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 “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -

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MessageSujet: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Lun 15 Aoû - 23:18

Le ciel est un bleu glacé, et mon cœur en soupire de bonheur. Maman est assise au soleil, ses paupières fermées. Je sais qu’elle attend le vent, comme un baiser glacé que papa aurait déposé sur sa joue. Je le sais, parce que je le sens aussi, chaque fois que le vent du nord glisse contre ma peau. J’enfile une veste à capuchon par-dessus mon t-shirt, protégeant ma peau de givre du soleil. Je souffle un au revoir à celle qui m’a donné la vie, faute de m’avoir donné la glace. Je suis cette combinaison unique de froid et de vitalité. Rien ne m’abat, et mon cœur est frais, toujours prêt à vivre selon mes propres convictions.

Mes pieds glissent docilement vers ma destination. Je me souviens d’un matin, cette semaine, où j’ai crié sur Bam, dans les couloirs de Savior High. Une petite voix marmonne maintenant dans ma tête, que je n’aurais pas du. Je sais très bien quel genre de garçon est l’aîné Atwood, je l’ai toujours su. Ça n’est pas une raison pour lui reprocher son attitude de glaçon fondu. Je suis meilleure que ça, je suis plus givrée que ça. Je viendrai à bout de ses angles pointus avec le temps, pas avec la colère. Rien ne viendra perturber la force des glaciers, mais il y a tellement plus que la pointe de l’iceberg. Bam a le potentiel, mais il est immergé, je serai le froid qui l’empêchera de partir à la dérive.

L’instinct me pousse à retrouver ce géant, qui comme moi suivras le froid lors d’une journée ensoleillée comme celle-ci. Mes yeux reconnaissent sa silhouette, plus haute que toutes celles qui paressent en publique. Il ne me voit pas venir, et ça me convient parfaitement. Je le rattrape rapidement, et me plante devant lui, posant un doigt sur sa bouche, scellant ses lèvres. Je n’ai besoin que de quelques secondes d’avance, ne t’en fais pas, je ne crierai pas cette fois. Levant la tête bien haut, pour regarde Bam dans les yeux, j’essaie de ne pas me perdre dans la glace de ses yeux et j’ouvre la bouche.

« Chut, moi en premier. Je suis désolée d’avoir crié l’autre jour, et de t’avoir dit toutes ces horribles choses! »

Je reprends mon souffle, ayant parlé vite, sachant que s’il osait m’interrompre, mes résolutions glacées ne tiendraient pas longtemps. Fais-moi le plaisir d’un jour nouveau, et je serai charmante. Être heureuse, c’est mon passe temps favori, tout de suite après la vie. Je fronce un peu les yeux, incertaine de l’effet de mes paroles sur le géant des glaces. Probablement qu’il me rira au visage, mais rien ne viendra congeler mon optimisme. Tu ne sais pas à qui tu as affaire, Atwood.

« Oh, ne t’en fais pas, je ne m’attends pas à ce que tu en fasses de même. »


J’esquisse un sourire. Je te connais, Bam, mieux que tu le voudrais, mieux que tu ne sembles te connaître toi-même. Toi, moi et la glace, ça sera un trio formidable contre le mal. Je le vois, aussi clair que la glace dans tes yeux. Souris, et dit quelque chose de stupide, je saurai que tu ne m’en veux pas. T’en dis quoi ?


Dernière édition par Sweet Whisper le Mer 5 Sep - 4:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Sam 27 Aoû - 19:24



Une douleur misérable, pathétique tant elle me brule, s’infiltre sous mes paupières. Elles s’enragent de battements. La vue du plafond gris me fatigue... Je veux du blanc. Du sang. Mon sang. Et de la neige à m’y noyer. Je veux une montagne, du givre, être blessé. Des flocons, tout un glacier.
Je me lève. L’univers chavire, m’emporte. La fièvre me bouffe le cœur. J’veux pas d’un docteur. J’espère être malade, tomber. Je veux y gouter et m’invente des maux. M’improvise médecin, me palpe le ventre. Le diagnostique tombe : idiot. Je suis l’Atwood crétin. Le molosse. Le caveau. Je vois ma chambre, sous mes cheveux. Les trophées, les couleurs, même mon odeur. Des images figées sur papier glacé. Cent prénoms me traversent les pensées.
Et puis, cachée par un morceau de journal au mur, une photo d’eux. Surtout d’elle. Elle me bouffe le cœur. Me tend les bras. Me manque tant qu’elle me tuera. Je me gifle, ne sens rien. Le bruit de la chair cognant la chair m’exalte. Un éclair d’adrénaline imprègne mon corps. Me réveille enfin. Je bouge, étirant mes doigts contre mon crane. Tombe nez à nez avec le gros enfoiré.

Mon reflet. Mes yeux accrochant leurs propres orbites. Mes cheveux longs, mon sourire blanc. A quoi ça sert d’être beau, maman ? J’veux être gros, laid, repoussant. Baiser dans la graisse et mourir étouffé par une vanité aussi conne que moi. N’être rien, jamais. Mes lèvres tendues. Ce sourire commun. Le mien, le sien. Mes pensées tordues par l’effroi… Ne pas devenir quoi que ce soit. M’enfuir loin de tout. D’eux, en espérant me quitter, moi. Élever des poules. Putain. N’être rien. Plus rien.

La clarté de ma fenêtre m’attire. Me sauve. Derrière elle, une étendue blanche. Un roc, comme moi. Blanc et dur, fort et froid. Comme moi. Un immense brasier de glace, un truc ancien, qu’on piétine, qu’on dévale. Qu’on abime et sur qui l’on râle…
J’attrape un t-shirt à la volée. Blanc. Pour un peu, défonce la porte de ma propre chambre. Dévore les escaliers. Et remarque mon père, couché. Me couvre du tissu en passant devant elle, encore. Souffle fort vers sa photo, l’air de respirer. Lui envoie un baiser glacé à travers le temps, la mort et les vivants. Y met toute ma peine, ma joie, mes colères et quelques uns de mes rires. Lui abandonne, juste là, tout ce qui fait de moi Bam. BAM ! ce con qui me régale. Me déplait. M’insupporte et finira par sombrer. Pendant longtemps. Qui chutera tout doucement, en souriant.

Je cours, me réanimant. Aimerais tousser, comme les souffrants. La fraicheur d’un vent qu’on pousse. L’odeur du froid qui approche. Le bruit de la chair contre le béton. Je suis pieds nus. Souris tant ça ne me ressemble pas. Souris plus fort, adorant ça. Presse l’allure, pour ma vie. Vole, va, survis.
Les premières pentes se dessinent enfin. Je grimpe, marchant. Les autres poussent comme des fleurs sur la neige. Ma neige. Allez vous-en, souillures. Laissez-nous. Je suis un sentier, n’importe lequel. Celui qui va le plus haut. Le plus loin.

Et puis, un parfum familier. Plein de contradictions. Un éclair de cheveux blonds. Trop blonds. Putain.
Son doigt sur mes lèvres. Une envie furieuse. Des pulsions. La pousser, me pousser. La mordre, m’arracher un membre pour le lui donner. Je pince ma langue de mes dents. Plante mes orteils dans la terre encore peu enneigée. Souhaite une tempête, un nuage qui cacherait le blanc de ses yeux. Et le blond de ses cheveux.

    « Chut, moi en premier. Je suis désolée d’avoir crié l’autre jour, et de t’avoir dit toutes ces horribles choses! »

Je m’en veux aussi. BAM ! putain, non. C’est pas vrai. Je l’avouerai jamais. Je viens de me faire peur, juste là. Va-t’en, prends ton souffle avec toi. Cours allez, roule. T’es dangereuse pour moi. Tous ses mots. Ceux qu’elle a dit. Que j’ai retenu. Imprimé. Ils sont comme tatoués sur l’envers de ma tête. A l’intérieur de moi. Je n’oublierai pas. Regrette aussi mais ne tique pas.

    « Oh, ne t’en fais pas, je ne m’attends pas à ce que tu en fasses de même. »

Putain. Ça fait mal. Mais aussi tellement de bien. Tu m’emmerdes avec ton début de sourire. Elle est belle, bordel. La lumière accroche sa peau. De partout, elle irradie. Brille comme glace au soleil. Maudite elle.
Elle me connaît. Beaucoup trop bien. Quand j’ignore tout de son être. De quoi est faite sa tête. Son passé. Ses rêves, ses secrets. Je les repousse d’une pensée triomphale. Ma main sur son sein. J’imagine, juste. Le droit, tu vois. Loin du cœur, loin de tout. Voilà, on se calme. Pense à tes poules. Tes autres poules. Celles qui se plument.

Je jette un froid, un vrai, entre elle et moi. Une minuscule tornade lèche sa jambe. Je regarde faire, puis laisse mon œuvre s’évanouir. La distraction passée, je reprends ma route. Lentement. Si lentement, j’en suis effaré. Le gout de mon pouvoir au palais. L’odeur de la neige qu’on chauffe. L’immortalité dans un souffle glacé. J’ai pas pu lui tourner le dos. Son visage est encore imprimé à l’arrière de mes yeux.

    ─ Je vais pas dire que t’avais raison de faire ce que t’as fait…

Dure, ma voix se casse. Je me hais, Sweety, si tu savais. Aujourd’hui, rien que là. Maintenant, je me sens… minable, égaré. Comme un bout de miroir givré qu’on aurait foutu en l’air. Parfait pour être logé dans les ténèbres glacées des abysses.
Après tout… j’achève ma phrase d’un souffle. Avoue tout, à demi-mots. Cache ma rancune. Mon dégout. Ma maladie crétine. Je ne dirai pas que j’avais tord :

    ─ Mais j’devrais.

A mon tour. Je laisse un sourire naitre, juste au coin de mes lèvres. Je fais jamais d’excuses. Mais tu vois, ça, s’en étaient. Mon rire parait loin. Mort, comme éteint. J’ai son écho au bord des os. Ils le compressent, l’abiment. Alors il s’emballe, il dérive et devient terrible, minable, saisi d’effroi.

    ─ Et puis, c’est pas comme si on avait eu une douzaine de témoins, hein ?

Je reconnais même pas ma voix. Elle est douce, elle a froid. Une plaisanterie. Gentille. A Sweety… N’importe quoi. Je m’arrête là, la dévisage. Incertain de ce que je viens de dire. D’avouer ou presque. Des cartes que j’ai jouées. Des flocons que j’ai brûlés. Je te veux grosse, laide et repoussante. Jumelle de mes insanités pécheresses. Non, jamais. Je te laisserai telle que tu es. Je veux t’effleurer. T’entourer de givre et te regarder là. Belle comme une étincelle de glace. Reine des étoiles tombées, des flocons filés. Et puis me saigner. Souffrir enfin. N’être rien. Jamais plus rien.



Dernière édition par Bad Ice le Mar 24 Jan - 21:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Mar 30 Aoû - 23:46

Me voilà, si petite mais si grande, face à mon géant des glaces. J’envie ses pieds nus contre le sol, contre le frais, sans contraintes. Je pourrais balancer mes souliers par-dessus mon épaule, le blanc de mes pieds s’harmonisant avec les frimas collé aux herbages. Je pourrais, mais une douce poussière blanche s’anime, entourant ma cheville, caressant de son froid ma jambe, me laissant frissonnante et émerveillée. Tu pourrais être un magicien, Bam, si tu apprenais à apprécier la neige autant que la glace. Le tourbillon m’émeut, me touche, me laisse sans mots. Personne ne crie, personne ne gesticule. C’est possible, tu sais, de bien s’entendre. Une couche de givre pour adoucir nos angles pointus et on pourrait faire une sacré belle équipe.

J’attends un sourire moqueur, une réplique franchement déplacée, un signe que je suis pardonnée. Un adolescent droit, immobile, distant, me fait face. C’est nouveau. Mon instinct me dit que le changement, ça peut être pour le mieux. Comme les saisons qui se succèdent, apportant inévitablement la première neige. C’est chaque fois un miracle, une merveille.

Nos yeux se croisent. Une étincelle éphémère se meurt sous la glace de ses yeux. J’aimerais comprendre, j’aimerais savoir. J’aimerais parler, mais il ne ferait que se transformer en glacier, dur et froid. Mes lèvres soufflent un vent glacé jusqu’à son cœur, cœur de glace, ai-je souvent dit. Mais qui, mieux que moi, pourrait en apprécier les éclats de givre.

─ Je vais pas dire que t’avais raison de faire ce que t’as fait…

Je mordille ma lèvre, réprimant un sourire. Qui es-tu et qu’a tu fait de Bam ? Je fronce les sourcils, intriguée par cette glace à mille facettes. Elle est où ton armure ? Ton mur de roc et tes défenses infaillibles. Ne me dis pas que ce sont mes paroles fondues de l’autre jour, qui t’on enlevé ton sourire. Ne perds pas le froid qui t’anime, ta détermination, ta force. Je gratte de mon pouce, le frimas s’y étant formé. Je suis distraite de la réalité par le pourquoi d’une telle réplique. Mes lèvres se pincent. Ne dis rien, je finirai bien par comprendre le glaçon qui t’entrave la gorge, celui qui te fais éviter mes yeux.

─ Mais j’devrais.

Je laisse échapper un souffle froid, un nuage de buée qui brouille la vision de Bam. Son rire sonne faux à travers le délirium dont mes yeux sont spectateurs. Son rire sonne faux, mais ça sonne comme des excuses. Des excuses enneigées. C’est une première. Je n’ai rien à ajouter, rien à commenter, j’ai la glace au cœur.

─ Et puis, c’est pas comme si on avait eu une douzaine de témoins, hein ?

Voilà, fais-moi rire à en manger du soleil, à pleurer des flocons, à me rouler dans la neige. Rire comme une gamine, comme une tempête, comme une urgence de vivre.

Je reprends mon souffle, regarde Bam dans les yeux. Mon esprit givré souffle une étincelle de bonheur. Et si ça pouvait être comme ça tous les jours. Et si ça pouvait être l’hiver à l’année. On en ferait quoi de toute cette neige ? Des châteaux et des rêves ? Ou si tu te réveilleras demain ou dans quelques minutes, avec ton armure sur le dos, me tenant à distance, prétextant que je ne suis qu’une admiratrice sans cervelle, parce que tu ne peux pas accepter les possibilités que je sois plus que ça. Ferme les yeux, et dis-moi que tu peux nous voir, dans quelques années, affronter le monde ensemble. On ferait toute une équipe, si on pouvait seulement être . . . amis ?

« Et alors ? Ils sont bien chanceux que ça ne se soit pas terminé en blizzard. . . »

Imagine la neige, enterrant leurs airs ébahis, et la magie du froid plutôt que la chaleur des mots. On est faits pour l’air pur, le vent du nord. Un sourire distrait nait au bord de mes lèvres. J’aimerais être une tempête et découvrir le monde sous mes pieds. Impulsive et envieuse des orteils de Bam, j’enlève mes souliers, mes bas, et marche les quelques pas qui me séparent de la neige tendre. Mon cœur en bondit de plaisir. J’en sautille sur place.

« Je crois que c’est une des meilleures idées que t’aie jamais eues! »

Je fais quelques pas de plus. Suis mes pas. On monte jusqu’au sommet, jusqu’à l’origine. Jusqu’au centre de ce froid enivrant. Une aventure. Juste le temps d’effacer ces plis sur ton front, de te redonner le goût de la glace contre ton âme. De te rappeler que la glace exister ailleurs que sur cette patinoire. Je te tirerai par la main jusqu’au bout, allez viens!
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Dim 25 Sep - 3:38



Oh et puis déjouer un peu les règles de tes yeux, leur mentir un peu et ne jamais me rêver vieux. Je veux. Je veux.
J’veux devenir immortel et mourir. Crever sale, seul et désaimé par tous ceux qui m’auront porté trop haut, plus loin que ma tête. J’veux sortir de mon corps, encore. Devenir mon propre orgasme et laisser passer le chagrin lorsqu’il devient insoutenable. Lui laisser champ libre sous mes yeux morts dans la pénombre qui me bouffe et fait de moi une moitié d’orphelin.
J’aimerais ne plus réussir à filtrer des émotions fantômes. Qu’en moi se meurent toutes mes erreurs confondues pour de la fierté pure et désabusée. J’suis un connard sans loi sinon celles qui sont tombées et j’en peux plus tellement il est dur d’avoir à obéir à des idéaux couchés. J’suis plus grand que ma terre, tu comprends ? Plus mastoc que mon ombre en carton, plus froid que mon cœur, plus vivant que ma mère et ça me crève, d’avoir à me baisser pour l’écouter me parler.

Et Sweety se marre, ça me poignarde tant son rire me touche. Je l’avais jamais entendu rire vraiment, ça ne me percute que maintenant. J’ai entendu des sarcasmes et les parodies de mes propres rires alors pas plus vrais que les siens. Mais celui-là… il est glacé par une vérité qui s’engouffre en moi. J’en souris, je sais même plus pourquoi. Mais ça me fait du bien, alors j’me laisse aller à cette envie qui me dit qu’on a pas à toujours savoir comment, pourquoi, depuis quand ou si c’est assez froid.

    « Et alors ? Ils sont bien chanceux que ça ne se soit pas terminé en blizzard. . . »


C’est vrai et j’en souris de plus belle, amusé par l’idée. Je les imagine, tous, ensevelis par des flocons trop beaux pour aller à leurs peaux. Des perles de glaces plus grosses que leurs yeux effrayant leurs peurs enfantines de rester là, à jamais glacés par une colère mutine et désolée d’enfant pourri, d’enfant gâté et brisé par une moitié surement trop belle pour un monde sans elle. Ça me les brise tellement elle comprend. J’veux pas qu’elle comprenne et je détourne les yeux d’elle, au cas où un regret viendrait s’y perdre.

Je la regarde danser sur place tandis qu’elle rejoint un bout de mon état. Pieds nus sur la neige. L’envie de lui gâcher son plaisir mordille mon estomac mais j’ai sur mes pensées cette putain de pureté qui ne me quitte plus tout à fait, misant tout sur un manque qui prend des couleurs étranges. Ferme les yeux j’te jure, j’ai pas besoin d’un ange.

    « Je crois que c’est une des meilleures idées que t’aie jamais eues! »


Tu déconnes ! J’ai pas fait exprès d’oublier mes putains de chaussures… J’ai juste laissé derrière moi tout ce qui me brulait les souvenirs. Des idées j’en ai eu des caisses, tous les jours et des meilleures qu’être pieds nus dans la neige. Non ? Putain. Juste là, je peux décider qu’elle m’insulte ou laisser ma connerie au soleil. On va dire que c’est une de mes meilleures idées. Mentir et se rêver dans un igloo, croulant sous des tonnes de révolutions démentes. Pieds nus dans la neige, et après ? A poils tout au sommet. Puis vivants en redescendant de l’autre côté. Tant qu’à rêver autant se peindre amis plutôt qu’amants, t’en dis quoi mon tourment ?

Ça m’emmerde tant son enthousiasme est communicatif. Il parvient jusque moi sans passer par rien d’autre que le froid. C’est comme si la glace était le fil qui liait ma nature à la sienne, toute givrée... Touché.

    ─ Et je l’ai pas eue, j’ajoute pour moi dans un sweet whisper perdu.


Je la dévisage, mes traits toujours déformés par ces sentiments muets d’être et de me savoir écouté. J’veux pas qu’elle comprenne, j’veux pas qu’elle m’entende, j’veux pas qu’elle m’aime, j’veux pas qu’on se ressemble. J’veux pas d’une équipe, même faite de flocons. J’veux pas de demain, même s’il est bon. Je sais plus ce que je suis, ni combien de temps je tiendrai sans toi. Je veux juste maintenant, l’univers et moi.

Ses pas dans la neige exercent sur moi une attirance que j’explique pas. Je ne vois que la forme nette de son petit pied détourant ce linge blanc d’un peu de vie, laissant une preuve qu’on est passés par ici. Qu’on compte, une preuve qu’on existe et qu’en plus, on monte. Alors je la suis, ma vie aux trousses. J’écrase chacun de ses pas de mon empreinte plus grande et suis son chemin en l’épaississant de ma connerie. J’étudie nos similitudes. Nos différences. Mon pied sur son pied. Ma neige dans la sienne. Son père, ma mère. Putain, j’veux pas qu’elle comprenne.

    ─ Il parait que de l’autre côté y a une grande cave sous une cascade gelée. J’ai toujours voulu y aller.


Je parle fort et ma voix cogne à l’intérieur de ma propre tête dont la douleur lentement s’évide. J’suis en train de perdre ma mère et la misère qu’elle laisse à chaque fois sur les revers de ma peau. Ça bloque à l’intérieur de mes veines. Ma tête désemplit pour mieux laisser le souvenir envahir le reste de moi. J’suis plein d’elle et j’adore ça tant elle me parait là, juste là. Elle est dans mon sang qui gèle, dans ma tête frêle. Elle est dans mes nerfs glacés et mes sentiments pour toujours foirés. Tu sais maman, sans toi je ferai jamais que bégayer.

J’appuie fort sur mes jambes et rattrape Sweety. A côté d’elle, je vais pour caler mon rythme sur le sien mais décide de presser juste un peu le mien. Faire en sorte qu’elle doive courir un pas sur trois pour rester à la même hauteur que moi. J’ai des conneries sur la langue. Des trucs qui seraient sortis si on avait pas été seuls. Des propositions, des idées, des sous-entendus, des remarques, des envies tordues qui sans public perdent le peu d’intérêt que je leur inventais. J’évite de la regarder.

    ─ Mais pour la trouver, faudrait être complètement givrés.


Je souris avec une tendresse qui brouille ma vue. Bras tendu, je désigne d’un geste évasif de la main la tête du géant de glace. Là-haut. Tu vois ? Y a un avenir pour toi et moi.
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Jeu 6 Oct - 21:34

Mes orteils s’enfoncent dans le froid. Je pourrais m’improviser ballerine à tourner sur place sur mon gros orteil qui aime tant la glace qu’il s’en fera un escalier jusqu’au ciel. Le soleil nous entoure d’une mer de diamants. La neige et ses reflets ont les couleurs de nos vies, les textures de nos caractères profondément opposés, mais quelque part, moins loin qu’on pourrait le penser, compatibles, complémentaires. J’imagine déjà les plaisanteries de groupies qui sortiraient des lèvres de Bam, si j’en venais à lui dire qu’on est deux moitiés qui se complètent. Théorie intéressante, rapprochement de notre élément.

─ Et je l’ai pas eue,

Je me mords l’intérieur de la joue, sans vraiment comprendre le pourquoi. Je me givre l’âme à exister dans un monde où une seule personne peut comprendre le plaisir des flocons entre mes orteils. Et que tu le souhaite ou non, cette personne c’est toi, Bam. Que ton cœur soit trop dur pour l’accepter, ça n’en change pas ma vérité. Le monde a besoin d’un souffle glacé pour contrer les flammes de notre génération. Nous avons une vie, un impact si petit sur un monde si grand que les médias lancent des mots comme impossible. Rien n’est impossible quand on y croit.

Des pieds de géants suivent mes pas vers une destination où la magie du froid est imperceptible aux yeux de ceux qui ont la rétine brûlée par les pixels d’un écran de télévision. J’aime le monde et ses merveilles. Celles qui passent inaperçues. Le froid qui fait grincer les petites natures, c’est mon premier amour, c’est une caresse de mon papa, c’est ma vie et ma force.

─ Il parait que de l’autre côté y a une grande cave sous une cascade gelée. J’ai toujours voulu y aller.

Une voix à en faire des avalanches. Un titan qui ne sait pas murmurer, faute d’être si imposant. Le silence est probablement quelque chose qu’il n’a pas appris à aimer. Est-ce si effrayant, de penser qu’on puisse se comprendre sans parler. J’ai les doigts qui fourmillent de froid. L’envie de construire une cité de glace là où Bam a le cœur d’aller. Vingt mille lieues sous zéro. Un monde où je suis parfaite. Une vie si glacée que même Bam ne trouveras rien à y dire. Je m’emballe de cette aventure. J’ai la glace au cœur et le bonheur au froid.

L’origine brouillée de cette proposition m’enchante. De partager autre chose que les blagues offensantes d’un cœur de glace. On pourrait être une sacré équipe et ça commence maintenant. J’ai envie de rire alors que Bam semble vouloir me distancer. De grandes enjambées ne viendront pas à bout de ma volonté. Mon élément sous les pieds rien ne peut m’arrêter.

─ Mais pour la trouver, faudrait être complètement givrés.

Mes pieds se contentent de ne faire qu’un avec le froid, et je glisse jusqu’à Bam en un simple pas. C’est si facile que ça ne peut qu’être vrai. Nous deux, ça pourrait être pareil. J’entends le sourire dans sa voix. Tu ne trouveras pas plus givrée que moi, parole de ma volonté glacée. Je prends ses paroles comme un défi. T’en dis quoi, Bam, de faire un tour d’essai. Une assistante pour un Héros comme toi, ose me dire que tu n’en as jamais rêvé.

« Personne n’est plus givré que moi, pas même toi ! »


Et je glisse un peu plus loin. Un seul pas et je suis loin devant Bam, mes cheveux dansant au vent. Mon cœur tout simplement heureux de cette vitesse si fraîche que j’en perds le nord.

Mes doigts dansent dans la brise et je rêve d’être un oiseau pour toucher le ciel. Je veux d’un ouragan pour m’envoler, je veux danser dans la tempête. Mon corps est libre, si léger dans cette atmosphère que j’en souris sans pouvoir m’arrêter. C’est ça le bonheur, Bam, tu devrais essayer.

« Alors tu viens ? Me dis pas que tu n’arrives pas à suivre ? »


S’il faut te pousser un peu pour que tu tentes de faire mieux, je serai là. S’il faut te resculpter à même la glace, tu peux compter sur moi. S’il faut quelqu’un pour te garder au froid, regarde autour de toi, et j’y serai chaque fois.
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Mer 25 Jan - 0:50



Si je me retourne, je la vois. Je sens ses yeux contre ma nuque, qui balaye mes cheveux. J’entends ses pieds contre la neige qui craque sous sa légèreté. Je ressens les rires sourds qui dans sa gorge respirent des envies folles. J’attends qu’elle se moque. J’attends qu’elle m’emporte. Mes yeux se posent sur des étincelles, un flocon perdu meurt sur ma joue quand mes jambes chancèlent. Je réalise, lui brisant les ailes. Je percute, que depuis des lustres, je n’attends qu’elle.

Je tremble des frissons que l’hiver envie. Rendant jaloux mon cœur de glace, j’invente des prétextes à mes envies. Et puis, forçant mes yeux sur la neige, j’oublie. J’veux courir encore, faire trembler le glacier de toute la force de mes jambes qui sous elles déploieront des milliers de flocons. Qui s’envoleront. Qui s’éparpilleront. Et emportés par le vent iront danser sur les toits du monde. Je veux que l’hiver jamais ne meurt et regarder valser mes tourbillons d’été, des perce-neiges qui s’épanouiront, par milliers. Je veux un village à mon nom où chaque maison tourbillonnerait à son rythme contre les flancs de mes tornades enragées. Et des sapins enneigés. Qu’une unique saison porte le nom du monde, qu’elle ait un blason. Je veux pour toute étoile un ciel habillé de couleurs hibernées qui à jamais brilleraient contre une toile épurée. Que l’horizon meure sous nos yeux lorsque terre et cieux se confondent dans une blancheur immaculée. Qu’aux pulsions se démêlent les sentiments. J’veux crever. Et tout recommencer.

Hébété, je reste figé une seconde pendant laquelle mes désirs se compilent. Se brisent. M’écorchent et se faisant immenses, me possèdent. Ma mère au bord du cœur, je réinvente les heures que chauffe ce soleil de glace. Puis aperçois Sweety qui me dépasse.

    « Personne n’est plus givré que moi, pas même toi ! »

Je craque un sourire immense qui achève ma stature gelée. Impossible ! Je suis de nous deux le plus givré, c’est à parié. Ses cheveux contre le vent. Ses bras tendus à l’horizon. Offerte au monde. Statue d’hiver face à ma déraison. Je souris tant qu’elle ne me voit pas ; touché, juste là.

Si elle se retourne, elle me voit. Elle s’échappe, devenant la liberté que mes envies évoquent. Filant droit jusque dans le cœur d’un volcan aux couleurs froides et sombres. Je sais à la voir qu’elle peut atteindre la première les frontières de mon propre monde. Je l’envie, je la veux. Elle m’emmerde. Je veux pas qu’elle comprenne.

    « Alors tu viens ? Me dis pas que tu n’arrives pas à suivre ? »

J’ai envie de hurler. J’inspire fort, sentant l’air froid griffer mes poumons, ma gorge, ma langue. Et puis pousse un cri dément qui résonne jusque dans les oreilles des autres saisons. Je leur cris que celle-ci les surpasse. Que mon hiver les bouffe toutes crues de sa glace. Que rien ne vaut une course pieds nus dans la neige contre une blonde qui nous retourne les tripes comme un manège. Y a un rire dans les échos de ma voix qui cogne contre son dos et la montagne au manteau de glace. Et les vallées endormies de la banquise. Et la fin du monde avec toutes ses impasses. Et tout au bout, le cœur de mon père que son amour épuise.

La froideur du vent que ma course décuple gifle avec force mon visage qui en réclame d’avantage. J’accélère, pressant mes orteils contre ce parterre de neige qui, devenant épais, me ferait presque voler. J’arrive pas à la rattraper. Mes sourires grognent des conneries qui me plaisent. Je presse l’allure en courant dans ses traces et finis par courir sur le givre qu’elle laisse derrière elle, patinant sur ses empreintes avant qu’elles ne meurent. Je réinvente les règles et trouve au plaisir de perdre, une nouvelle ardeur.

    ─ Je préfère la vue d'ici ! Je crois que je vais te laisser gagner cette manche, oh sweet Sweety.

Ah ! Je ricane, mordant ma lèvre en poussant toujours plus fort la surface de notre terre gelée. J’ai envie de rire à m’en crever l’estomac. Mon cœur déraille de légèreté, j’ai l’impression de n’avoir jamais rien mangé. D’être sain, vivant et affamé. Comme jamais. Je veux pas que ce jour meurt. Putain, j’en pleurerais. Je rattrape enfin l’écho de ma propre voix et me trouve assez proche de Sweety pour sentir son parfum la précéder dans l’air fendu. J’y pense pas. J’y pensais pas. J’y penserai plus.

La route que nos désirs composent s’éteint déjà, le glacier nous domine de toute sa majesté, nous sommes à ses pieds. La belle continue de filer, elle m’écoute. Elle va de l’autre côté pour y voir avec moi tous les trésors des « il parait ». Un chagrin complètement givré me prend l’âme et je flanche, séduit par l’adorable. Ses cheveux aux arômes dansants. Ses joues griffées par le froid. Ses lèvres qu’on dirait mordues. Ses yeux qui sourient encore plus que moi. Ses épaules, ses seins, son ventre, sa main. J’agrippe ses doigts entre les miens, les serrant avec une douceur ferme tout en courant.

    ─Non non, pas par là ! Suis-moi.

Je nous fais prendre un virage dangereux. Au lieu de suivre la route qui entre les flancs du glacier s’élève, je l’entraine vers un sentier rendu invisible par la neige qui le cajole. Je cours encore, l’entrainant derrière moi. Ralentis un peu, très conscient de sa main dans ma paume. Souris une morsure, m’évitant des griffures. Je la fais glacée malgré moi, refroidissant encore ma peau jusqu’à tester les courbes de mes degrés gelés. Le givre, rien qu’une seconde nous tatoue l’un à l’autre. Je crois que ce n’était pas tout à fait ma faute.

Si je me retourne, je la vois. J’envisage ses yeux dans mes yeux et presse le pas. Plus que quelques mètres… Voilà ! J’échappe un jappement conquis, heureux d’avoir suivi la bonne piste. Celle qui refroidit les cœurs brûlants et ne parle qu’au gel et à ses enfants. Je me fige, sentant son corps arrêté près du mien. Nous sommes arrivés au prologue de notre chemin et sa beauté me glace le sang. Devant nous, un ravin. Immense. Imperturbable. Dans lequel souffle un vent froid et blanc où tourbillonnent des perles de neige par millions. Mon souffle un instant me quitte. Je contemple et m’oubliant au monde, profite.

    ─ Tu vois le petit tunnel, de l’autre côté du ravin ? C’est notre sésame. Le seul chemin pour la cascade glacée. On est obligés de passer par là pour y aller.

Je tourne mon visage pour sonder le sien et lui désigne de ma main libre une route à peine visible de l’autre côté du précipice qui va mourir dans un virage ouvert sous une grotte dont la pâleur brille de mille feux éteints. Et puis souris. Au-dessus du vide, un étroit et unique pont de glace relie le glacier par ses extrémités… Une seule et petite ficelle de givre prévenant du gouffre qu’elle surplombe. Un rien de vie, dans la pénombre.

Mes yeux au fond de ses yeux lui sourient des défis tendres. Je libère sa main de la mienne et lui faisant face, désigne le culte de mon courage, de mon élément, de ma race. Pour traverser, il faudra ruser ou tomber. Tentée ?

    ─ Dis-moi Sweetheart, à quel point es-tu givrée ?



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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Ven 27 Jan - 22:46

Les pas de Bam font chanter la neige qui grince et qui siffle à chacun de ses mouvements. La mélodie surplombe le vent qui frétille à mes oreilles. Ses pieds de géants, ses pieds de héro. Ça me choque chaque fois, de réaliser que son égo grandit proportionnellement à la foule qui nous entoure. Ici, dans ce nulle part glacé, je pourrais presque commencer à bien l'aimer. À voir un peu en lui cet homme dont je serais fière d'être l'acolyte. Quelque part dans son coeur de glace se cache le désir d'être quelqu'un de bien. Il ne lui reste plus qu'à se trouver. Je pourrais toujours aider. . .

Je secoue ma tête des flocons d'idées qui m'envahissent. Ma tête me dit de laisser Bam grandir à son rythme, mais mon coeur me souffle vent du héro qu'il sera. Et j'ai tellement hâte d'y être que je le bouscule parfois. J'espère qu'il me pardonnera mon empressement. C'est compliqué de geler le temps, pour l'imaginer filer en bourrasque. J'ai tant d'envies, de prédictions, quant à mon avenir, quant à mon histoire. Mais seule chose que je pourrais jurer sur ma vie, c'est que Bam y sera, d'une façon ou d'une autre. Le givre qui grandit en nous ne peut que nous rapprocher. Cet hiver commun, comme un aimant, nous attire, mais on se repousse. Je suis le positif, il est le négatif. Et pas le contraire. Suffit de nous voir discuter pour comprendre que l'hiver est une éternelle tempête où s'affrontent la beauté et le chaos. C'est ce qui la rends si étonnante, si bouleversante.

Mon coeur s'incline devant la mémoire de mon père adoré. Le remerciant en silence de son don givré. C'est sa passion qui coule en moi, c'est son hiver qui coule dans mes veines. Regarde-moi danser, papa. Pas une seconde n'est gaspillée. J'aspire à de merveilleuses aventures, alors que mes pieds nus glissent tendrement sur le froid qui m'a porté toute ma vie.

─ Je préfère la vue d'ici ! Je crois que je vais te laisser gagner cette manche, oh sweet Sweety.

La voix de Bam me fait lever les yeux au ciel. Suis-je supposée rire bêtement comme la groupie qu'il tente de me rabaisser à être. Regarde un peu plus loin que mes fesses, et tu verras que je suis aussi bien que toi, même meilleure. Et peut-être que ça te fais peur, d'imaginer qu'une fille puisse te surpasser. Alors tu t'empêtre dans tes blagues plutôt que d'avoir à admettre qu'on ferait une superbe équipe.

Mon corps fait volte-face, glissant vers le nord dans un élan distrait. L'air que je trouve sur le visage de Bam m'est inconnu. Ses yeux sont à la fois surpris et résignés, alors qu'un sourire que je ne lui connais pas tarde sur ses lèvres.

Sa main attire la mienne qui vagabondait docilement à ma suite. Un frisson glacé me trouble jusqu'aux os, jusqu'à la moelle. Je sens mes doigts cristalliser aux siens, comme s'ils ne souhaitaient pas s'en détacher. Le temps d'en oublier mes convictions, je me perds dans la glace de ses yeux, dans la tempête de ses cheveux.

─Non non, pas par là ! Suis-moi.

Et je me laisse guider dans l'étendue d'un blanc glacé. N'ayant pas réalisé avant cette seconde polaire, que je lui fais confiance, à en perdre de vue l'horizon que je m'étais fixé. Mes pensées jouent aux mots croisés, s'intercalant dans un ordre qui ne leur est pas naturel. Je fuis ma logique, enivrée par l'énergie pure qui coule de sa peau à la mienne. Comme si sa volonté était de créer une combustion inversée, je sens un froid incalculable naître au creux de nos paumes. Une température si basse que rien ne s'y compare. J'en souffle quelques flocons, mes joues rougies par le froid.

L'atmosphère me semble anormalement tiède, mais je réalise que c'est moi qui est au seuil d'une douce hypothermie. Mes orteils collent à la tendre neige que personne d'autre n'a foulée. Maintenant immobiles, je me détache de Bam. De l'autre côté de sa silhouette de géant, s'ouvre la terre en deux. Le vide à perte de vue qui me fait rêver d'un enfer de glace. Certains disent que les flammes brûlent en enfer, mais je peux jurer que le centre de la terre est fait de gel. Je le sens, je le sais.

─ Tu vois le petit tunnel, de l’autre côté du ravin ? C’est notre sésame. Le seul chemin pour la cascade glacée. On est obligés de passer par là pour y aller.

Je hoche la tête, suivant de mes yeux le fil de fer qui se tend vers l'aventure. Mes dents s'alignent dans un sourire malicieux. Qui d'autre aurait la folie de nous faire sauter dans le vide, de jouer avec le danger. D'être les funambules de ce cirque givré. Regarde le néant nous dessiner un abysse si blanc que j'en ai la tête qui tourne. Regarde ce qu'on peut faire tous les deux, aller là où personne d'autre n'aurait le courage d'aller. Être uniques, être givrés, c'est de quoi être fiers. Regarde autour de toi. On est à la maison. Là où nos coeur battent à l'unisson.

─ Dis-moi Sweetheart, à quel point es-tu givrée ?

Et je mords un sourire incontrôlable sur mes lèvres. Je le capte, le retient, le savoure. Tu me demandes de te dire qui je suis, jusqu'à l'âme, jusqu'à mon élément. T'as qu'à plonger dans mes yeux pour nager dans cet hiver infini que je porte en moi. C'est gravé dans le blanc et bleu de mes orbites. C'est une porte vers tout ce que je garde bien au froid, vers tout ce que j'ai de précieux.

« T'as qu'à voir de tes propres yeux. »

J'attrape la main de Bam, sachant très bien que le froid qui passe entre nous n'est pas le fruit du hasard. On se pousse aux extrêmes. On se garde de fondre sous la pluie. Mon gros orteil s'avance du précipice, cristallisant la neige sous mes pieds. Je jette un dernier regard à Bam. Les femmes et les enfants d'abord. Je passe en premier, n’ayant peur de rien, pas ici, pas maintenant.

« Tu me fais confiance ? »

Lançai-je au vent, à moi-même, et peut-être un peu à Bam. Puis je me lance, je mets mon pied droit, puis le gauche. Alors que Bam me suit, probablement parce que j’ai oublié de lâcher sa main, le pont craque doucement. Sans vraiment que je ne recule, ma main libre se tends à ma droite pour garder mon équilibre. Je ferme les yeux et fait un second pas en avant. L’air tourbillonne autour de mes membres. Mon corps tout entier ne fait qu’un avec le froid. Réduisant le danger à zéro. Je fais un autre pas, la plante de mon pied atterrissant inévitablement sur la suite de la passerelle de glace. Alors que mon cœur s’émerveille du moment présent, mes paupières me font découvrir l’improbable. Le passage effilé s’est élargi un peu, de doux motifs gravant maintenant le passage. Chaque pas que je fais solidifie le détroit. C’est tout ce qui m’entoure, c’est instinctif, c’est peut-être même Bam, je n’en sais rien, c’est peut-être nous. La glace solide nous attrape à bras ouverts de l’autre côté, et je pourrais faire une tornade tant l’adrénaline a pris le contrôle. C’est excitant, de vivre quelque chose de nouveau. De repousser les limites. Je soupire, souriant incontrôlablement. Je me laisse tomber à genoux dans la neige, avec cette envie de m’y rouler, de continuer, de ne jamais m’arrêter. Je me retourne vers Bam qui doit se moquer de mes enfantillages. J’ouvre ma paume pour lui souffler une tempête. Quelques flocons qui vont se déposer dans ses cheveux.

« Si tu savais à quel point j’aime l’hiver . . .»

Dis-je au ciel, le cœur prêt à exploser. Je suis givré, rien de plus à ajouter.
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Sam 4 Fév - 1:02



Si t’ajoutes « Si tu vois c’que je veux dire » à la fin d’une phrase, n’importe quoi peut prendre un sens tordu. Ses yeux dans mes yeux. Elle mord sa lèvre, si tu vois c’que je veux dire. J’aimerais éviter de sourire, mais j’veux pas qu’elle me croit sérieux. J’en ai rien à foutre de sa beauté qui me crève les yeux. Rien à branler de la neige dans ses cheveux. Je pourrais crever que rien n’importerait moins que les mots qui sont déjà froids sur ses lèvres. Si je veux, je peux ne pas la regarder… Je pourrais, pas vrai ?

Elle, pourrait me pousser. Me foutre dans le vide et rire par-dessus mes cris de petite fille. Pour qu’on me retrouve pas, j’suis sur qu’elle voudrait se débarrasser de moi. J’essaie de sonder ses yeux et une inquiétude sérieuse barre mon front. Je sais pas si elle veut me buter ou me culbuter. Alors Sweety, tu les veux mes lardons ?

    « T'as qu'à voir de tes propres yeux. »

On va pas dire que j’ai peur. Non, on n’y pensera même pas. Putain Sweety calme-toi j’te rappelle que je suis plus fort que toi ! Si je tombe, tu viens avec moi. J’essaie de reculer d’un pas. Discrètement. Elle me prêterait un de ses seins ? Que je l’emmène avec moi, en souvenir d’aujourd’hui. On se retrouverait dans trois ans et je lui dirais « Tiens, tu peux le récupérer. J’en ai pris soin, si tu vois c’que je veux dire. » A moi, ça me parait être un bon projet. Mieux que d’amener ma plus grande fan au bord d’un ravin. Putain, mais je les vois décrire aux autres la manière dont c’est arrivé. Elle va gueuler « Si je ne peux pas t’avoir, personne ne t’aura ! » et me pousser tout tout tout en bas. Sweety t’es folle putain, mais détends-toi !

Ma main dans sa main. Ça y est bordel, ça a commencé. Non mais Sweetheart attends, je peux tout t’expliquer. J’avoue tout, j’te promets. C’est moi qui ai dit à une fille de ta classe que tu avait adopté un bonhomme de neige qui s’appelait Gruik Gruik le Portugais, et que t’avais essayé de l’épouser. J’suis désolé ! Mais de toute façon au bout d’une semaine plus personne en parlait, de cette histoire, tu as vu ? C’était pas si grave. Pas de quoi nous foutre tous les deux dans un gouffre sans fond. Elle avance bon dieu, et ses doigts sont collés aux miens. Il y a son parfum. J’y pense pas, j’y pense pas. Son parfum qui me harponne le cœur. Laisse-moi, bordel, tu vois pas que je vis ma dernière heure ?

    « Tu me fais confiance ? »


Ahah. Je sais pas. Oui. Non. Je l’ai jamais fait. Mais ça viendra. D’ici dix ans, de toute façon. Heureusement que t’es passées devant. J’ai envie de péter. C’est parce que je suis stressé. Si je dis que j’ai confiance, tu vas me lâcher ? Attention cul droit devant. Oh, ça va mieux. Oui ça va bien. J’ai vu un âne vomir une fois. C’était horrible. Ça m’a fait rire. Et puis vomir. Tu peux répéter la question ?

J’avais pas prévu cette traversée-là. Je pensais qu’elle irait, j’le savais. Mais une fois qu’elle serait de l’autre côté, j’aurais pu l’abandonner. Et me tirer en courant, non ? Non, j’aurais voulu la guider, moi. Accrocher ses doigts comme elle le fait, peut-être la prendre dans mes bras. Solidifier la glace que nos hivers givrent. Courir un peu pour lui faire peur. Mener la danse au lieu de suivre ses pas. Regarde pas en bas. Ne regarde pas en bas. Putain c’est tout noir, y a pas de fond ou quoi ? Je retrouve ses fesses ça va mieux. Et puis ses cheveux, pour être sur qu’elle ne me voit pas. Ma main contre mes yeux. Aveugle, je serre les dents. Je la suis un pas après l’autre. C’est long bordel, pourquoi c’est si long ? Ses doigts sous mes doigts. Je me raccroche à elle comme un désespéré parce que de toute façon, je vais crever. J’aurais aimé gouter un de ses baisers.

J’ouvre les yeux quand je sens sa main me quitter. On est arrivés ! Putain, je crois que je vais pleurer. Elle est à genoux, je sais pas si elle m’a sauvé ou torturé. Son sourire contre mon traumatisme. Je crois que je vais avouer des trucs. Et que je vais regretter. J’ai l’impression d’être en train de tomber. Elle souffle un peu de sa magie vers moi, comme si ça allait suffire pour que je bascule dans le vide. Je suis choqué et la poudre qu’elle m’envoie semble parfumée. J’y pense pas. J’y pense pas.

    « Si tu savais à quel point j’aime l’hiver . . .»

Ouais ? Je crois que je sais. Je me laisse tomber à côté d’elle. Je m’écroule dans la neige et frôle son bras, à peine. Juste de quoi me foutre dans un état malade, impensable, bohème. Même quand j’ai bu, je suis pas comme ça. Je fixe les cieux blancs. Je sens plus mon cœur battre. Bite, putain ! Bite !

    ─ J’ai cru qu’on allait crever. Juste là. J’ai cru qu’on allait tomber et je t’ai vue en train de me pousser. Ça te faisait rire, t’es vraiment tordue quand tu t’y mets. J’ai eu peur de plus jamais revoir l’hiver. Y a pleins de choses que j’ai pas eu le temps de faire, Sweety. J’ai jamais dit à mon frère que je l’aimais, jamais. J’ai pas essayé de parler à ma mère quand j’en rêve parce que j’ai toujours l’impression qu’elle va pleurer ou se moquer de moi. J’aimerais savoir ce que ça fait de faire un câlin à mon père. Mais un truc viril tu sais, pas genre "huhuhu ils se font des calinous, ouh la la !", non pas ce genre-là. Je pense de plus en plus à toi. Mais pas que quand il fait froid, si tu vois c'que je veux dire. Je crois que c’est ton parfum qui a déclenché tout ça. Si on avait des enfants, tu crois que ce seraient des glaçons ? En tout cas, j’ai déjà les prénoms.



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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Sam 4 Fév - 2:48

Et le froid des glaciers calme mes émotions qui s’emballent, qui s’envolent. La neige colle sur mes joues, comme les baisers de papa, qui est toujours avec moi. Je me sens libre, partout dans ce froid qui me retourne l’estomac, qui envoie ma raison par la fenêtre. C’est si facile d’être heureuse que je pourrais rester ici à faire des anges dans la neige, à laisser ma trace dans ce monde qui me ressemble. Et puis je ne serais pas seule. Il y a Bam, qui est encore plus étrange que jamais. Si je ne connaissais pas ses airs de macho, je me dirais qu’il a encore des sueurs froides du vide sous nos pieds. T’en fais pas, mon géant, rien ne peut nous arriver dans cet univers ou nous sommes maîtres. Si je suis la reine des neiges, t’en es probablement le roi. Si tu promets de ne plus me traiter comme une groupie quand on retournera a l’école, je te forgerai une couronne de glace pour aller sur tes cheveux tout ébouriffés. C’est comme ça la vie, si t’es givré comme l’hiver, je serai tes flocons. Si t’es dur comme la glace je te briserai en une averse de bonne humeur. Peut-être qu’il n’y en a pas deux comme moi, parce que ça serait trop facile. Un monde ou les drames sont doux comme l’hiver, ça fait de mauvais films, ça fait d’ennuyants romans. Je lève les yeux au ciel, avec cette envie de ne faire qu’un avec l’immensité blanche. Un drap de satin givré qui m’entoure. Et je souris sans raison, parce que je suis vivante. Parce que je n’ai peur de rien.

Alors que je me croyais seule au monde, moi et mon hiver, Bam s’écroule dans un univers. Et j’ai un doux remord qui grimpe jusqu'à ma gorge. C’est aussi son hiver à lui. C’est notre hiver.

Dans mon cœur givré s’insinue un sentiment étranger. Pour la première fois, je me sens à ma place avec Bam. Comme si notre équipe était plus forte que sa volonté initiale de me faire disparaitre dans la glace. Comme si on s’acceptait pour qui on est, malgré le fait qu’on soit réglés sur deux nord différents. Le pôle nord et le nord magnétique. De quoi dérailler nos points de vue. Mais la neige que je vois tomber de mes yeux est la même qu’il observe de haut. C’est bien, d’être différents, je lui dirai. . . Un jour.

─ J’ai cru qu’on allait crever. Juste là. J’ai cru qu’on allait tomber et je t’ai vue en train de me pousser. Ça te faisait rire, t’es vraiment tordue quand tu t’y mets. J’ai eu peur de plus jamais revoir l’hiver.

Un sourire se fige sur mon visage. Quelque part entre un amusement givré et un intérêt improbable. Mes neurones bien fraîches se demandent si c’est de cette façon que Bam me perçoit. Comme la fille étrange, tordue, celle qui pourrait lui faire du mal d’un seul de mes rires. Une idée impossible passe devant mes yeux. Et si le grand Bam était intimidé par ma bonne humeur, par ma volonté. T’en a jamais vu d’aussi givrées que moi, pas vrai, mon cœur de glace ?

─ Y a pleins de choses que j’ai pas eu le temps de faire, Sweety. J’ai jamais dit à mon frère que je l’aimais, jamais. J’ai pas essayé de parler à ma mère quand j’en rêve parce que j’ai toujours l’impression qu’elle va pleurer ou se moquer de moi. J’aimerais savoir ce que ça fait de faire un câlin à mon père. Mais un truc viril tu sais, pas genre "huhuhu ils se font des calinous, ouh la la !", non pas ce genre-là.

Et je retiens un glaçon au coin de mon œil. Une larme pour tous ceux qu’il aime sans avoir la force de l’avouer. Une larme pour ceux qu’il a perdus et qu’il aimerait retrouver. Une larme pour mon géant au cœur de givre qu’on a abandonné en plein hiver, en pleine enfance.

─ Je pense de plus en plus à toi. Mais pas que quand il fait froid, si tu vois c'que je veux dire. Je crois que c’est ton parfum qui a déclenché tout ça. Si on avait des enfants, tu crois que ce seraient des glaçons ? En tout cas, j’ai déjà les prénoms.

Je pense que j’ai eu froid au cœur. Quelque part entre ses mots. C’est pas vrai tout ça, Bam. C’est juste la surprise de te rendre compte que je suis parfaite pour toi.

Et puis je me laisse prendre dans sa tempête, son bras frôlant le mien. Nos enfants, ils seraient l’hiver dans sa forme la plus pure. L’idée trotte dans ma tête, de les imaginer, blonds comme le froid, insaisissables, époustouflants. De petits glaçons à qui je soufflerais des baisers glacés avant de les laisser rêver d’un hiver éternel.

Je nage dans le froid, me retournant dans la neige comme dans l’eau. Je n’y crois pas vraiment à ses histoires. Tu les a dit à combien de filles avant moi ces choses là. C’est peut-être la première fois qu’il y croit, mais pas moi. Je ne serai pas l’assistante qui reste bien tranquille à la maison. Je ne veux pas m’occuper de tes glaçons. Je veux le monde entier et toutes ses possibilités. Et toi aussi, je le sais. Bam a le cœur qu’il faut, et je serai là pour les fois ou il en doutera. Je me redresse sur mes coudes, pour déposer un baiser glacé sur sa joue.

« Tu vas être incroyable, mon hiver.»

Je me relève, les glaçons au cœur. L’aventure est au bout de mes doigts. L’incroyable n’attends pas. Je glisse quelques mètres, ayant oublié de marcher. Je fais volte-face sur mon gros orteil, un sourire incontrôlable aux lèvres, avant de laisser ma curiosité prendre le dessus. J’aime les histoires, tu sais . . . Même celles qui sont impossibles.

« Ils auraient eu quels noms nos glaçons ? »
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Dim 19 Aoû - 2:48



J’ai pris un rasoir d’argent et ai taillé dans ma chair une fissure à la couleur claire. Vu d’en haut, on aperçoit mes entrailles. De ses bordures s’écoulent mon sang. Mes mots. Ma haine. Maman. Des ordures. J’ai tiré sur ma peau pour étendre le mal. J’ai juré dans mon crâne, des horreurs qui marchent plus sur le reste de moi. Parce que mon cœur s’en cogne. S’en cogne. S’en cogne ! Jusqu'à se demander pour qui il danse. Valse. Vomit. S’écœure. Et recommence. J’ai enfoncé un poing dans mon torse. Il s’en cogne. Plus fort. Moins fort. Plus dur. L’enflure. J’ai craché des flocons que je savais pas être en ma possession. Des trucs qu’elle a vus. Entendus. Reçus avant moi. J’ai meurtris ma peau de l’intérieur, tirant sur mes cordes. Pour les faire rougir. Chercher l’erreur. Étaler mon sang sur mes ardeurs. Et j’ai tiré encore. Tandis qu’il cogne. Cogne. Et je suis resté là, mes tripes à l’air. Nu. Pour la première fois.

Je la sens qui bouge près de moi. J’veux pas qu’elle me voit là, avec mes baloches fripées et ce pansement qui me comprime le cœur. Alors qu’il cogne. Elle pose sur ma joue un baiser furtif. Fort. Froid. Fait pour moi. Je sais qu’il laisse un flocon sur ma peau. Je le sens. Je le garde, faisant semblant. De le mériter. De pas être brûlé.
Et ma main. Cette conne. Cherche à attraper sa nuque. Je frôle ses cheveux, du bout des doigts. Ses putains de cheveux blonds. Contre ma peau blanche. Je renonce. Une seconde de plus et elle aurait été à moi. A ma bouche, à mes doigts. J’aurais senti son poids sur ma cicatrice qui pulse encore des horreurs. Et elle l’aurait refermée. Me rendant Bam. Cet enfoiré.

    « Tu vas être incroyable, mon hiver.»

Elle l’a dit, comme ça, dans l’intimité de mon cœur ouvert. Et qui cogne. J’étais l’hiver de ma mère. Mais j’y pense pas. J’y pense plus. Ce soir, peut-être. Une seconde de plus, et elle l’aurait dit contre mes lèvres. Sous mes yeux. Sur ma poitrine qui pleure encore son jus. Et elle l’aurait soignée. Me rendant Bam. Mais c'est un secret.

    « Ils auraient eu quels noms nos glaçons ? »

Je craque un sourire. Je sais pas comment elle fait. J’ai envie de pleurer. Je pensais pas qu’elle m’écouterait, qu’elle comprendrait. Mais elle pige tout. Elle partage. Elle encaisse. Plus forte que moi. Je me redresse aussi, j’évite ses yeux. Et ses cheveux. Je pensais pas qu’elle adopterait l’expression. Qu’elle la ressortirait sans injure. Sans se moquer. Sans ciller. Mais y a des jeux dans sa voix que les rêves emportent. Je retrouve mes pieds, moins impressionnants que ses yeux. Je la regarde pas. Tout a changé. On a des glaçons. Rien n’a changé. Je suis un con.

Ils auraient eu pour prénoms ceux de nos parents. Terry, le grand. Le roc. Magnifique et fort, portrait craché de ses grands-pères. Meilleur que moi. Puis y aurait Mars. Yum Yum. Boom et Kickass. J’suis pas sûr, cela dit. Terry, c’est trop répandu.

    ─ J’te le dirai si t’es sage. De toute façon, il faut d’abord que tu pondes les œufs. J’crois que ça marchera comme ça pour nous, ça peut pas être facile. Tu supporterais pas.

Je l’ai dit sous mes doigts. J’ai caché mon putain de visage. Pourquoi ? La fente qui me scie le torse baigne encore dans mon sang. Ça pullule de regrets et de sentiments. Je la regarde toujours pas. J’ai changé. Une seconde de plus, et elle m’aurait donné un baiser. Un remède. J’aurais senti ses yeux sous les miens et je me serais pas perdu en chemin. Et elle m’aurait giflée ? Me rendant Bam. Cet estropié.

Mon cœur m’emmerde. Tandis qu’il cogne. Je le remets à plus tard. Ce soir, peut-être. Je la vois bouger. Des perles accrochées sur sa peau. Du givre sur les seins. De la glace sous les mains. De la neige au corps et mes tords à cœur. Ça cogne. Son agitation me gagne. Je me lève, la rejoins. Je regarde pas ses yeux. Les miens ont changé. Je veux pas l’affronter. Mes genoux jouent aux cons. J’ai ma cicatrice qui brûle du nombril au menton. Je peux rien cacher. Alors je m’accroche à sa main. Prends les devants. Et puis trace le chemin jusqu’à une promesse qui me semble avoir dix ans. Une cascade givrée. Plus forte que moi.

    ─ On y est presque Sweetheart.

J’aurais pas du le dire. Je regrette mais j’y peux rien. Ça n’a jamais sonné aussi sincère. Je sais plus de quoi je parle. Mais ça ira, tant qu’elle ne me voit pas. Qu’elle est dans mon dos. Qu’elle garde pour elle ses grands yeux. Ses putains de cheveux blonds. Son sourire de flocon. Je cours. Elle aussi. Au tournant, elle sera là. Grande. Majestueuse. Plus belle que moi. Et j’emmerderai la blessure qui me donne froid au cœur. Alors qu’il cogne. Ignorant mes peines. Mes envies. Sa main dans la mienne…



Dernière édition par Bad Ice le Jeu 28 Mar - 22:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Lun 25 Mar - 23:55

J'ai posé la question sans vraiment vouloir la réponse. C'est ridicule, Bam et moi, on ne fera jamais de glaçons. On fera de grandes choses, de grands biens, si je peux le convaincre de le faire pour les autres et pas pour le petit glaçon un peu fondu qu'il cache bien au fond, sous les blagues révoltantes et ses sourires de glacier qui scintille au soleil. Mes yeux sur Bam, les siens fixés sur quelque chose. Quelque chose d'invisible que lui seul peut capter. Un reflet dans la glace, les couleurs de la lumière à travers la neige, formant les mirages d'un passé. Je ne peux qu'imaginer, moi qui sens papa à travers chaque brise glacée qu'il dépose contre ma peau dans un doux baiser, signe qu'il est toujours là, qu'il vit juste pour moi, à travers le temps, à travers le froid. J'inspire quelques flocons, le coeur à la dérive, les doigts oubliés à mes flancs.

Les sourcils de Bam se froncent dans un air que je ne lui connais pas. Une détermination à ne pas me laisser voir le bleu glacé de ses yeux. Ça ne fait rien, je commence à le connaître ce bleu, à l'apprivoiser. Les tons changent selon ses humeurs, peu importe ce que clament ses lèvres et son visage. Les iris ne peuvent pas mentir, pas les siens, pas à moi. Il garde quelque chose pour lui, et peut-être que je devrais demander pourquoi, mais je ne le fais pas. Mon coeur est étagé de flocons, un pour chaque secret, chaque petite parcelle de moi qui n'a pas encore de nom. On a tous droit à ça, je crois.

─ J’te le dirai si t’es sage.


J'ai le coeur qui sautille, parce que tout cet hivers m'enivre. J'ai la tête qui sature parce qu'il fait naître des idées pour les nier quelques secondes plus tard. Que des futurs amorcés, sans savoir lequel il n'ose pas avouer. C'est comme une lettre qu'on aurait écrire sans jamais l'envoyer. Je ne sais pas si je suis sage, peut-être, quand on me compare à lui. Peut-être pas. Sage, c'est ne pas désobéir. Sage c'est faire selon les règles. Le doux murmure de papa me pousse pourtant à faire ce qui est bien pour moi. Les règles, je les dissouds en son nom. Qui a dit qu'un drôle d'oiseau peut décider si je serai le héros ou l'assistante. Je ne suis pas sage, je ne le deviendrai pas. Ça n'est pas moi.

─ De toute façon, il faut d’abord que tu pondes les œufs. J’crois que ça marchera comme ça pour nous, ça peut pas être facile. Tu supporterais pas.


Un vent de couleurs, une image impossible, un sourire impromptu sur mes lèvres. C'est un mystère. Bam me fait passer de révoltée à euphorique en un quart de secondes. Et ça me fait rire qu'il voit les choses comme ça. Je préfère qu'on s'en tiennes à cette version plutôt qu'à une autre. On est deux espèces différentes qui n'ont de commun que leur prédilection pour les endroit polaires. Parce que sur tous les autres points, on sera en désaccord. Sauf qu'ici, maintenant, une force s'impose entre mes côtes. Une symbiose qui me fait froid au coeur.

Ma tête oublie de compter les flocons quand il se cache le visage, comme ça, devant moi. C'est supposé m'empêcher de voir quoi ? Je ne sais pas, parce que sous la blancheur de son sourire, il y a une part de noirceur en Bam, une part qu'il ne laisse s'exprimer qu'en terrorisant les plus faibles ou en disant quelque chose d'offensant une fois sur deux. Parce que le grand Bam ne parle que de la grande blancheur du froid, c'est comme ça qu'il est, givré, pris dans cette glace éternelle, dans cette enfance, dans ce passé. Ça ne fait aucun sens. Le froid enivre mes sens. Je sens qu'il est temps.

─ On y est presque Sweetheart.

Non, si. Oui, et puis je veux pas y croire. Il me dira c'est une blague, y'a rien à voir. J'ai peur d'ouvrir les yeux. D'avoir bâtit un rêve que la réalité ne peut égaler. C'est faute de Ma Vie, de me laisser croire que tout est possible. Parce que le merveilleux me fait frissonner, parce que la magie est au bout de mes doigts. Parce que si Bam dit que ça en vaut la peine et bien je le crois.

Sa main. La mienne. Le froid. Les flocons qui s'agrippent à mon coeur. Les secondes. L'anticipation. L'oubli. Sa main. La mienne. Ça ne me fait rien, c'est innocent. C'est ce qu'on fait pour presser ses amis à enfin poser les yeux sur quelque chose qui vaut la peine d'être vu. C'est ça qui fait battre mon coeur. Rien d'autre.

« Oh . . . »

Que je laisse échapper sans l'avoir décidé. Pas plus que je n'ai de contrôle sur mes doigts qui serrent à en crever ceux si solides de mon héros glacé. Mes yeux s'embuent, touchés par la beauté de ce qui nous fait face. C'est une chute embaumée d'un silence scintillant. Elle ne rugit pas, elle est figée, sa force captive du froid. Ses courbes givrées semblent mouvantes. Comme une photographie à laquelle on aurait donné la vie. C'est un miracle que quelque chose de semblable existe. Ici, dans cet endroit déserté, dans ce environnement qui n’accueille à bras ouverts que les amoureux de son élément.

Mes yeux n'en peuvent plus de tant de beauté. Ils se posent enfin sur Bam, dont je refuse de lâcher les doigts. Ils crient mille mercis, une reconnaissance silencieuse et sincère. Dis-moi, mon Hivers, tu amènes toutes les filles voir ce miracle ? Non, bien sur que non, elles ne verraient qu'encore de la glace et diraient quand est-ce qu'on rentre, j'ai froid. Pas moi.

Mes os sont de glaces et mon souffle est une vapeur encore plus froide que l'air qui nous entoure. Je suis polaire face à ce que je vois. Je veux conserver ce moment dans un casier bien solide de mon coeur, comme un flocon unique. Je ne veux pas oublier, jamais.

« Comment t'as connu cet endroit ? . . . Pourquoi tu l'as pas gardé que pour toi ? . . . Qu'est-ce qui . . . Comment . . . C'est impossible. . . »

Je ne peux plus m'arrêter parce que je ne sais plus penser. Fallais pas faire fondre mon coeur de la sorte, il vas givrer tout déformé. Tu sais Bam, c'est de ta faute tout ça.
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Ven 29 Mar - 1:05


Pour la première fois depuis longtemps, je me sens vivant sans avoir mal, sans avoir tord. Sans bleus à l’âme ni coups au corps. Je ne sais plus rien, sinon sa main dans ma main. Et mon emprise qui se resserre quand on approche. Quand on arrive. Qu’on s’oublie, égarés, éparpillés comme la neige sur la roche. J’ai des frissons et notre élément pour excuse. J’accuse. J’encaisse. Je médite sur la fissure en mon torse et ses yeux qui m’ont laissé faire. Les coutures de mes aveux ont dessiné sur ma peau des ratures aux ailes bleues. J’affirme. J’assume. J’expose mes blessures au nord, à ses bras. A notre hiver d’un soir.

Je me sens minuscule et gigantesque à la fois. Dominé par la glace, engrandit par le froid. Figé dans ma jeunesse, accroché à sa chair, j’ai conscience de mon corps qui pèse lourd sur nos neiges. J’abats mes égards, fuis mon égo, le range au placard pour la journée, histoire d’essayer. Voir. Imaginer. La vie sans Bam et les jours en été. Je me prépare à la regarder. Quand on approche. Quand on arrive. Qu’on s’oublie, posés là aux pieds d’un glacier qui nous adopte, qui nous hiberne, qui nous anoblie et nous gouverne. J’avance, l’hiver sous les doigts. Puis la vois.

    « Oh . . . »

Je me sens gémir. Frémis, emporté par le plaisir. Sa voix. C’est de la musique pour mon cœur, une symphonie pour mes nerfs. Je la dévore des yeux, majestueuse, aux courbes superbes, sculptées par un hiver ancestral, qui pour toujours durera. Le temps ne peut rien face à une beauté si pure. Les saisons n’entacheront jamais ses couleurs, tirées des flocons gagnants. Des neiges ardentes. Des tempêtes hurlantes et de tout ce qui fait de nous des enfants maudits, délicieusement, d’être vivants.
Et elle lève les yeux vers moi, faisant fondre le bonhomme de glace, le monstre des neiges. L’immonde orgueil qui me serrait les veines. Je deviens ce qu’il y a des jours, des mois, des semaines, j’entrevoyais à peine. Quelqu’un de bon, quelqu’un de bien. Une machine à rêves, pourvue d’un cœur, gouverné par une reine. Je suis quelqu’un. Là, dans le fond de ses yeux que caressent les miens.

    « Comment t'as connu cet endroit ? . . . Pourquoi tu l'as pas gardé que pour toi ? . . . Qu'est-ce qui . . . Comment . . . C'est impossible. . . »

Je souffle un rire emporté par une fumée blanche, plus fraiche que l’air qui nous givre les pieds. Je ne sais pas par quoi commencer. Mais j’ai envie de tenter, histoire de voir. D’essayer. D’imaginer la vie sans Bam et ses demi-vérités. Je reste nu, ma cage ouverte qui pulse encore son jus, qui cogne encore si fort que mon corps en tremble. Je pourrais étendre ma peau, tirer un peu sur ma chair et l’enfermer là, cajolée dans l’intimité de mon cœur et des promesses que je me fais alors que le temps meurt, que les flocons pressent. Mes yeux naviguent, guidés par le sublime, entre Sweetheart et l’immobile cascade. La tendresse. Entre splendeur et l’éternel, façonné par elles.

    ─ J’avais… j’avais dix ans, je crois. J’ai foutu le camp de la maison, un jour où mon père m’a laissé seul. « Je peux te faire confiance ? » j’avais dit oui. « Je dois aller chercher Jared, tu ne bouges pas. » et j’ai dit que non, où j’irais, de toute façon ? Mais je suis sorti à la minute où il avait le dos tourné. Des fois, j’ai l’impression qu’il me l’a toujours pas pardonné. J’suis sorti et j’ai couru, exactement comme aujourd’hui. Sauf que mes chaussures je les ai faites tomber dans la neige et parfois j’me dis qu’elles doivent encore y être, quelque part tout au fond.

Je regarde nos mains, toujours entrelacées. J’y vois des montagnes, des vallées. La réplique du jour que je raconte. Imitant mon père avec une justesse qui m’effraie. Une sincérité à laquelle je pense pas. Mais qui fait mal. Parce que c’est la première fois.

    ─ J’ai marché vraiment longtemps, jusqu’à me perdre. Je savais pas où j’étais mais j’voulais pas rentrer chez moi. J’pouvais pas. Parce que la maison était vide, je supportais pas. Alors j’ai continué à avancer. Je suis tombé sur le gouffre qu’on a traversé tout à l’heure et je l’ai passé sans y penser. J’ai jamais raconté ce détail à mon père. Puis, après quelques minutes, je suis arrivé là. J’ai pas pu bouger. J’ai du y rester des heures. Des heures à juste la regarder, à y voir ma vie, ma mère, l’existence toute entière. C’est con. J’ai jamais dit à personne ce que j’avais trouvé.

Ses yeux. J’ai une terreur dans le ventre, qui monte. J’ai peur de ce que les miens sont en train de raconter. Elle monte. Je suis aussi perdu que je l’étais, je me sens nu, vulnérable, dépecé. Tandis qu’elle monte. Ma voix grave accroche tout, surtout son regard, quand je me dessine. M’avoue. Me suicide.

    ─ Depuis, j’y viens chaque fois que j’me sens être en train de crever un peu. Chaque fois que j’oublie, que j’ai peur de ma propre vie parce qu’elle veut rien dire. Quand je sens que je dérive. Que j’oublie ce que j’ai ressenti, la première fois que je suis venu là. Et en te voyant tout à l’heure, j’ai su que toi, tu comprendrais. Que tu la verrais avec mes yeux. … Je suis heureux de ne pas m’être trompé.

Parce que je ne me suis pas trompé ; pourtant la terreur monte. Et m’avale. J’en tremble, mes doigts serrant toujours les siens. Si elle me lâche, je tombe. Alors qu’elle monte. Si elle me libère, je sombre. M’effondre. Et personne ne viendra me sauver cette fois. Plus de Papa fendant les airs, me faisant prisonnier de ses bras. Alors elle monte. Si elle me laisse, je tombe. M’estompe. Me couche là avec des neiges bleuissant mon l’âme, pour la première fois.


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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Ven 5 Avr - 16:17

Le rire dont il me fait l'offrande fait danser le froid contre ses lèvres. J'ai les yeux fixés à l'impossible. Je regarde Bam, mon coeur de glace. Son être entier semble avoir embrassé le nord. Jamais il n'a été aussi blanc, jamais il n'a été si transparent. Si un jour il oublie, je sculpterai ce visage là dans la glace, lui rappelant qui il est vraiment.

─ J’avais… j’avais dix ans, je crois. J’ai foutu le camp de la maison, un jour où mon père m’a laissé seul. « Je peux te faire confiance ? » j’avais dit oui. « Je dois aller chercher Jared, tu ne bouges pas. » et j’ai dit que non, où j’irais, de toute façon ? Mais je suis sorti à la minute où il avait le dos tourné. Des fois, j’ai l’impression qu’il me l’a toujours pas pardonné. J’suis sorti et j’ai couru, exactement comme aujourd’hui. Sauf que mes chaussures je les ai faites tomber dans la neige et parfois j’me dis qu’elles doivent encore y être, quelque part tout au fond.

À ma question bousculée par les flocons, j'ai cru qu'il répondrait par un grognement, qu'un jour, comme ça, c'est arrivé. J'ai droit à une parcelle de Stan Atwood, aussi grand que mon papa. J'imagine comme si j'y étais, un petit Bam marcher dans nos traces, ne pouvant se refuser le plaisir d'avoir de la neige entre les orteils. Nos glaçons pourraient avoir la plus belle des chasses aux trésors, à chercher des souliers dans cet endroit magique, dans cet endroit nordique. Nos mains gelées lient le passé au présent et le présent au futur. Tu sais, mon Hiver, tu devrais parler plus souvent.

─ J’ai marché vraiment longtemps, jusqu’à me perdre. Je savais pas où j’étais mais j’voulais pas rentrer chez moi. J’pouvais pas. Parce que la maison était vide, je supportais pas. Alors j’ai continué à avancer. Je suis tombé sur le gouffre qu’on a traversé tout à l’heure et je l’ai passé sans y penser. J’ai jamais raconté ce détail à mon père. Puis, après quelques minutes, je suis arrivé là. J’ai pas pu bouger. J’ai du y rester des heures. Des heures à juste la regarder, à y voir ma vie, ma mère, l’existence toute entière. C’est con. J’ai jamais dit à personne ce que j’avais trouvé.

Mon coeur ne peut plus battre. Il est coincé dans un cristal de glace. Ma maison n'a jamais connu le vide ou l'absence. Ses murs contiennent les rires soufflés de Papa. Ses pièces résonnent des mots de maman. Jamais je ne suis seule. Leur amour est si fort qu'il me tient la main, où que j’aille. Mon Hivers, je tiendrai maintenant la tienne, peu importe où tu iras. Son courage m'inspire des flocons, t'étais qu'un glaçon, Bam, qu'un petit glaçon. Son coeur a gardé précieusement ce souvenir, parce qu'aucune grande personne n'aurait compris que le froid est le seul à pouvoir le prendre dans ses bras, comme l'aurait fait une mère, comme ne peut plus le faire sa mère. Tu sais, il me manque comme elle te manque, et ça, c'est notre petit secret.

─ Depuis, j’y viens chaque fois que j’me sens être en train de crever un peu. Chaque fois que j’oublie, que j’ai peur de ma propre vie parce qu’elle veut rien dire. Quand je sens que je dérive. Que j’oublie ce que j’ai ressenti, la première fois que je suis venu là. Et en te voyant tout à l’heure, j’ai su que toi, tu comprendrais. Que tu la verrais avec mes yeux. … Je suis heureux de ne pas m’être trompé.

Oh, Bam. Faut pas laisser la vie te tirer vers le bas. Il faut regarder la vie et lui donner un sens. Ça n'en vaut la peine que si tu décide pour toi-même que tu la veux en entier. La vie file à toute allure, il faut tendre les mains pour en capter le plus possible. C'est pour ça, tu vois, que je garde ta main, l'isolant de l'air jamais trop froid, des peurs toujours trop grandes. Regarde-nous, comme le font nos anges, à laisser la beauté du froid nous émerveiller, nous rapprocher. Nos vie ne veulent encore rien dire parce qu'on ne leur a pas données de voix. Bientôt elles crieront que rien n'est impossible. Qu'à faire de notre mieux, on peut faire beaucoup de bien.

« Bam . . . Merci . . . »


Le remercier de quoi, oh, il saura. Merci pour tout, pour le froid et les glaçons. Pour la brise contre mon coeur et à travers mes cheveux. Pour les mots et les non-dits. Pour le soleil et pour la vie. Pour les jours tristes qui n'auront pas lieu d'être quand un endroit comme celui-ci existe. Une pensée pour les diamants cachés sous la glace, pour le blanc à perte de vue, pour les pas balayés par le vent, pour les surprises que la vie a à offrir.

« C'est facile de comprendre pourquoi t'es revenu. C'est si beau, c'est si blanc. Rien ne fait mal ici. »

Ça ne brise pas mon coeur, de me dire qu'il n'est plus là. Je ne ressens pas l'injustice, d'avoir à vivre sans lui. Les failles de mon coeur de gamine son colmatées par le givre. Mes doutes sont ensevelis sous le manteau blanc qu'a enfilé la terre. Ici, tout ira bien parce qu'il est avec moi. Tu sais, papa, tout ira bien, Bam est avec moi.

Les secondes sont si pressées de m'échapper. J'aimerais bâtir de mes mains un abris. Une maisonnette sans fenêtres. Que le vent viendrait balayer. Un quelque chose pour ne jamais vraiment quitter cet ailleurs qui a un goût de maison. Je lève les yeux vers Bam. S'il-te-plait ?

« Est-ce qu'on peut rester . . . juste un peu. On vient à peine d'arriver. »

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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Sam 20 Avr - 18:19



Je me sens minable d’avoir crevé tant d’aveux. Et pourtant, un renouveau m’embrase les sens. J’ai mis mon corps à ses pieds, sans y toucher. Ai espéré, bien fort, qu’elle accepte de me relever. J’me suis tué, dénudé, assassiné. J’ai puisé dans mon âme tout ce qu’elle a de vrai, de sincère et d’entier. J’ai coupé les remparts de mon égo, l’ai rapetissé à l’état de rien, de rien, de rien du tout. J’me rafistole, bandant mes plaies, couvrant mes peines, troquant mes doutes. J’attends, fébrile comme jamais. Toujours nu, fragile… ému. Je m’effraie comme personne, j’le dis sans cesse. Et ça reste toujours vrai. J’me suis fait peur, ça continue à monter. Je sais pas qui je suis, ni ce que je fais.

Et si c’était ça, le courage ? Tout mettre en jeu, mais arrêter de jouer. Regarder les choses se faire pendant qu’on mise tout sur une roulette aux couleurs de son âme, de sa tête, de son cœur. Ça fait mal, putain, tellement que ça doit sûrement être normal. J’ai toujours imaginé le courage comme étant un acte valorisant, bon, bandant. Mais j’ai juste peur, j’me sens minable, un mauvais joueur. J’ai regardé la bille m’échapper et elle roule, saute d’une case à l’autre. Et elles ont toutes mon nom, mais des âges différents. J’ai envie de la récupérer. De tout effacer. De la cacher dans ma poche où elle resterait des siècles pour qu’on me retrouve mort, avec.

    « Bam . . . Merci . . . »

Mes doigts se renforçant sur les siens. Mes mâchoires qui se serrent à craquer pendant que j’expulse un gémissement heureux, sincère, halluciné. Jamais j’aurais pensé. Je ris entre mes dents, mordant ma lèvre. Une impression, nouvelle, d’avoir grandi de plusieurs années. De m’être arrangé. Mes yeux se posant autour de nous contemplent l’impossible.

    « C'est facile de comprendre pourquoi t'es revenu. C'est si beau, c'est si blanc. Rien ne fait mal ici. »

Ma tête dit oui. Mon cœur aussi. Je la regarde, jamais très sûr de savoir combien de temps j’ai le droit de laisser mes yeux languir sa peau. Avant elle, l’amitié était inconcevable à mes sens, tant qu’un baiser n’avait pas gouté ceux des autres. J’ai toujours cru. Que sans oser, une tension demeure. M’empêchant d’être. De me lâcher. D’exister. Que je finirais par baiser le monde, pour m’en faire accepter. Mais à Sweety, il suffit de lui parler. C’est facile d’être écouté. Trop facile. Ça en est dangereux. Elle comprend tout, trop bien, très vite. Je ne pourrai plus jamais faire croire à mon jeu. Mais… tant pis, je me dis. Parce que c’est mieux.

    « Est-ce qu'on peut rester . . . juste un peu. On vient à peine d'arriver. »

Oh, vieillissons ensemble, Sweetheart ! Rendons nos prières minables. Poussons nos rêves jusqu’au bord de quelques falaises. Foutons des bleus à nos peaux, qu’elles rougissent à leur manière. Trouve-moi une âme. Malmenons nos cœurs, qu’ils prennent un peu des couleurs. Fais-moi mal. Jetons-nous aux lions, qu’ils trouvent le repas trop froid et demande moi « pourquoi ? » pour que je réponde « parce que c’est toi. » et qu’il n’y a personne d’autre au monde avec qui je préfèrerais être malheureux. Ne baisse plus jamais tes yeux.

    ─ Viens avec moi.

Par là. Je souris à son visage levé vers le mien, tirant sur sa main. Est-ce qu’on peut rester ? On vient à peine d’arriver. Pour lui répondre, je m’assieds, l’invitant à m’imiter. Les pieds dans le vide, le reste au glacier. On pourrait y prendre racine. On pourrait se laisser enlacer, immortels, par le froid. Oh on pourrait en faire des choses, toi et moi.

    ─ Est-ce que tu te souviens …

A un aveu près. Je plisse les yeux, fouillant dans mon cœur pour plus de précision. Quel bordel il y a là-dedans ! Je ferais mieux de ne pas trop m’y attarder, des fois que je retrouve plus mon chemin. Des fois que j’y trébuche, et qu’il y ait personne pour m’y relever. Des fois que tu m’entendes plus te parler. Des fois. Oh des fois Sweety, toi et moi.

    ─ Tu te souviens du Noël que tu avais passé chez moi ?

Je viens de retrouver quelque chose qui me plait, caché sous une tonne de givre. C’est mon prénom. C’est tout frais, je viens juste d’y enterrer. Quand elle l’a dit, là, il y a quelques secondes… pour la première fois, je l’entendais. C’est la première fois qu’elle le prononçait vraiment. Qu’on conversait, en deux enfants du froid, toi et moi.
Je me demande si elle en a toujours le goût en bouche. Si elle le garde, parce qu’il lui plait. Je le vois encore, sur ses lèvres. De mon prénom, je ne détache plus qu’elle. Fais chier. Merde. Vraiment. Non. Moi et elle.

    ─ Celui où on a fait entrer un bonhomme de neige dans le salon ? J’ai oublié son prénom…

Mais j’ai pas oublié le mien. Et tes lèvres non plus. Dis-le encore, ne le dis jamais plus. Sweety, je te souris et tout ce que je vois, c’est ta tête blonde qui courait partout. Tu disais « Bameuh » quand t’étais contrariée. Et aujourd’hui, tu m’as appelé... Oh, les choses qui se passent dans mon cœur. Il y fait froid. Depuis toi.


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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Mar 10 Sep - 21:59

─ Viens avec moi. » Murmure mon homme des neiges, comme si c'était un secret. Viens avec moi et on fera des châteaux dans la neige, des anges dans le givre et un peu de froid à ce monde qui carbure aux brûlures. Tu ne les vois pas brûler, mon Hiver ? Tu ne les vois pas s'essouffler à courir sur les cendres de ceux qui ont précédé ? Je me dis que nous deux, on pourrait au moins essayer de les protéger. On nous mets en garde contre les méchants vilains sans pourtant nous laisser réaliser qu'il y a aussi du mal et des maux à l'intérieur de chacun de nous. On s'entraîne physiquement pour vaincre nos ennemis sans prendre la peine de combattre les flammes dans nos entrailles. Bam ne l'avouera jamais, mais son coeur est un brasier. La vie lui lance des étincelles, et malgré tout, il reste glacé, à mes côtés. Mes jambes se balancent dans le vide, glacées jusqu'à l'os, me laissant sourire comme une imbécile dans un frigo. T'en fais pas, Bam, dans mon coeur c'est comme ici, infini et toujours plus froid, tu t'y plairas.

─ Est-ce que tu te souviens …

Les mots de Bam ont déjà un goût de nostalgie. Ça sens un passé qui glisse entre mes doigts, fondant comme neige au soleil. Qu'est-ce que t'as, mon coeur de glace, à parler si sérieusement depuis un moment. T'avais des murs autour de tes sentiments, mais le froid les a fait craquer, ou t'as lentement écaillé la pierre alors que le givre rongeait les fissures. Peu importe la cause de ce changement, j'ai peur que ça ne dure pas. La vraie vie le forcera à aligner les briques jusqu'à former un mur entre nous. J'aimerais avoir tord, j'aimerais fermer les yeux et ne sentir que la neige sur ma peau comme tant de signes que Papa est là, et qu'il me souffle des éclats de froid pour me tenir compagnie. Reste encore un peu . . .

─ Tu te souviens du Noël que tu avais passé chez moi ?

Mes yeux s'écarquillent. Je ne veux pas m'en souvenir. Je veux oublier. J'inspire des flocons pour tromper mes sens. Je laisse filer derrière mes yeux un glaçon attristé. Je me souviens de tout. Je me souviens de ce qu'on a mangé, de la disposition des cadeaux sous l'arbre. Je me souviens des grandes personnes, de leurs visages heureux. Je me souviens des jeux givrés, de ce moment d'éternité. J'ai encore le goût du bonheur sur le bout des lèvres. Ça me donne mal au coeur, ça me donne le tournis. Je ne sais seulement que je veux être là-bas, avant.

─ Celui où on a fait entrer un bonhomme de neige dans le salon ? J’ai oublié son prénom…


Bam a de la chance de pouvoir oublier. Je ne peux pas. C'était un noël avec papa. Il riait de ses dents blanches comme la glace. Il m'avait promis que les nuages éclateraient sur nos têtes pour faire tomber la neige comme des confettis sur nos bonheurs partagés. Et comme promis, il avait neigé. Bam qui changeais les règles au fur et à mesure de nos jeux. Jared trop petit ou trop tiède pour suivre nos folies givrées. Les souvenirs ne me gardent pas au frais. J'en brûle à mon tour. Mes yeux se ferment. Arrêtes. . . Arrêtes.

« Arrêtes. . . »


C'est pas ce que je voulais dire. Mes doigts se posent sur mes lèvres. C'est la surprise. C'est tout. Mes mains se croisent sur mes genoux. J'ai bâtit à mon insue, des fort de glace hauts comme mon coeur. Empêchant mes sentiments d'approcher les souvenirs bien pliés aux archives. Les souvenirs de bonheur qui maintenant ne pointent qu'au vide dans ma vie et mon coeur. Ne regarde pas, Bam, laisse le froid absorber les sentiments que je n'ai jamais su cristalliser. J'en aurais fait des glaçons à la mémoire de papa, j'en aurait fait des merveilles au bout de mes doigts. Faut être forte pour papa. Il m'aurait dit de sourire, que la neige ne brille jamais aussi fort que quand il fait soleil dans nos coeurs. Il m'aurait embrassée sur la joue. Je me serais sentie givrée comme en plein hiver. Papa aurait consolé mes chagrins comme si rien n'était plus important que sa petite fille. Sauf qu'il n'est plus là pour me dire qu'il veille sur moi. C'est rien, Bam, fais pas attention.

« Désolée. . . c'est pas que j'aime pas les histoires. C'est que celle là a une triste fin. Les vrais bonheurs comme ce noël là ont trop souvent une fin. . . »

Mes yeux s’agrippent au paysage blanc. Ça ira mieux dans une seconde quand j'aurai rangé bien loin les souvenirs que Bam a étalés. Je ne peux pas le regarder dans les yeux, parce que je ne pourrais plus retenir les larmes dans mes yeux. J'ai peur de trouver dans ses yeux quelque chose qui m'y retiennes un peu trop longtemps pour m'en détacher. Voilà, ça va passer. Je souris à mes pieds, blancs de neige. C'est assez pour me rassurer. Tout ira bien, l'hiver est là, Mon Hiver est avec moi.
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Mer 11 Sep - 1:56


Jamais un rire n’avait pris possession de mon cœur avec une tendresse si pure qu’elle s’y enroule, le cadenasse pour le cristalliser et l’offrir en totem aux restes de moi qui s'approchent et profitent du spectacle. En bouffant l’étranger des yeux. En se demandant ce qu’il lui est arrivé. Ce qu’il fout là. Comme si j’étais malade, mourant. Que j’allais jamais survivre au changement. Mais je m’accroche, j’essaie de pas y penser. Je jette mon regard dans le vide en me disant qu’il serait peut-être plus sûr de le suivre. Quitte à tomber, autant le faire vraiment. J’y ai déjà foutu pas mal de choses. J’y ai laissé quelques espoirs. J’ai jeté tellement de pensées sur l’éternel givre de cette merveille. J’étais là, le jour où j’ai réalisé que jamais je ne prendrai ma mère dans mes bras. C’était elle qui me prenait, toujours. Et je me suis défait de la vision de moi, adulte, serrant sa tête blanche sur mon torse. J’ai arraché de mes doigts l’étincelle plantée dans mon cœur et la cicatrice en pulse encore. J’ai pris le diamant et l’ai lancé au vent pour qu’il l’adopte. Je l’ai vu rejoindre les autres, toutes ces poussières de rêves que les cieux ont lâchés avant moi. J’ai tant de bagages, accrochés à cette vague.

En grand con, je pose une main sur ma poitrine. Là où devrait se poser la tête de ma mère, si elle m’avait laissé le temps de grandir. Parce que sous mes doigts se trouve un sentiment si léger que j’ai peur qu’il profite de mes failles pour s’échapper.

    « Arrêtes. . . »

Mon souffle accroche la voix de Sweety tandis qu’elle s’en va. Je sens un sourire idiot mourir sur mes lèvres. Tomber sur mes épaules, rouler sur mon ventre. Courir sur mes cuisses, franchir mes genoux. Et s’offrir au vide. Il a emporté avec lui le souvenir de notre ancien Noël. Celui qui maintenant transforme la plus douce voix au monde en une supplique qui m’embrase les entrailles. Je la devine à peine derrière ses cheveux blonds. Ses cheveux blonds. Ses cheveux blonds. Le bout de son nez, pas très loin. Ses lèvres et sur ses lèvres, sa main. Même dans ma connerie la plus dure, jusqu’au fond de mes provocations les moins hautes, je n’ai su la faire souffrir comme elle supplie et je m’en veux tant que rien, ni même moi, ne comprend. Mes yeux trouvent les siens. A peine, qu’ils la fuient. Je cherche une réponse dans l’horizon blanc. Dans les secrets de mon enfance. Dans l’étincelle qu’est devenue ma mère depuis que- Oh ! Non…

    « Désolée. . . c'est pas que j'aime pas les histoires. C'est que celle là a une triste fin. Les vrais bonheurs comme ce noël là ont trop souvent une fin. . . »

Si j’étais deux, je jetterais l’autre dans le précipice en espérant qu’il se brise. Irais récupérer les méandres de son cœur de glace pour le garder en poche. En faire un trophée à l’autel de ma bêtise. Une gloire à la mémoire de ma mère. De son père. Terry n’est pas parti depuis longtemps. Terry, lui, ne revient pas dans les rêves de ses enfants. Il murmure dans son cœur les choses qu’il a dites. Les choses qu’il a faites. Les merveilles qu’il a promises.

Ses yeux fugueurs me portent coup sur coup et j’encaisse. J’assume. J’apprends. J’aimerais réparer mon erreur d’un flocon. Tout arranger de mes grandes mains maladroites, serrer fort sur les deux bouts de son cœur en comptant sur le froid pour maintenir tout ça en place. Mais j’ai pas envie de laisser de marque sur sa peau blanche. J’peux pas enfouir mes doigts dans l’hiver de son cœur parce qu’un automne est passé par là il y a pas longtemps en laissant trainer quelques feuilles qui l’étouffent encore. Elle a l’air si fragile qu’une caresse suffirait à lui faire du mal. J’approche, doucement, une main de ses cheveux blonds parsemés d’étoiles.

    ─ Je suis désolé.

Je murmure tout contre sa joue. Et y pose un baiser. Froidement, neigeusement, incroyablement doux et désolé. Je ne me savais pas capable d’autant de tendresse. J’en tremble sur sa peau, de me l’entendre dire pour la première fois. Mais ça n’a jamais semblé aussi important qu’en cette heure gelée par le monde qui passe et nous oublie. Je suis désolé d’être si con. D’oublier que mon souvenir de Terry est aussi le deuil frais de ton parent. J’aimerais mourir de froid dans l’instant.

Quand j’évite son regard en le préservant comme un minuscule glaçon chétif, j’y aperçois un appel au vide bien plus dangereux, beaucoup plus tendant que la falaise couchée à nos pieds enneigés. Peut-être vaut-il mieux que je ne cherche pas ses yeux, moi non plus. Que j’en reste loin et leur préfère la pâleur des glaces sûre et immuable du décor qui nous entoure. Parce que j’y tomberais plus vite. Plus fort. Plus mal. Je n’en ressortirais pas indemne et que j’ai encore ma peur de petit glaçon, cette crainte du retour de flamme.

Son géant de père m’a appris des tours que je n’oublierais jamais. A faire naitre un flocon, du bout de mon doigt. A tailler de petits glaçons dans le creux d’une main afin qu’ils prennent une forme issue de mes rêves. A dire les mots qui rassurent les cœurs tremblants de ne plus avoir froid. Il m’a ramassé quand il m’a vu tomber. Il m’a dit ces choses qu’on n’oublie jamais. Je l’aimais tu sais, ton Papa. Je savais sa force et tu en as hérité.

    ─ Tout ira bien, tu verras.


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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Mer 5 Fév - 0:14

La vie a un goût étrange à travers cet instant misérablement froid. La larme accrochée à ma joue refusant de geler en un éclat de verre. Les pensées dispersées le long de notre ascension ont lentement pavé cet instant. Qui aurait cru que ce géant de glace capable de tourner un des siens au dessus de sa tête saurait à la fois regarder le sol avec une arrogance maintenant teintée d'un flocon d'humilité. J'aimerais le forcer à me dire pourquoi il insiste en ce personnage de coeur de glace quand il a la douceur de me regarder avec ces yeux là. Ces instants ne sont pas une preuve de faiblesse. Les sentiments sont une force, plutôt qu'une série d'épingles plantées dans nos coeurs.

J'ai mal sous le froid qui s'étire dans une étreinte aussi douce que douloureuse. Les glaces me rappellent son nom et sa voix. Je m'enflamme sans le vouloir, à contre-coeur, de l'intérieur. Mes mots ne sont pas ce que je voudrais. Les images forcées sous mes ongles ont l'apparence de souvenirs pliés maintes et maintes fois jusqu'à en faire une oeuvre d'origami si petite que mes yeux n'ont plus la force de les distinguer, sentant pourtant leur éternelle présence. Mon père est avec moi, crie ce murmure glacé en moi. Pourtant, je ne le sens plus comme avant. Je sais qu'il est mort, malgré le froid qui continue de diriger ma vie. Je le sais et le réapprends chaque jour de mon existence, comme une tapisserie que je tisse chaque matin et qu'un être malin s'amuse à défaire chaque soir.

La vision brouillée des glaces creuse un trou dans mon ventre alors qu'aucune étreinte ne sera jamais aussi tendre et pure que celle de mon père. Son amour était comme un hiver constant que même le soleil ne pouvait faire fondre. J'ai cru que la glace autour de nous était un écrin de diamants, une cloche de verre blindée d'acier. Aimer, c'est prendre le risque d'avoir le coeur écorché à vif. Aimer, c'est avoir bon coeur même s'il est amoché.

─ Je suis désolé.

Les maux, fils du manque et de l'absence, s'écartent pour laisser place à la surprise. Mes yeux se froissent dans un bruissement de cils, alors que son souffle contre ma joue laisse place à un baiser. Qui aurait cru que des excuses puissent être aussi douces. Bam ne finira jamais de me surprendre, grand géant de glace au coeur de cristal. Son coeur, sous un faux-fini de roc, a mille et une facettes pour éblouir et aveugler. Son attention est sincère alors qu'il laisse son écorce s'effriter pour l'hiver.

Mon corps voudrait s'abandonner dans la neige pour rejoindre mon père, m'ensevelissant sous des couches de givre jusqu'à être seule avec le froid. Mon corps se bute contre celui de Bam, qui ne bronche pas, solide comme un hiver. Son bras a trouvé mon épaule, ma tête a trouvé la sienne. Ses mots se cristallisent à mes oreilles.

─ Tout ira bien, tu verras.

Le soleil dansera sur la glace, les flocons feront une pluie d'étoiles polaires, on s'entendra enfin sur quelque chose, Bam et moi. Tout ira bien, parce que pour une fois, j'ai confiance que Bam sera là, jamais bien loin. Sa peau cherche la mienne comme le givre colle aux carreaux des fenêtres. Quelque chose d'élémentaire nous laisse s'apprécier malgré nos caractères et nos mécanismes opposés. C'est quelque chose qu'on ne peut pas contrôler. C'est comme la pluie, comme le vent, comme le soleil et comme la gravité. On n'y peut rien.

Ma tête contre son épaule, mes pieds dans le vide, je reconnais enfin cette peur dans mon ventre qui tortille jusqu'à rattraper de vieux souvenirs. Cette sensation d'être en sécurité, protégée, comme si rien ne pourrait m'arriver. J'avais cette félicité sous la peau, gamine, quand mon père veillait sur moi. Depuis qu'on lui a cousu des ailes pour lui faire parcourir le ciel, je me refuse ce confort pour ne pas qu'on puisse me l'arracher à contre-coeur. Les archives ne devraient pas se mélanger aux écrits courants, créant un bordel dans ma tête et dans mon coeur. J'ai une tempête sous les doigts, une avalanche sous les pieds. Agir plutôt que de s’apitoyer.

« oui, t'as raison. »


Une bouffée d'air glacial me remonte le courage.

« Ça irait encore mieux, si t'arrêtais de t'opposer aux évidences. Regarde où on est, tous les deux. Tu peux pas dire qu'on ne fait pas une sacrée équipe. »

Mes yeux creusent le blanc pour ne pas oublier ses nuances, sa texture, son odeur. Cet endroit magique ne se compare à rien. Je remercierai Bam, un jour, de l'avoir partagé avec moi. Mes yeux pourraient chercher une réponse au fond des siens, mais je doute qu'il se soit laissé à ce point. Je sais au plus profond de mon coeur de glace qu'il est celui qu'il me faut pour faire de grandes choses. On se comprends par le froid, même si nos mots s'écorchent parfois. Je frotte ma joue contre son épaule, avant de m'en dégager, me levant d'un coup, lui annonçant sans son accord ce que je sais depuis toujours.

« Tu ne sera jamais débarrassé de moi. Croix de froid, croix de fer, si je mens je vais en enfer. »
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MessageSujet: Re: “ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -   Lun 13 Avr - 20:48

J’arrive pas à la quitter. Des yeux. Des doigts. Mais je finis par lui rendre son visage. Y a une larme. On dirait un diamant. Je le reconnais. C’est celui qui m’a servi à m’ouvrir. Celui avec lequel j’ai fini l’entaille qui m’a mis à nu. Lui a exposé cœur et tripes dans le froid et les abîmes. J’ai envie de la récupérer. Du bout des lèvres. De la lui voler. Mais j’en fais rien, car elle n’est pas à moi. Celle-ci est pour Terry. Elle va s’envoler comme les autres. Et cristalliser contre une étoile qu’a pleurée sa fille. Brillante et blonde. Aussi distante et solide que lui.

Sa tête couchée sur mon épaule. Ses cheveux blonds. Je ferme les yeux. Regarde loin à gauche. J’veux pas voir ça. J’aimerais savoir à quoi elle pense. Être Noah, rien qu’une seconde. J’ai mis un anneau autour de mon cœur et maintenant j’attends. J’ai peur qu’il explose. Qu’il pète et que son métal me déchire les côtes. J’ai fermé son fer où se trouvent des flocons qui épellent son prénom. Et j’ai laissé la clé sur sa joue. De ma bouche. De toutes mes vérités nues et mes peurs infantiles. Je l’ai laissé là pour qu’elle la prenne et j’attends. De savoir si elle va s’en servir contre moi. Le retourner comme une arme. Se moquer pour qu’il éclate. Et me ronge la chair. Mais peut-être… peut-être qu’elle va rien en faire. Peut-être qu’elle va garder la clé pour elle et qu’on attendra tous les deux. Que mon cœur épouse l’anneau. Qu’il le mange et que tous deux se confondent. Que je sois moins con.

« oui, t'as raison. »

J’ai envie de lui dire que j’ai tout le temps raison. Mais je le fais pas. Et ça m’emmerde de pas le faire. Pourquoi j’le dis pas ? Il faut qu’on me rende Bam. Cet enfoiré. Où est-ce qu’il est allé trainer ?

« Ça irait encore mieux, si t'arrêtais de t'opposer aux évidences. Regarde où on est, tous les deux. Tu peux pas dire qu'on ne fait pas une sacrée équipe. »

Je grogne quelque chose. D’agacé. De charmé. On est pas une équipe, tu vois pas ? Quand je te veux du bien, tu te laisses pas faire. Ou tu pleures. Même quand j’essaie avec toi, j’échoue. Y a que quand j’essaie pas, que j’m’en veux pas. C’est ça, une équipe ? Avoir peur, tout le temps, que l’autre moitié se marre. Se barre. Se taille en morceaux et emporte la plus belle part ? Regarde nous, Sweetheart. On finira mal.

Mais. Quand elle frotte sa joue contre mon épaule, je ne suis plus si sûr. Elle se lève et j’aimerais la retenir. Empoigner ses cheveux blonds et l’asseoir, juste là. Histoire d’attraper la surprise dans son regard. L’innocence sur ses lèvres. La fraicheur de sa peau. Le parfum au creux de son cou. Je la regarde pas, parce que je sais pas ce qu’elle voit. J’ai des années de retard sur Bam. Des années lumières à rattraper sur la vision qu’elle a de moi et qu’elle m’enfonce dans la gorge. Tout est sa faute. Si j’essaie de changer. Si j’essaie d’avoir mal. Si j’ai ouvert les yeux, le jour comme la nuit. J’avais aucune idée du bordel qu’était ma vie. J’ai jamais su. J’avais jamais compris. Et il a fallu qu’elle débarque avec son énergie. Avec ses flocons. Son sourire. Avec ses cheveux blonds. Ses grands yeux. J’étais plus heureux quand j’étais con.

« Tu ne sera jamais débarrassé de moi. Croix de froid, croix de fer, si je mens je vais en enfer. »

Je pourrais m’y faire. Je le sens si fort que ça me vrille le crâne. J’essaie de repousser ces pensées. De leur fermer la porte. Mais elles défoncent tout avec une force givrée. J’essaie d’imaginer ma vie sans elle. Ma vie seul. Ma vie sans ses mains froides qui me bousculent. Sans ses soupires qui m’insultent. Sans ce regard-là qui me voit pas comme que je suis. Mais tel que je pourrais être. Et tous les jours. Chaque foutu jour. J’aurais peur de la décevoir encore. Je crèverais de l’avoir sans qu’elle m’appartienne. Je serais à elle. Mais elle sera ailleurs.

« Et on ferait quoi, Sweetheart ? »

On continuerait à se battre tous les deux et contre le monde à la fois ? Je me relève, au bord du précipice. Je trouve ses yeux bien en dessous des miens. J’ai une mélodie dans les os. Quelque chose de doux qui me lâchera pas de si tôt. Et c’est sa faute. J’aimerais serrer fort ses menues épaules. Qu’elle comprenne. Qu’elle se débarrasserait de moi la première. Croix de froid. Il faut qu'elle entende.

« T’es bien meilleure que moi. »

Je lui dis en rouvrant ma plaie. En la laissant contempler le spectacle de mon corps béant. Ouvert en deux. Scindé pour elle. Afin qu’elle y voit tout ce que je fais macérer depuis des années. Toutes les chaines qui me torturent et l’anneau à son nom qui me barre le cœur. Est-ce qu’elle en est fière ? De m’avoir foutu par terre. Je lui souris sans comprendre. Croix de fer, j’ai le ventre à l’envers.
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“ Cause maybe you're loveable, maybe you're my snowflake. ” - Bam & Sweety -

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