactement celui qui pourrait changer le monde. Le seul, vraiment, qui pourrait pour le moment. »

Je crame toujours et c'est ce qui me prouve qu'il a tort. Parce que peu importe la volonté que j'ai mis  dans cette putain de quête à vouloir changer le monde, la finalité c'est que je crame et que je n'ai rien changé. Je n'essaie même plus, parce que c'est vain. Je ne m'en fous pas, mais je n'y peux rien.


« Parce que le monde te plait pas, tel qu’il est. Et moi je crois pas qu’on puisse changer le monde si on en fait partie parce que ce serait comme se tirer de sa propre peau, t’imagines ? Je vais dire un truc con mais je pense que tu sais juste pas quoi faire de tout ce que tu penses et de tout le temps qui passe. Moi je sais, tu pourrais tout changer… »

Je soupire. Ca me fatigue d'entendre des mots que j'ai pensé, mais qui sont morts, depuis. Je fronce les sourcils aussi, parce que je ne sais pas où il se fout dans tout ça.  Est-ce qu'il en fait partie de cet entité qu'il veut changer ? Il n'y a pas de camp, de mon côté, c'est mon père et moi face au monde. S'il ne veut pas en faire partie, il est où, dans cette histoire ?

« Dis-moi que tu les aimes tous autant qu’ils sont, que tu les aimes comme ça et que pas une seconde tu les souhaiterais différents. Dis-moi qu’y a pas une chose que tu changerais là dehors, qu’y a pas un truc qui tourne pas rond. Dis-moi que t’en as rien à foutre que ton père soit en prison. Dis-le moi, et j’te jure sur mes cheveux que je m’en irai. »

Je ne peux pas dire ça. Je ne peux pas mentir. Mais je veux qu'il parte. J'ai toujours chaud et je ne sais pas pourquoi je n'aime pas ça. Je me sens comme empoisonné par mon propre corps, malade de ne pas savoir quoi foutre de ce qu'il me force à écouter. Bien sûr que si, c'est trop tard. Ces mots-là, ce regard-là, fallait me les donner il y a cinq ans, quand j'étais révolté au point de vouloir me battre. Je suis vidé à présent, car tout ce que je veux, c'est juste qu'on me foute la paix et que la Fatalité m'oublie un peu. Je me fais discret pour plus attirer son attention, pour qu'on ne m'enlève plus mon père. J'ai peur et je n'aime pas ça. Ca me rend malade de faire face à cette ombre dans mon coeur sans être capable de la vaincre.

Et pourtant, il a raison. Si je pouvais je les changerais, tous autant qu'ils sont. Je leur apprendrais à voir plus loin, à chercher à comprendre la réalité, à vivre dans la vérité. Mais je n'ai que 17 ans et des fois, même moi, je l'oublie.

- Je ne changerai rien. J'avoue dans un soupir, parce que cette conviction me bouffe.

Fais-le toi, puisque t'y crois.
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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Lun 22 Sep - 15:42


Mes yeux me brulent. Je me sens étrangement calme, j’attends juste qu’on me fasse mal. J’me prépare comme j’ai enfilé mon costard le matin de son enterrement. Je reste là, devant ce miroir tordu par la douleur à prendre une décision importante : Je me demande s’il vaut mieux pleurer maintenant ou pas. J’y pense longtemps, en affrontant ce regard qui déforme mon âme. Je finis par me dire que je veux pas que Callie voit mes yeux rouge et c’est quand j’inspire, décidant de pas pleurer, que je sens une larme m’échapper. Je l’essuie rageusement d’une phalange en plantant une canine dans ma langue.

Tous mes souffles ont le même goût, ils me dérangent partout où ils passent, charriant une sensation trempée, lourde et diffuse qui finit dans mes tripes gênées par l’intrusion. Comme si ça travaillait à l’intérieur de moi pour amener tout ce tas de douleur jusqu’en bas. J’ai mal et je sens que ça se voit. Et quand je lève les yeux je trouve quelque chose de nouveau sur mon reflet. Il a peur cette fois, ça y est. Peur à plus savoir le cacher. Trop jeune pour avoir à endurer ce genre de responsabilités, il abandonne et se sent prêt à faire un pacte minable avec la mort, l’amour et le temps. Juste qu’on lui enlève ce moment, qu’on lui rende ce qu’il a perdu. Promis on l’ébruitera pas, on en parlera plus. Et puis le monde revient, il frappe à ma porte.

Je changerai rien.

Il le dit comme si l’entendre pouvait me faire plaisir. Ça me fout juste un frisson qui ne sait plus comment repartir. Je le regarde sans le reconnaitre et je me dis que j’aimerais bien que dans le miroir se tienne un mec heureux, qu’il y ait plus entre nous cette compassion qui va sans dire et qui fait mal. Je voudrais de lui un sourire normal.

« On parie ? »

Mais j’ai oublié à quoi il ressemblait, ce sourire. Au point de douter l’avoir vraiment vu un jour. J’me sens abattu au point de ne plus comprendre les gens insouciants, j’ai envie de les traiter de cons.
J’veux aller trouver quelqu’un qui me connait pas et le serrer dans mes bras. Je veux qu’on arrête de me regarder avec toute la pitié qui colle à la peau des survivants. J’voudrais qu’on ne sache pas, je voudrais que pour une fois on me traite pas comme une chose malade. Qu’on ait pas envie de chialer dès qu’on pose son regard sur mon cœur ravagé par la perte. Je voudrais une nouvelle tête.

« On parie sur toi, Leo J. Peace ? »


J’avance, suivit de près par ses funérailles. J’aimerais pouvoir arracher mes yeux afin de les lui donner, qu’il se voit tel que je le vois. Mais ça, on a déjà essayé. Ça me fout en vrac quand je réalise à quel point j’ai besoin de lui. Besoin qu’il rattrape le retard qu’il a pris sur la vision que j’ai de Leo J. Peace. Je m’anime, quand j’y pense. Et je reprends, frôlant la transe.

« Je mise tout sur le fait qu’un jour tu sauras quoi faire de tout ce que t’as . De la rage que t’as dans le cœur, du volcan que t’as dans le ventre. Tu chaufferas le monde et ce sera épique. Y a toujours une fin aux éclipses. »



Dernière édition par Captain Awesome le Lun 7 Mar - 14:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: •• Opération Dragon : Phase 1 | Leo & Garry ••   Jeu 12 Mar - 19:43


Une larme rageuse a coulé le long de sa joue, et c'est moi qu'elle a brûlé. Je l'ai senti comme si c'était la mienne, comme un poignard qui entaille doucement ma pomette pour percer ma lèvre. Ce n'est pas moi qui ai chialé, mais ça aurait pu. Ca aurait pu, si comme lui, j'y avais cru. J'aimerais me dire que c'est de ma faute, parce que je provoque un truc chez lui qui le fait souffrir. J'aimerais vouloir savoir ce que j'ai fait de mal. J'aimerais ressentir de la pitié pour lui, ou au moins de la compassion. Mais on se fait mutuellement mal, rien qu'en se regardant. Et c'est lui qui est venu me chercher. Donc au final, je pense qu'on est quitte. J'sais pas pourquoi je me dis ça, peut-être que c'est plus facile que d'affronter ses douleurs, si j'me fous de ce qui les cause. Dans le fond, pourquoi je m'interesserais plus à lui qu'à un autre ? J'ai l'impression que si je me penche sur son cas, faudra que je fasse face au mien. Mais mon dossier, je le connais. Je ne veux pas le ressasser pour le plaisir de ses beaux yeux.

« On parie ? On parie sur toi, Leo J. Peace ? »

Non. Je ne mise rien sur les causes perdues. Je n'ai rien à miser, de toute façon.

Il s'approche de moi. J'ai envie de reculer, mais je ne le fais pas. Je n'ai pas peur de mon ombre. Il ne peut pas me faire pire que ce que je m'inflige déjà.

« Je mise tout sur le fait qu’un jour tu sauras quoi faire de tout ce que t’as là. De la rage que t’as dans le cœur, du volcan que t’as dans le ventre. Tu chaufferas le monde et ce sera épique. Y a toujours une fin aux éclipses. »

Je ferme les yeux, visualise la scène, avant de l'effacer d'un coup de souvenirs. J'y ai cru un jour. J'ai cru que le nom de mon père serait lavé, qu'il redeviendrait un héros. Qu'il leur montrerait, un jour, ce qu'était le pardon, qu'il les inspirerait avec sa grandeur. J'ai cru que la Justice était juste et que les hommes étaient humains. J'ai cru qu'il y avait quelque chose à sauver, dans ce monde. Que la moisissure pouvait être nettoyée. Mais peu importe la force avec laquelle on frotte, elle reste, se répand et s'incruste. Au fil des appels, mon père a été déclaré de plus en plus coupable. Les regards se faisaient de plus en plus craintifs sur mon passage. La justice n'est pas juste. Les humains ne sont pas humains. Il n'y a rien à sauver. Je ne veux pas, ne peux pas prendre part à tout ça. Il y a trop d'espoir et de temps à consumer dans ce combat perdu d'avance. Je le jure sur mon honneur, sur la vitre qui m'a séparé de mon père, sur la dalle qui m'empêche de voir ma mère. Je ne me battrai pas pour leur salvation.


- Si tu t'approches encore de moi, j'te crame.


Je me retourne et m'éloigne de lui. Je ne suis pas très fier de ce que je viens de faire, mais peut-être que la peur lui remettra les idées en place, loin de cette foi qu'il met en moi et dont je ne veux pas.

Peut-être que son sang se glacera, just'assez pour qu'il apprenne à se protéger des déceptions liées à mon nom.

J'me sens bouillant. J'ai besoin de voir Anna.
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