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 « Cam & Sadie ± In the mourning »

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MessageSujet: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Lun 11 Avr - 16:58


C’est ton anniversaire, Timmy, mais je ne t’ai rien apporté. Tu n’en as pas besoin où tu es. Le véritable présent, ça a été ta présence dans ma vie. Chaque sourire est gravé dans ma mémoire à jamais, comme la trace de ton existence est tatouée sur mon cœur. Chacune de tes larmes, je les ai séchées de mes mains, les pleurant plus tard moi-même. Il y a de cela vingt et un ans, j’étais déchirée d’une souffrance physique qui ne pouvais tout simplement pas rivaliser avec le bonheur de te tenir dans mes bras. Tu gazouillais déjà contre mon cœur, petite merveille plus grande que tout ce que j’avais pu voir d’incroyable à ce jour. Je pourrais faire l’apologie, mais je perdais dans ces années où tu étais mon trésor. Je m’y perdrais jusqu’à ne plus vouloir les quitter, pour terminer par m’embaumer dans cette nostalgie. Prenez mes organes, je n’en ai plus besoin, je vivrai sous terre avec ce fils que vous ne voulez pas ma rendre.

Le soleil est sur le point de se lever. Je lui fais dos, incapable de faire face à ce que je fuis depuis trop longtemps. Les gens, ils se tiennent aux pieds des morts. Moi je suis assise entre deux tombes. Je caresserai tes cheveux, Timmy, jusqu’à ce que tu t’endormes. Jusqu’à ce que mon cœur me quitte. Dors jusqu’à la fin, et je te borderai jusqu’à ma mort. On s’est aimés, toi et moi, mon fils. Mon garçon si petit que je pouvais le contenir dans bras, puis si grand qu’il me dépassait d’une bonne tête. Je me souviens de cette fierté qui infusait mon cœur quand il devait se pencher pour m’embrasser sur la joue. Il était grand et fort, mon Timmy. J’entends des pas dans cet univers morbide.

De la vie, ici, alors qu’on y empile les corps, les morts. Je fais partie de ceux là, ceux qui n’existent plus. Dîtes-moi votre histoire, que j’en oublie la mienne. Mais je ne peux demander d’autrui des maux que je ne sais pas moi-même prononcer. J’oublie parfois, que je ne suis pas la seule à souffrir. Que d’autres ont le cœur dans un état comparable au mien. Mon cœur, on l’a jeté sur ce béton glacé. On l’a poinçonné de verre brisé. On l’a laissé saigner sur la chaussée. Mon cœur, il a ensuite été congelé, observé, classifié en attendant d’être enterré, décomposé, fossilisé. Chaque étape du processus plus douloureuse que la précédente.

« Bonjour . . . »

Bonjour étranger, bonjour à ce soleil qui m’inquiète et m’ennuie. Bonjour à cette vie, qui nous écorche et nous ignore. Mes mots me semblent disparates. Je ne peux pas me remémorer la dernière fois où j’ai salué de plein gré un autre être vivant. Celui là, il se tient à quelque tombe de moi. La force de sa silhouette toute entière fait face à ce soleil que je redoute. Je pourrais bouger, mais je me contente d’accoter mon flanc contre la tombe de Timmy.

Ce visage me force des souvenirs. Je ne veux pas de ces bribes de passé qui rendent le présent si souffrant. J’ai pourtant du le voir quelque part, mais c’était une autre vie. Le pays des morts ne fait aucune discrimination, et moi non plus. Je ne suis plus celle que j’étais, je ne peux plus continuer de faire croire aux bonnes âmes qui m’entourent que je m’en sortirai. Laissez-moi mon chagrin et je ne vous forcerai pas à me suivre, si bas que la vie devient un vertige quotidien. Dis, Timmy, tu me feras une petite place où tu es . . .


Dernière édition par Pandora le Dim 16 Oct - 1:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Ven 29 Avr - 4:10



Ce sont dans les moments d’intense douleur que notre esprit navigue seul vers l’horizon qui les définit. Le mien sent la mort et guide mes pieds jusqu’à la tienne, ma chérie. Je souffre ta douleur dense et je comprends à les sentir en moi pourquoi ces sentiments m’avaient manqué. Le gravier du cimetière laisse toujours résonner mes pas lourds dans le néant de nos vies qui s’entrechoquent de n’être pas grand-chose. Le gamin va partir pour l’école et je rentrerai, le temps d’une étreinte dont tu percevras seule la terreur, avant de le laisser me quitter comme tu nous manques.
J’ose pas regarder ton nom, je ne le lis pas et on se dira d’un sourire commun que je le garde pour plus tard. J’évite les courbes de tes lettres parce que celles de ton corps dansent encore sous mes doigts brulants d’une peine immense. Les héros ne pleurent pas et je ne suis plus cela. Les crevures ne s’émeuvent pas et tu sais mieux que personne que je mangerais entière cette catégorie au petit-déjeuner, si je voulais. Même le soleil se montre pas putain, il comprend que son feu devra attendre tant que Cam parle à sa femme.

Ce que le monde parait petit et leur dieu, si faible, quand tu me manques. Rien ne va plus et ma raison fout le camp en accrochant les souvenirs brûlés de ne pas t’appartenir, la vie cesse de tourner. Meurent les saisons, si ton prénom effleure mes pensées. Je caresse le flanc de mon corps aiguisé comme jamais, les douleurs assassines me rappellent à toi, et je te jure que l’univers me déplait, si près de ta tombe. Les pères ne flanchent pas mais mon cœur lui dépérit, à chaque seconde. Quelle honte, cette minable ronde m’écœure et j’irais flancher sur la sépulture d’un autre si j’imaginais pas les mains liées d’un couple que la mort a séparé. J’ai plus rien dans les mains depuis des années déjà et si j’accroche notre fils contre mon torse, jusqu’à l’en étouffer, c’est pour le sentir jusque dans la partie de toi qu’il me reste. Qu’on ne s’étonne pas de retrouver un jour mes mains aux lions, elles sont mortes. Le feu me parait loin et la justice si laide, quand tu me manques…

J’ai un harpon au ventre, un corps étranger rouille jusqu’au fond de mes entrailles et je pourrais passer ma vie à gerber, rien ne changera. J’irais me cramer les tripes, elles gèleront pour toujours en enfer. Le feu sans toi n’est jamais que les cendres chaudes de moi.

    « Bonjour . . . »

Il est sorti de nulle part celui-là. Je tends mes jambes, nerveux et quitte cette positon accroupie auprès de ton bois. Ta voix, d’outre-tombe. Le faible écho me percute tant il parait rauque dans cette fausse pénombre. Elle imite ton timbre pour se foutre de moi…

    ─ Si vous le dites.

Ce jour n’est bon à rien, pas même à pleurer si elle savait. Les lueurs ne se valent même plus entre elles et mes ténèbres s’épaississent, libérant un éclair jusqu’à son profil qui parait familier sans l’être. Je m’approche d’elle, après avoir posé un baiser, de mes doigts à ta pierre. Et mon genou flanche quand je menace de chialer, juste là. Le même geste qu’à ta mort. J’avais embrassé le bout de mes doigts avant de les livrer à ton cercueil, devant la foule et c’est le dernier geste que m’aura offert la liberté. Putain, les maris ne s’écroulent pas.

Je cherche le regard de cette femme qui emprunte le miel de tes mots, percuté par la violente symbolique de ce mouvement fantôme que seuls les morts-vivants peuvent percevoir. Je la vois.

    Veuve ? je demande dans un fort murmure sans lire le nom sous sa chair.

Je lui offre le traitement que personne n’a eut la décence de me donner depuis des années et la traite en mon égale. J’accroche ses yeux, soutiens leur misère sans l’ignorer. On ne regarde jamais un être brisé dans les yeux, craignant que la dernière flamme qui y danse s’envole, comme soufflée par un torrent de douleur atrophiée par la perte. On pose ses yeux sur un ailleurs plus décent et juste comme ça, on prétend. Pas moi.

Devenu Capitaine de nos songes, le chagrin les mange jusqu’à ne laisser de vous qu’une raison d’être, et d’exister encore.
Et ta voix, d’outre-tombe…
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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Mar 3 Mai - 3:14

Le divertissement de son visage amoindrit le sentiment de vide qui me dévore. La courbe de son nez donne l’impression qu’il a déjà été cassé. Ses épaules droites et solides me font deviner une force caractère intrigante. Je lui invente une vie et un cœur, faute de ne savoir demander. J’aimerais le cadeau de maux plus grands que les miens, pour que ma peine se taise, petite et honteuse au fond de mon âme. Faites que sa présence signifie qu’on s’en relève, de cette entre-tombe, de ces morts qui nous tirent vers la fin. J’essaie de deviner, le pourquoi de ses pieds encore fermement ancrés sur terre. La raison qui fait que moi je suis au sol, et qu’il arrive à marcher au dessus de l’enfer de la mort. J’envie son courage et ses iris qui brillent comme de la braise sous ce lever de soleil. J’en viens même à envier Timmy, qui ne souffre plus, où qu’il soit.

Mes poumons s’emplissent de l’air frais du matin et je voudrais expirer la malédiction qu’est devenue ma vie. Ça n’est pas juste, de continuer d’accabler ceux qui m’entourent. Je gruge la vie qu’il reste à ce mari que j’ai tant aimé. Je fais danser cette fille que je n’aurai jamais, lui rappelant chaque jour que son amour est mort. Je fais même chialer Jimmy, faute de n’avoir le cœur assez grand pour lui pardonner. J’ai abandonné une toute nouvelle génération de Héros, en même temps qu’un ami précieux. Je ne peux plus faire partie des vivants, j’espère, jalousement, que cet homme, qui qu’il soit, aie lui aussi une mort de tatouée au cœur. Mon cœur voudrait céder, craquer, à ces pensées contradictoires à tout ce que j’ai toujours juré. Accrochez-moi la corde au cou, pour faire payer cette femme que je suis devenue. J’avais des principes, qui ne font plus aucun sens. Je n’ai plus qu’un boulet d’accroché à la gorge et qui m’étouffe à chaque souffle. J’aurais pu croire au silence des morts, s’il n’avait pas répliqué, de sa voix rauque.

─ Si vous le dites.

Oh non, je ne dis rien. Pleurer, je sais, mais parler, plus maintenant. Les mots se sont envolés au même moment que leur signification. Mes lèvres n’ont salué qu’à contre cœur depuis si longtemps. Peut-être est-ce cette symbiose et cette paix qui règne, alors que je suis si proche de Timmy, peut-être simplement parce que cet homme n’a jamais existé dans le même monde que mon fils, que ma vie. Je voudrais savoir si les cicatrices que je sens sous ma peau sont visibles à l’œil nu. Je me sens défigurée, comme ces gens qui ont été brûlés au plus haut degré. Comme ceux qui ne ressemblent plus à rien. Je suis un casse-tête, dont on a perdu tant de pièces qu’on n’arrive plus à discerner le portrait final. Je fixe les veines qui parcourent mes mains, qui sillonnent ma peau blanche. Cette peau qui n’a pas vu le soleil depuis cette nuit sanglante où je suis morte avec mon fils.

─ Veuve ?

Je reste surprise, de la force de sa voix, de son insinuation. Ai-je le visage d’une femme ayant perdu un amour ? Mes pensées se bousculent et je m’en veux d’avoir la certitude, que je serais toujours debout, si c’était John qui m’avait été arraché. Mes boyaux se tordent de cette douloureuse réalisation. J’aimerais tellement qu’il soit assez, que je puisse regarder dans ses yeux sans voir un fantôme passer au fond de ses iris. J’inspire, mon cœur infiniment sensible de ne savoir aimer après la mort. Je ne suis pas veuve, mais je sais que mon mari est veuf, ou presque. Cette femme qu’il connaît depuis toujours n’existe plus. Elle n’a plus la force d’espérer le bien en chacun, alors que son cœur a cessé de battre pour demain. Je sais, depuis trop longtemps, qu’il fera un jour son deuil de la morte que je suis devenue. Qu’il ne pourra pas continuer à regarder les larmes que sa présence cause dans mes yeux. Je m’en veux, tellement, mais je ne sais pas faire autrement.

« Non . . . »

Comment lui dire, que c’est pire, que jamais je n’aurais imaginé une peine si grande, dont les limites n’existent pas. Non, je ne suis pas veuve. Je . . . Je reste suspendue un instant par l’intensité de son regard. Sa question en soulève tant d’autres que je n’arrive pas à analyser. Au fond du bleu de ses yeux, tout au fond, je lis le miroir de ma peine. Je me perds un instant, alors qu’il ne flanche pas sous ce que lui peut bien voir en moi. J’en reste pétrifiée, d’être vue avec autant de précision. Mon cœur laisse échapper un battement, et je réalise maintenant qu’à cet instant je suis toujours en vie. J’en suis émue, troublée, reconnaissante. Un frisson se glisse jusqu’à ma nuque, et je réalise que Timmy est là, avec moi. Je peux sentir sa grande main se poser sur ma joue, et ses lèvres murmurer des paroles inaudibles. Son essence me souffle à très bientôt, et je me crois folle de chagrin, folle et apaisée par je ne sais quel rêve éveillé, le tout dans les yeux d’un homme que je vois pour la première fois, je crois . . .

C’est la première fois où ce qui sort de nouvelles lèvres ne sont pas des condoléances. Gardez vos « désolés » pour quelqu’un d’autre, votre condescendance n’efface pas une seconde de ma misère. Sa question, ce mot, auquel je n’arrive pas à articuler une réponse. J’en prononce simplement une évidence pour ma part . . .

« mais, . . . j’imagine qu’on se définit par nos morts . . .»

J’essaie un sourire qui se transforme en grimace. Non, ça n’est définitivement pas amusant, et ça ne le saura jamais. Ceux qui finissent de rire de tout avec le temps, ne connaissent pas l’éternité de mon chagrin. J’inspire, hésitant à détacher mes yeux de ce regard qui me fait ressentir quelque chose qui n’a pas encore de nom. Ma main caresse distraitement la pierre au nom de Timmy. Parce que j’ai insisté pour que ce surnom qu’il aimait tant, soit gravé dans la pierre, comme il est gravé à même mes lèvres.

« C’est l’anniversaire de Timmy, mon fils . . . »

Ça m’a échappé, Je soupire, célébrer les morts, quelle idée. La directrice est maintenant plus proche de la folie que de ce respect qu’elle obtenait autrefois. Je voudrais m’excuser, demander sur sa femme, sa question en dévoilant tant sur lui-même. Mais peut-être est-ce moi, qui voit beaucoup trop dans ses yeux, et qui espère une âme qui connaît ce qui m’attire inévitablement ici. Mes mains tremblent et je réalise que je ne peux habituellement pas parler de Timmy sans avoir envie de m’effondrer en larmes, mais maintenant, je ne ressens que la douce brûlure au fond de ma gorge, sachant que le mal s’accumule pour plus tard. Laissez la pauvre mère malade d’une mort se fondre à l’herbe qui se nourrit de son fils. Gardez votre incroyable regard pour quelqu’un qui a une chance de s’en sortir . . .
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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Jeu 15 Sep - 23:54



Je nous imagine n’être que deux spectres n’ayant à vivre que trois jours de plus. Dans nos contemplations de la vie, par ces petits trous de souris qu’on appelle le deuil, je nous vois d’ici aimer et être en vie, fantômes passés d’une vie sans peine, sans douleur ni regret. Aucun « et si » ne vient empoisonner l’air dans nos têtes si tristement pleines d’un vide qui nous bouffe et finira par nous étouffer le cerveau, les yeux, la bouche… son regard me tue, j’ai le cœur qui étouffe.

Ma question l’a envoyée si loin que j’en suis foutu, convaincu d’admirer là un corps semblable au mien, fait et défait de si nombreuses fois que ses coutures menacent en tous points de se rompre. Les jointures abimées pleurent quelques larmes d’un torrent venu d’ailleurs, l’envers de notre peau est tapissée de cicatrices glacées qui avec l’âge prennent une épaisseur qui nous griffe le cœur. Mes peines gonflent, absorbant celles d’une femme aux yeux reflets des miens, jumeaux de mes rétines témoins de l’inacceptable. Sa vie me choque tant elle danse au fond de ses iris accrochant mes orbites creuses, fatiguées. Je suis tellement désolé. Pour elle, pour moi… pour nos morts et tous ceux qui boitent encore.

    « Non… »


Son visage absorbe toute l’énergie du mien qui voulant le contempler va jusqu’à le comprendre. J’ai encore au bout des doigts le gout de mon baiser pour sa tombe, je le sens me bruler, infiltrer mes empreintes qu’il vieillit de rides profondes. Elle a sa voix, elle a sa voix, elle a sa voix, sa voix, Roxane je jure, la même que toi.
Un souvenir gratte l’intérieur de ma tête, faiblissant sous mes cheveux qui le tiennent fermement prisonnier de mes plus anciens secrets. J’accroche le timbre de ce mot qui la rend vivante, moins d’une seconde qui suffit à mes sentiments pour me mordre les intestins. Mon ventre dans un brasier, je souhaite ne plus jamais manger. Mon appétit en enfer, je n’ai besoin que de mon cœur sur Terre.

    « mais, . . . j’imagine qu’on se définit par nos morts . . .»


Mes yeux plantés dans les siens remarquent à peine le sourire triste qui est venu se poser sur ses lèvres, dans une tentative veine de se prétendre heureux et libre de n’être en manque que de nos aïeux. Les jeunes meurent aussi et l’injustice couché sous nos pieds révulsent mes pulsions qui d’un battement d’ailes se bousculent entre elles. On se définit par nos morts, ils deviennent nos vies dans cette ironie qui à jamais nous baptise. Mon identité nouvelle a été porté des millions de fois avant moi et j’ai désormais dans le regard ce quelque chose de rajouté à mon nom qui atteste ma misère, mon chagrin et ma condition forcée de célibataire. Y a comme une couleur nouvelle sur mon iris atrophiée par ce nouveau qu’elle n’a pas réclamé et qui chaque jour l’impose à sa vue, à l’œil de mon œil, pour toujours le témoin de mes morts en trophées.

J’hésite entre parler et écouter, rien qu’une fois de plus, cette voix aux délices purs, empruntés aux anges qui dansent autour des spectres que nous devenons. Plus que jamais entre deux mondes, je dissocie la part de vie qui sommeille en ses yeux comme les miens trop usés, poussés par des caresses qui les abiment à défaut d’en endormir les peines. J’aimerais trouver la clé des sabreurs d’âmes, la leur arracher afin qu’ils offrent à nos pupilles ce secret qu’on appelle la paix.

    « C’est l’anniversaire de Timmy, mon fils . . . »


Timmy. Jimmy. Hope, Kieran et dix-huit mois à entendre ces noms tous les jours, à les voir rire pour l’éternité sur papier glacé. Il a les lèvres de sa mère, un truc dans la mâchoire qui ne se décrit pas mais se retrouve chez chacun d’eux… L’excitation brûle la priorité à mon cœur qui s’endiable comme je sursaute en entendant son nom. Loin de briser cette contemplation de mes yeux à ses yeux, je la renforce, m’y enfonce comme jamais et parle à cette femme qui tout au fond demeure vivante.

    ─ Timmy !


Je nous surprends tous les deux par la force de ma voix, la vivacité de mon esprit et ces milliers de souvenirs parlés qui flashent devant moi, racontés tant de fois qu’il m’a été impossible de ne pas les visualiser, tous et avec une crédibilité si puissante que j’en ai pleuré ce gamin, quelques fois, quand Jim regardait pas.
Je m’accroupis d’avantage, pose mes deux genoux sur les graviers et me penche vers Sadie, je le sais maintenant, j’en suis sur, Sadie, la maman de Timmy. Les mots se défient déjà derrière mes lèvres, j’aimerais lui prendre la main tant il me semble la connaître, mes expressions trébuchent et je perds le fil de mes idées.

    ─ Je connais Timmy. Je sais… je sais tout de votre Timmy. Timothy Hope et ses groupes préférés, je- je sais pas par où commencer- je me disais que je vous connaissais, c’est parce que vous vous ressemblez. J’ai entendu parler de lui tous les jours et même la nuit, pendant des mois et des mois. J’ai vraiment beaucoup de choses à vous dire, si vous saviez.


Mes yeux cramés vont jusqu’au fond des siens où se trouvent encore les miracles d’imagination et de l’avenir un aperçu, faisant de nous, pauvres âmes, deux spectres n’ayant à vivre que trois jours de plus.



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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Ven 16 Sep - 22:49

L’air est si dense que le béton coulé dans mes poumons se fige. Mon corps réagis aux deux syllabes qui forment ma merveille. Mes lèvres se meurtrissent d’avoir prononcé l’inoubliable. Timmy et la façon qu’il avait de faire battre mon cœur au rythme de sa vie. Jamais je n’oublierai.

Mes souvenirs s’effacent dans le vert de ses yeux. Ma mémoire a un court circuit. Rien ne vient perturber le silence rassurant qui nous berce. Ma conscience délaisse mon corps et se laisse porter par le vent. La volonté de fermer les yeux combat avec cette sensation unique. Cette impression qu’il lit en moi, qu’il voit mon âme déchirée, qu’il ne détourne pas le regard de qui je suis maintenant. Cet homme à la présence indéniable. Ma vie s’arrête en collision avec les mots imprononçables qui nous lient. Le silence embrasse mes maux et pour une seconde, j’en oublie le reste.

Une seconde de trop. L’herbe sous mes jambes me rappelle son origine. La terre humide de mes larmes, qui a enfermé mon fils dans le noir éternel. La pierre glaciale sous mes doigts crispés qui git à la place d’un être trop vivant pour en mourir. La fierté d’une progéniture éblouissante d’humanité me brûle le cœur. Timmy était un ouragan de promesses pour demain. Sa mort a aspiré les couleurs de l’univers pour les enfermer dans une boîte de bois. Un coffre-fort pour les jours heureux. Mes mains s’agrippent au présent. Laisse-moi fabuler tes blessures le temps de contempler les miennes à distance. Ça n’est qu’un entracte. La réalité ne cesse jamais de nous poursuivre. Le ciel et la terre, à l’envers. Pour en oublier la gravité. Si je pouvais oublier, je ne serais pas Sadie.

─ Timmy !

Mon cœur saute dans ma poitrine. Timmy, ton nom dit avec l’enthousiasme qu’il mérite. Ça fait si longtemps. Il n’était qu’un murmure douloureux. Cette exclamation en est un cri de joie en comparaison. Je pourrais croire que tu es toujours avec moi. Vivant même dans la mort. La Sadie d’un autre temps me murmure qu’on sera toujours ensemble. Que tu fais partie de moi. Je veux y croire comme je crois aux miracles. Ma morosité me réplique que c’est du passé. Tu n’y crois plus à tout ça, Pandora.

Voilà qu’un géant s’agenouille parmi les morts. Il est là, brûlant des mots qui s’accrochent à ses lèvres. Sa fièvre enflamme ma volonté. Les secondes s’animent. Les morts revivent, l’instant d’un espoir.

─ Je connais Timmy. Je sais… je sais tout de votre Timmy. Timothy Hope et ses groupes préférés, je- je sais pas par où commencer- je me disais que je vous connaissais, c’est parce que vous vous ressemblez. J’ai entendu parler de lui tous les jours et même la nuit, pendant des mois et des mois. J’ai vraiment beaucoup de choses à vous dire, si vous saviez.

Un souffle de surprise s’échappe du plus profond de moi. Je m’emballe de ses mots, le temps de ranimer mon cœur. Une étincelle de vie se glisse à travers mes failles et mes blessures. Je ne suis pas éteinte, me prouvent ses mots.

Il est si proche que j’aimerais le toucher, goûter ce qui l’anime. Oser demander encore. Une seconde chance à ce sentiment périssable qu’il crée en moi. Un visage si fort que les ombres depuis la mort de mon fils s’effacent dans ma mémoire. Je sens dans sa voix qu’il connaît la merveille qu’était Timmy. Je le sais dans la façon qu’il a de prononcer ce nom que j’aime plus que le mien. Ma tête met de côté celui qui a raconté mon fils au monde entier. J’ignore ce jeune homme, pour quelques instants de cette pâle euphorie.

« Oh, Timmy . . . »

J’aimerais lui dire, à propos de Timmy. Mais il sait déjà. Il sait d’instinct l’amour déracinant que j’avais pour lui. Mon cœur de mère a toujours su que je n’étais pas la seule à l’aimer, mais j’oublie le reste. Ma vie tourne autour des ellipses d’un empire sans lois. Un monde digne de ce nom ne pourrait pas exister sans Timmy. C’est impossible.

Je veux savoir. Je veux qu’on me raconte Timmy comme la plus belle des histoires. Je veux qu’il vive à travers les mots plutôt qu’à travers le brouillard de mes yeux. Je veux que rien ne ternisse jamais son souvenir. Pas même sa mort.

« Non . . . Je ne sais pas »

Je ne sais pas si son intuition lui a soufflé mon visage, ou si Timmy lui a murmuré à l’oreille. J’arrache quelques secondes à sa vie, m’approchant, le cœur au ventre, délaissant les ruines du plus beau des enfants. Mes mains agrippent celles de cet homme, dans une demande plus forte que ma volonté. Mes yeux n’ont pas quitté les siens. Mon cœur attend la permission de battre à nouveau sans exploser en morceaux.

« Mais j’aimerais tant savoir. »

J’écouterai jusqu’à la fin. La fin des temps. La fin du jour. Ma propre fin.
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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Jeu 15 Mar - 15:52



Je m’improvise la délicatesse quand mes doigts hésitent à défaire les fils qui tissent étroitement un lien entre cette femme et son fils. La mort les a si cruellement fait s’emmêler que l’amour est devenu un regret, un souvenir sur lequel l’on pleure faute de pouvoir l’exprimer d’un geste, d’une caresse ou d’un regard trop grand. On murmure les choses qui se seraient dit seules, si seulement ils n’avaient pas quitté nos côtés… Et on remplit nos crânes de baisers impossibles qui s’écrasent contre nos yeux hurleurs, incapables de mieux. On imagine, confrontés au pire et ces rêves accrochés aux cheveux du passé espèrent l’implacable retour des êtres aimés, rien qu’une seconde qui suffirait à faire entendre une ultime déclaration, un au revoir en retour du présent.

Roxy aurait su lui parler, sauvage jusqu’à ne plus l’être quand la détresse appelait ses tendances chaudes et réconfortantes. Et s’il s‘agissait de mon fils ? J’enverrai ce promeneur écorcher ses promesses contre un autre mur, vierge de mes douleurs insoumises et réclamerai l’enfer contre la paix qu’il aurait eu la prétention de pouvoir amener ; je me cramerais, si je m’entendais. Mais mes intentions sont bonnes, je le jure si fort que mon regard s’en ressent et j’hésite à lui prendre la main pour appuyer mes syllabes tournées vers Avant.

    « Oh, Timmy . . . »


Un point de croix se rompt, dénouant son impact jusque dans le fond de sa voix. Elle harponne mon estomac que l’impatience évoque de ses grands doigts blancs, suspendant le présent dans une incertitude empruntant ses couleurs à ses yeux. Ses traits usés par les regards que d’autres évitent me bouleversent d’être exténués par les condoléances de ceux qui, les présentant, réalisent combien ils ont de la chance. J’aimerais saisir les brûlures marquant sa gorge pour les rendre à ma peau les tutoyant depuis longtemps, lui offrir en retour toutes les chansons dont le mal avorte et l’écouter redécouvrir la vie, telle qu’elle a continué.

    « Non . . . Je ne sais pas »


Un nœud entre eux se délasse, redevenant pur d’une pâleur claire et sure comme l’affection d’une mère pour l’ainé de ses manques. La douleur ne les rapprochera plus jamais et c’est dans les souvenirs heureux que l’on retrouve l’entièreté de leurs âmes sur lequel la mort n’aura plus d’emprise jusqu’à la nôtre. J’aimerais lui dire que quelque part dans le torse qui me sert de rempart à la connerie du monde, se trouve encore des convictions humaines de se savoir vivantes tant que vivent les choses, tant que valent les mômes, criant de rues en vallées, endiablant leurs parents de mémoires qu’aucun temps de viendra troubler. Mais j’évite, comme toujours, de me lancer dans des discours qui souvent m’emmerdent tant qu’ils m’échappent. J’ai jamais aimé parler, encore moins écouter les autres le faire et je crois que ce trait de famille perdure, tenace jusque dans les fibres de nos frissons se répondant dans un silence qui dure, entre deux brasiers se comprenant.

Ses mains à l’intérieur des miennes sont si frêles qu’un tremblement semblerait suffire à les briser. J’enserre de mes pouces ses doigts fins et froids, diffusant ma chaleur entre nos paumes, nos âmes et nos héritages sous un jour nouveau, ardent. Mes propres mains me paraissent immenses, rocailleuses et dures comme une lave sèche là sous les siennes que j’accueille comme une prière bienvenue, hymne au soutien entre deux êtres qui, bien que décousus, n’ont pas encore tout perdu.

    « Mais j’aimerais tant savoir. »


Je la regarde jusqu’à ne plus me sentir exister qu’à travers elle, ne devenant que la poussière d’un rêve qu’auraient eu ses espoirs, autrefois. Nu de n’être habillé qu’un peu d’une lumière tamisée par des mots ne m’appartenant pas, je laisse mes souvenirs se faufiler entre ceux que Jimmy m’a conté tant et tant de fois. Les lambeaux de mon propre corps s’entassent autour de nous, un instant de trop quand suffit le lien entre Sadie et son fils. Je me veux messager du bien, recrachant un brasier d’amour et de bonheur dans la gorge sèche des enfants perdus, des rires qu’on entend plus à force d’avoir mouillé leurs échos se voulant désormais rouillés, changés à jamais. Et je m’oublie, ne m’accrochant qu’au nom de mon fils et la fierté que sa notion seule m’apporte.

Je pense à Jimmy et aux photos auxquelles il a su donner vie en portant leurs histoires jusqu’à moi ; il y replongeait d’un regard et saisissant mon bras, m’emmenait parfois avec lui au royaume des souvenirs heureux qui font qu’il s’en veut, s’ennuie et s’émeut d’être désormais seul face à l’implacable jugement de ses aveux. Un brave môme, au cœur immense et courageux. Un lion, enfermé parce que trop audacieux qui gouverne désormais la plaine de ses torpeurs avec une ombre fièrement entourée autour du cœur.

    ─ J’ai entendu parler des histoires qu’ils ont partagées, comme si j’y étais. Ce qui est sur c’est que vous y étiez, vous Sadie Hope, la mère de Timmy. Votre mari aussi. Johnny et ses tours de magie…


Un gardien avait réussi à nous trouver un jeu de cartes, auquel il manquait une Dame et son valet. Jimmy et moi on s’est regardés, sans dire les mots qui faisaient qu’on savait les prénoms de ces oubliés. Mais il a su me refaire quelques uns des tours de Johnny Hope, les ratant parfois. Et chacun d’eux venait avec son lot de souvenirs qu’amputaient les manques rongeant ses doigts rendus maladroits. Un jour, le gardien nous a donnés les cartes manquantes, ses yeux baissés sur quelques unes de ses phalanges qu’il cachait. Et j’ai encore la carte dans ma poche aujourd’hui, Reine Roxy, retrouvée entre les débris, ange parmi les décombres, ma flamme, mon cœur, ma vie.

    ─ Je sais qu’il était courageux au point de faire tomber ses dents de lait en les accrochant à des cerfs-volants, je sais qu’il a surpris le Père-Noël un soir chez lui –chez vous- et qu’il lui a dit « Mon petit vieux, je sais que ton truc c’est le Pôle-Nord mais il faudrait penser à faire un tour en Afrique un de ces quatre. Ils ont faim là-bas sans toi. » J’ai demandé à Jimmy de me la raconter des dizaines de fois celle-là. Il a donné la plupart de ses cadeaux à Mélinée –Mélinée Kieran, j’ai l’impression de la connaître aussi- pour qu’elle les emporte et il n’a gardé qu’un déguisement, assorti à celui qu’avait reçu Jimmy. Je sais qu’ils avaient une cabane avec une entrée secrète et un mot de passe pour pouvoir y accéder : "Pandora"… Ce qui, il faut avouer, n’était pas le top niveau sécurité.


Je n’empêche pas mon sourire franc qui me renvoie entre quatre murs que ces histoires-là faisaient s’abattre quand il riait une émotion pure et tendre jusqu’à me la faire comprendre. J’ai le sentiment de connaître tous ces mômes, leur tribu inébranlable que son départ a fissuré mais que les histoires comme celle-ci maintiennent entière. J’attache d’un regard ému son cœur, à celui dont elle ne veut pas entendre et, du bout des doigts, tisse un nœud entre leurs émotions qui, d’abord fissurées, se réparent ensemble pour devenues saines, unies par un pansement au souvenir immortel.



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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Mer 22 Aoû - 18:00

Le temps s'enfile comme une aiguille sous ma peau puis à travers ma chair. Plongeant lentement pour retrouver la surface. Dans l'attente de ses mots, il recouds ma peine avec les souvenirs d'un passé écorché vif. Il ne guérira jamais jamais véritablement puisque le jour où on me rendra Timmy, sera celui où je le rejoindrai enfin. Il m'est impossible d'imaginer un univers plus cruel que celui-ci où même dans la mort mon fils me serait nié, arraché. Quand on devient mère, on songe à ce jour lointain où il nous faudra regarder notre enfant partir, s'envoler. Aucune seconde n'ai-je osé imaginer que mon fils aurait autre chose qu'une vie heureuse. Il était si vivant, avant d'être mort, que je combats toujours son impossible absence. Les souvenirs brûlent et sauvent mes plaies béantes. Cet homme cautérise mes blessures de sa bonté. Quand ses yeux ne s'évadent pas des miens, quelque chose me revient. J'y vois mon reflet, j'y retrouve une part de moi.

Ses mains protègent les miennes comme de petits oiseaux frêles, abandonnés. Il réchauffe les étroits lambeaux de mon coeur oublié. Rien à faire pour écouler le temps qui nous épuise, qui nous tord et nous extirpe les émotions qui faillent à faiblir. J'attends comme je vis, dans la promesse de mon fils, dans l'absence de Timmy.

─ J’ai entendu parler des histoires qu’ils ont partagées, comme si j’y étais. Ce qui est sur c’est que vous y étiez, vous Sadie Hope, la mère de Timmy. Votre mari aussi. Johnny et ses tours de magie…

Je pourrais remonter te temps d'un tour d'horloge. Tricher à ce mesquin jeu qu'est la vie. Mes doigts n'arrive pas à agripper cette Sadie dont il parle. C'est la Sadie des histoires. Celle qui peut tout faire pour l'amour de sa famille, des siens. Cette femme est bien trop grande pour moi. On lui a dédié une aile quelque part, dans une école qu'elle a tant aimé. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que j'ai gagné plus que j'ai donné.

Mon coeur égoïste dans la douleur ne voit pas celle de John qui sait mieux que moi jouer les héros. Si je lui disais qu'il est le mien, mon héros, il penserait que je parle à Timmy à travers le bleu de ses yeux qu'ils partagent comme le miroir de deux générations. Ce bleu qui me rappelle toujours au manque, à l'absence de leurs jumeaux. Ne reste dans le coeur d'une femme brisée que les illusions sordides que mon fils ne m'a jamais quitté. Qu'il est là, lorsque les heures passent et que le silence laisse place aux pensées dites à haute voix.

─ Je sais qu’il était courageux au point de faire tomber ses dents de lait en les accrochant à des cerfs-volants.


J'en ai un rire qui accompagne une larme sur ma joue. Comme si j'y était, je peux voir mon garçon, tenter d'attacher sa dent alors que Jimmy tiens le cerf volant, prêt à décoller. Les idées folles de leur enfance. Je ne peux dissocier l'un de l'autre à cet époque. Où l'un va, l'autre va aussi. Je regardais la scène, assise sur le porche de la maison, certaine qu'il n'y arriverait pas. Mon thé était froid, la tasse que j'avais reçue à la fête des mères fièrement utilisée chaque matin. J'ai pensé rentrer pour le réchauffer, mais si je l'avais fait, j'aurais manqué la danse de la victoire lorsque la dent a enfin cédé. Ils ont passé des heures, à genoux, à rigoler, cherchant la dent à travers les brins d'herbe. Même si Timmy, ni Jimmy ne l'aurait avoué, ils croyaient encore à la fée des dents, comme les deux enfants qu'ils seront restés, jusqu'à la fin, jusqu'à sa fin.

─ Je sais qu’il a surpris le Père-Noël un soir chez lui –chez vous- et qu’il lui a dit « Mon petit vieux, je sais que ton truc c’est le Pôle-Nord mais il faudrait penser à faire un tour en Afrique un de ces quatre. Ils ont faim là-bas sans toi. » J’ai demandé à Jimmy de me la raconter des dizaines de fois celle-là. Il a donné la plupart de ses cadeaux à Mélinée –Mélinée Kieran, j’ai l’impression de la connaître aussi- pour qu’elle les emporte et il n’a gardé qu’un déguisement, assorti à celui qu’avait reçu Jimmy.

Les souvenirs crèvent la réalité sombre de leur lumière. Mon coeur se débats, voulant retourner à ces instants précieux. Ces moments où j'ai su qu'il était spécial, sans vouloir savoir s'il le serait un jour à ma façon. C'était assez pour moi, d'avoir un merveilleux fils qui savait aimer. La parfaite imperfection de ma vie me semblait sure, solide, il a fallu que tout s'effondre. Quelqu'un a soufflé sur le château de cartes que Timmy s'est efforcé à bâtir du paquet que John a oublié sur la table. Tant d'efforts pour qu'un claquement de porte, un coup de vent, détruise à lui seul tant de possibilités. Le sol s'ouvre sous mes pieds, prêt à m'engloutir, à me rapprocher de Timmy, mais deux mains brûlantes de vie me retiennent, troublantes de solidité.

─ Je sais qu’ils avaient une cabane avec une entrée secrète et un mot de passe pour pouvoir y accéder : "Pandora"… Ce qui, il faut avouer, n’était pas le top niveau sécurité.


Un mot de passe. Le mot magique. Le noir se dissipe alors que je sais enfin qui je suis. Sadie a pleuré son lot de larmes. Sadie a senti ses entrailles mourir. Sadie a cessé de vivre. Sadie a même souhaité mourir, le temps d'un instant, tous les jours. Pourtant, Sadie n'a jamais laissé Pandora s'ouvrir au monde. Gardant les pires horreurs entre les murs de son esprit brisé. Qui suis-je pour nier l'existence d'une si grande part de moi. La fièrté de n'être qu'une avec ce pouvoir que tant d'autres utilisent à mal, lui donnant le contrôle ou lui interdisant d'exister. J'étais la balance d'un pouvoir et d'une personne. D'une directrice et d'une mère. L'équilibre a cessé d'exister. La gravité a brisé mes os lors de la chute. J'en ai voulu à celle qu'ils nomment Pandora. Je sais maintenant, qu'elle seule peut me sauver.

« Merci, d'être un ange parmi les morts. »


Merci de n'être qu'humain alors que je ne savais plus briller. Merci, mon ami.

« J'avais besoin d'entendre ça. »

J'avais besoin d'un ami au courage palpable. J'avais besoin qu'on me regarde dans les yeux sans faillir. Comment dire à un étranger qu'on avait besoin de lui sans même savoir qu'il existait. Comment dire merci alors qu'il ne peut pas voir ce qu'il vient d'accomplir. Il y a encore du bon dans ce monde, on le trouve dans les endroits inopportuns, lorsque les tombes d'un cimetière accueillent les vivants.
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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Dim 28 Avr - 15:23



Une force venue du noir l’entête, prenant d’assaut ses sens, son corps, tout son être. Epousant noirceur et clarté, elle s’allie aux alliés, ralliant sa peine aux miennes, à celle des autres, à tous ceux qui sont tombés. Avant elle, avant moi, avant nos gamins qui n’ont rien demandé. Mais s’il fallait qu’on aille chercher la misère, s’il nous fallait la trainer par les cheveux jusque nos paliers, la garce n’aurait plus rien à faire et elle dépérirait dans l’ombre, crevant sur les cendres froides qu’une indigestion achèverait. Elle cesserait d’être. Et nos rêves inépuisés, se croyant forts, prendraient le pas sur nos peurs, nous rendant aveugles aux feus qui nous attendent. Nous succomberions à la mort sans alerte, la trouvant là, pleurant sa fille le chagrin que nous avons tuée. Puis elle nous prendrait, une vengeance au cœur, une terreur aux reins. Jusque dans les trames d’un enfer sans flamme, sans rien.

Je regarde ses mains taillées par un burin maladroit, ses lèvres usées, ses yeux maltraités par les larmes. Quelque chose de nouveau s’est emparé de son regard, et il est venu de loin. Une beauté sans nom, l’engeance du deuil et sa petite sœur le néant, issue du chaos, faite de miettes, de cendres et d’un écho. Un éclair, une urgence, un effort. Quelque chose de vivant.

    « Merci, d'être un ange parmi les morts. »

On m’a accusé de biens des choses au cours de ma vie, mais d’être un ange ? C’est inédit. Je suis une créature du feu, une entité malsaine qui a pris sa propre peau pour la cramer et en faire une chose indigne d’être portée par quiconque n’ayant pas vu la mort en face. Je l’ai tutoyée, l’ai insultée, l’ai menacée pour toujours finir un genou rivé au sol, écrasé par sa toute puissance. Je ne suis pas un ange et les morts valent bien mieux que moi.

    « J'avais besoin d'entendre ça. »

Alors je suis heureux d’avoir parlé, sincère d’être fait par ces valeurs miséreuses qui me teintent les sens. « Merci aussi » disent mes yeux toujours chez eux, dans les siens. Je connais son visage par cœur, les ombres qui y dansent, les flammes qui l’éclairent avec une vivacité passagère. Elle n’est pas morte et la vie lui va au cœur. Elle n’est pas morte et la vie lui va au teint. Elle n’est pas morte et la vie n’y peut rien. De rien, cher ange, car elle est venue du ciel qui m’est étranger. De rien, merci d’exister.

    ─ I'm no angel, je craque dans un rire rauque, presque assoiffé.

Je n’en suis pas un… mais. Merci de l’avoir pensé, d’avoir été si sincère, en le disant, que ces mots ne me quitteront jamais. J’ai le sentiment de l’avoir connue il y a des années déjà. De l’appeler par son prénom depuis toujours. De l’avoir vu naitre, grandir pour tout perdre. Et renaitre, se refaire pour ne plus s’épuiser d’être. Seulement d’être. J’embrasse la force qui la traite de survivante. La flamme qui l’insulte de Maman. Les pensées qui l’empoisonnent, mais qui s’éteindront.

    ─ Mais je suis heureux d’avoir aidé.

Et je le dis en mesurant le poids des mots. En les accusant sur mon cœur s’improvisant balance, en sachant ce qu’ils valent, ce que je pense. Je navigue entre son regard et ses tombes, un décor qui soudain me semble un peu trop sombre. Et la lumière, alors ? Et le feu, et les flammes, et nos efforts ? Tous ces mots pour rien, nos mercis en vain ? Je me relève, craignant que mes genoux cagneux ne craquent dans l’effort. Je me sens vieux. Mais n’y fais rien. Ça suffit, allez. Je lui tends la main.

    ─ Et si on rentrait ?

Je lui souris. La mort, y en a assez. Ils seront toujours là quand l’envie nous prendra de venir leur parler. Ses yeux secs sont superbes. I’m no angel. Oh, les choses que j’ai faites !... Mais elles en ont valu la peine, pour en arriver à elle.



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MessageSujet: Re: « Cam & Sadie ± In the mourning »   Ven 28 Fév - 14:45

Mon ange se prend pour un clown quand son air renfrogné s’échappe un moment pour me laisser entrevoir l’éclat d’un rire qui gronde dans sa gorge. Ses entrailles semblent avoir oublié comment on fait pour se laisser terrasser par un rire jusqu’à s’en rouler sur le sol. J’ai oublié comment on fait pour trembler de bonheur. La joie est un muscle qui s’atrophie si on ne s’en sert pas. J’ai oublié comment rire à force de pleurer. Mon corps s’est replié, mon cœur aussi. Je reste immobile à fixer les crevasses dans sa peau, celles qui s’étendent du coin de ses yeux dans un éventail d’ombre et de lumière. C’est ça la vie, le bonheur et le malheur qui se relaient entre la jeunesse et l’âge mûr. Mes os réclament un répit de la lumière insipide. Sa présence a calmé quelque chose en moi, une rage que je ne savais pas nommer. Depuis la mort de mon fils, je me sens trahie par la vie. On avait fait un pacte, elle et moi. Je lui donnerais le meilleur de moi et elle me le rendrait. Qui aurait cru que la vie avait une langue de vipère.

─ I'm no angel

Réplique mon géant, alors qu’il m’a relevé du sol où reposent les morts. S’il n’a pas d’ailes, c’est que quelqu’un, quelque part, n’a pas tenu ses promesses.

« Well, to me you are. »

Les hommes ont cette façon de ne pas accepter les compliments, ne sachant pas quoi en faire. James aussi a cette façon de renifler vers le haut plutôt que de dire ‘merci’. Mon vieil ami que je ne complimente qu’en silence, parce qu’il sait sans avoir besoin d’affubler de mots les sentiments que j’ai pour lui. Qui aurait cru que les mois se seraient envolés dans l’agonie de l’absence. J’ai manqué un morceau de la vie, incapable de vivre sans Timmy.

─ Mais je suis heureux d’avoir aidé.

Je serais probablement couchée dans l’herbe, tentant de toutes mes forces d’arriver à sentir Timmy à travers la terre et la mort. L’improbable rencontre d’un homme bien à travers les tombes. La vie liant les vivants, une chaîne humaine d’êtres qui dépendent l’un de l’autre pour arriver à mettre un pas devant l’autre dans nos moments les plus durs. Ses yeux ont la douceur de la soie, alors que sa voix est râpeuse comme le roc. Qui sait, la vie doit l’avoir écorché, lui aussi.

─ Et si on rentrait ?

Ses mots font sonner l’horloge de mon cœur. Oui, il est temps, crie mon corps et mon âme. Laissons les morts en paix, sous la protection des étoiles qui viendront veiller sur les dépouilles de nos amours. Sa main est tendue vers moi, dans une proximité qui éloigne l’emprise des morts. Je touche ses doigts calleux, sachant qu’il m’aidera à trouver le chemin.

« Quelle merveilleuse idée. »


Laissent échapper mes lèvres dans une insouciance douce à mon cœur. Rentrer, revenir vers moi, ne plus me laisser filer vers les abysses. Le géant au bon cœur a brûlé les racines de ma peine, permettant à mes pieds de s’arracher douloureusement de la terre du passé. Mes yeux disent les milles mercis que mes lèvres ne se permettent pas de prononcer. Rentrons, c’est le moment.
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